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Bluma Finkelstein, La dame de bonheur

Par |2020-01-06T04:53:25+01:00 5 janvier 2020|Catégories : Bluma Finkelstein, Critiques|

Bluma Finkelstein demeure un poète encore mécon­nu. On peut  pour­tant dire d’elle qu’il s’agit d’une voix majeure de la lit­té­ra­ture israé­lienne fran­co­phone contem­po­raine. Son livre La petite fille au fond du jar­din (Diabase, 2000) a pro­fon­dé­ment tou­ché de nom­breux lec­teurs et elle a été, en 2019, lau­réate du prix inter­na­tio­nal Benjamin Fondane. Avec sa Dame de bon­heur, elle conti­nue à nous enchan­ter.

Mais qui est donc cette « Dame de bon­heur » sur les pas de laquelle Bluma Finkelstein nous entraîne sans répit ? Quelle est cette fée qui semble l’envelopper et la pro­té­ger ? S’agit-il d’une sainte patronne ? D’un ange gar­dien ? S’agit-il de sa mère, cette dame à la « che­ve­lure noire enrou­lée en nattes autour de sa tête » ? Ne s’agit-il pas, plu­tôt, de Bluma Finkelstein elle-même sous les traits d’une enfant radieuse quand « tout brillait » et que « les rosiers chan­geaient leurs épines en épices d’Orient » ? Oui, nous dit le poète, l’enfance est cette « divine escale sur le ver­sant éclai­ré de l’existence » à une époque de la vie où l’on croit « presque à l’immortalité ».

 Vert para­dis de l’enfance, donc, ce « temps des mythes et des his­toires heu­reuses où tout finit bien », avec ses « prin­temps embau­més » et ses « oran­gers en fleurs, ses « rayons du soleil plus sucrés que le vin de Cana ». Mais plus dur, on le sait, sera la chute. « Pourquoi après le ciel radieux, cette « ava­lanche de neiges grises »  et ces routes « inon­dées du sang des inno­cents » ?

Bluma Finkelstein, La dame de bon­heur, édi­tions Diabase, 80 pages, 10 euros.

Alors pour faire face, Bluma Finkelstein sort sa « gram­maire de sur­vie ». Elle s’arc-boute sur un mot-clé : la connais­sance. « Le bon­heur est l’effet de la connais­sance, écrit-elle, c’est là que Dieu res­pire ». Ailleurs, elle dit : « Ne te dépêche pas d’arriver, apprends » ou encore ceci : « cherche au lieu de cou­rir ». Autant d’injonctions dans un monde qu’elle sent mar­quée par la mon­tée des périls, par toute cette « chair brûlée/​sur la terre des pro­messes ».

Le poète est là, à l’heure où l’on parle plu­tôt de murs et de fron­tières, de « routes vaines qui s’enfoncent dans les sou­ter­rains », le poète est là pour « créer des ponts ». C’est sans doute à cette condi­tion que la dame de bon­heur pour­ra retrou­ver, un jour, droit de cité.

 

Illusions, poème de Blulma Finkelstein, musique D. W. Solomons, gui­tare et alto.

Présentation de l’auteur

Bluma Finkelstein

Bluma Finkelstein, née en Roumanie en 1942, une poé­tesse et essayiste rou­­ma­­no-israé­­lienne. Elle vit en Israël depuis 1963. Elle est pro­fes­seur émé­rite de lit­té­ra­ture fran­çaise et com­pa­rée à l’Université de Haïfa où elle vit. Elle a publié 30 recueils de poèmes en France, ain­si que trois essais lit­té­raires. Ses poèmes ont été tra­duits en hébreu par le poète Aharon Amir ain­si qu’en rou­main.

Voix majeure dans la lit­té­ra­ture israé­lienne fran­co­phone contem­po­raine, elle a reçu en 2002 le Prix du Président de l’État d’Israël  pour son œuvre en langue fran­çaise (prix attri­bué pour la pre­mière fois à un écri­vain fran­co­phone israé­lien).

© Crédits pho­tos (sup­pri­mer si inutile)

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment "Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure" (2002, réédi­tion 2008), "Lettre à une moniale" (2005), "Que la terre te soit légère" (2008), "Fou de Marie" (2009). Dernière paru­tion : "Les heures lentes" (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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