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Marie-Claire Bancquart, De l’improbable précédé de MO(R)T

Par |2020-06-21T12:35:41+02:00 21 juin 2020|Catégories : Critiques, Marie-Claire Bancquart|

Un livre ultime, ren­du pos­sible par la fidé­li­té de son entou­rage à son œuvre. Marie-Claire Bancquart nous livre une belle médi­ta­tion poé­tique sur le « somp­tueux mys­tère de la mort » et sur son « afflux d’interrogations ». Textes écrits dans « l’enclos de la mala­die », dans la « vio­lente soli­tude » et dans l’expérience d’une souf­france qui fut pour elle fon­da­trice. « Et toi douleur/​tu t’obstines/dans les côtes, les poignets/​qui seront inertes après notre mort ».

 

Marie-Claire Bancquart est décé­dée en février 2019 à l’âge de 87 ans. De l’improbable réunit des textes inédits de l’auteure, pour la plu­part écrits dans la période de rémis­sion par­tielle de sa mala­die et recueillis par le musi­cien Alain Bancquart, le com­pa­gnon de toute sa vie. Marie-Claire Bancquart, qui a connu la mala­die dès son plus jeune âge, a néan­moins pu mener une vie de pro­fes­seur de lit­té­ra­ture fran­çaise  et enta­mer une vie d’écrivain en com­men­çant par le roman puis en le pour­sui­vant par la poé­sie. Son œuvre est entrée dans la col­lec­tion Poésie-Gallimard sous la forme d’une antho­lo­gie inti­tu­lée Terre éner­gu­mène.

 

Claire Bancquart, De l’improbable pré­cé­dé de MO(R)T, Arfuyen, 98 pages, 12 euros.

Dans ses der­niers textes, publiés aujourd’hui, elle nous dit : « Oui, belle la vie ». Et s’empresse d’ajouter que cette vie « exige d’être cal­ci­née, ber­cée, tour­née vers la plus petite des herbes, comme vers une exis­tence immense, embel­lie ». Ah ! Les herbes dont elle vante la « musique imper­cep­tible ». Elles par­courent son livre. Marie-Claire Bancquart se penche vers elles comme si elle y trou­vait un ultime secours. A moins qu’à tra­vers les herbes elle ne nous parle, d’abord, de notre fra­gi­li­té fon­cière. « D’ossature en osse­ments, se creuse toute une vie, jusqu’à l’herbe qu’on par­tage avec l’oiseau mort ». Ailleurs elle s’interroge : « Pourquoi est-ce que je vous aime/​particulièrement/​racines et mau­vaises herbes »… Sans doute, comme l’a dit le poète Richard Rognet, « l’herbe a la grâce du temps qui passe avec/l’innocence du silence ou la patience/​de l’espoir » (Poésie-Gallimard)

Marie-Claire Bancquart ne nous parle pas d’un au-delà de la mort. Elle attend sa réunion avec la terre « dans l’indistinction » pour se recon­naître « comme élé­ments du presque rien/​désormais com­plices ». Quant à Dieu, « cet incon­nu », il « pour­rait être l’arbre du jardin/​ou tel nuage/​traversé d’oiseaux ». Elle en donne une autre défi­ni­tion qui ne manque pas de force. « N’est-il pas le nom le plus connu, le plus pro­bable, don­né à nos dési­rs ? »

Présentation de l’auteur

Marie-Claire Bancquart

1932-2019. Professeur émé­rite à la Sorbonne, auteur de nom­breux essais cri­tiques, plu­sieurs fois pri­mée pour cette acti­vi­té, roman­cière,  et poète. Une tren­taine de recueils de poèmes publiés entre 1967 (Mais) et 2017 (Figures de la terre)  par­mi les­quels :  Avec la mort, quar­tier d’orange entre les dents, Obsidiane, 2007 ; Terre Énergumène, Le Castor Astral, 2009 ; Explorer l’incertain, L’Amourier,2010. Une antho­lo­gie : Rituel d’emportement, le Temps qu’il fait/​​Obsidiane, 2002… et l’anthologie qui lui est consa­crée dans la col­lec­tion Poésie/​​Gallimard, en 2019 : Terre éner­gu­mène et autres poèmes (pré­face d’Aude Préta-de Beaufort).
Sur sa poé­sie , un essai de Pierre Brunel et Aude Préta-de Beaufort,  A la voix de Marie-Claire Bancquart Le Cherche-midi, 1996)un livre de Peter Broome, In the Flesh of the Text, The Poetry of Marie-Claire Bancquart, Rodopi,2008 ; un col­loque à Cerisy-la-Salle, 3- 10 sep­tembre 2011, Marie-Claire Bancquart, dans le feuillage de la terre,  sous la direc­tion de Béatrice Bonhomme, Jacques Moulin et Aude Préta-de Beaufort, publié en 2012 (Berne,  Peter Lang),  

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Dans ce livre qui est la réunion de plu­sieurs recueils, les âmes vaga­bondes nous attirent, leurs corps viennent se réchauf­fer contre le cœur des oiseaux. Au milieu des visages, des arbres, de la [...]

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment "Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure" (2002, réédi­tion 2008), "Lettre à une moniale" (2005), "Que la terre te soit légère" (2008), "Fou de Marie" (2009). Dernière paru­tion : "Les heures lentes" (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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