Marie-Hélène Prouteau enchante Nantes

Par |2018-01-26T21:35:35+01:00 26 janvier 2018|Catégories : Critiques, Marie-Hélène Prouteau|

Née à « Brest même » mais pro­fondé­ment Nan­taise, la bre­tonne Marie-Hélène Prouteau quitte « la petite plage » nord-fin­istéri­enne décrite amoureuse­ment dans un précé­dent livre (édi­tions La Part Com­mune) pour nous par­ler de sa ville d’adoption, cette « ville aux maisons qui penchent » du côté du quai de la Fos­se, cette « ville aux pier­res blanch­es » où « le tuffeau règne en maître de lumière » et « doit com­pos­er avec le gran­it janséniste ».

 

Nantes a tou­jours été une belle matière lit­téraire et poé­tique. Marie-Hélène Prouteau s’inscrit dans une lignée pres­tigieuse et nous pro­pose, à son tour, sa « forme d’une ville » (Julien Gracq) en présen­tant un kaléi­do­scope d’émotions fugi­tives ou de sen­sa­tions éprou­vées, sur place, au fil des ans. Ses « suites nan­tais­es » (sous-titre du livre) sont des échap­pées belles, des fugues à la manière de com­pos­i­teurs bro­dant sur le motif.

La ville aux maisons qui penchent (suites nantaises), Marie-Hélène Prouteau, La Chambre d’échos, 80 pages, 12 euros.

La ville aux maisons qui penchent (suites nan­tais­es), Marie-Hélène Prouteau, La Cham­bre d’échos, 80 pages, 12 euros.

La cul­ture y tient la part belle, qu’il s’agisse de l’évocation d’un marché de la poésie où l’éditeur Yves Lan­drein expose ses livres, d’une ren­con­tre avec Michel Chail­lou au lycée, d’un livre de poète tchèque aperçu à la devan­ture d’un libraire et amenant l’auteure à évo­quer des séjours prago­is. Et quand Marie-Hélène Prouteau voit un pianiste et un vio­loniste roumains ver­bal­isés dans les rues de Nantes, elle s’indigne et nous entraîne vers un livre du poète Man­del­stam évo­quant la con­fis­ca­tion d’un piano à queue. Mais quand la poésie peut à nou­veau retrou­ver doit de cité lors d’une créa­tion col­lec­tive de la Mai­son de la poésie, elle ne peut que se réjouir. Rue des bateaux-lavoirs, elle peut alors écrire :

Buée bleutée des lessives sur les bateaux-lavoirs
Les lavandières aux mains rou­gies lavent les battoirs
Les corps fatiguent et les voix chantent la vie à la peine.

Dans d’autres textes (il y en a vingt au total), Marie-Hélène Prouteau inscrit son pro­pos dans l’histoire de la ville. Ain­si ce sou­venir de Lib­er­taire Rutigliano (19 ans) embar­qué dans les vents mau­vais de l’histoire, tor­ture puis déporté à Dachau. Mais l’histoire rejoint vite la poésie.

Deux mois aupar­a­vant, il aurait pu y faire la con­nais­sance de Robert Desnos. Par­ler ensem­ble de poésie, de lib­erté. Lui, le jeune émi­gré qui, à qua­torze ans, dans une let­tre à son père, par­lait de poètes roman­tiques et de Shakespeare.

Il y a, enfin, dans ce livre, des sou­venirs d’enfance qui remon­tent à la sur­face (comme autant de bulles à la sur­face de la Loire) : une excur­sion d’écolière dans les marais de basse-Loire ou de lycéenne aux Flo­ralies de Nantes. Ne man­quent pas au tableau, non plus, dans d’autres chapitres, le pont Eric Tabar­ly, la Tour Bre­tagne et le Lieu Unique. On sent une auteure faisant corps avec sa ville, à l’écoute de ses bat­te­ments de cœur. Et pour cause : « Nantes respire à la bonne hau­teur, écrit Marie-Hélène Prouteau, elle a voca­tion de patience. Son pas est lent, la ville fait la part des choses, indif­férente aux emblèmes éphémères dont s’entiche la post-modernité»

Présentation de l’auteur

Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de let­tres. DEA de lit­téra­ture contemporaine.
Elle a enseigné vingt ans les let­tres-philoso­­phie en class­es pré­para­toires sci­en­tifiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, Les Allumées de Péters­bourg) ou de sen­si­bil­ités artis­tiques dif­férentes (plas­ti­ciens Olga Boldyr­eff, Michel Remaud…).
Seule ou avec d’autres, elle a organ­isé plusieurs con­férences, (autour de Jean-Pierre Ver­nant, Michel Chail­lou, Josyane Sav­i­gneau…). Et ani­mé des Ren­con­tres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bre­tagne et Loire » chez Gracq, par­ticipé aux Ren­con­tres de Sophie sur l’art et les autres.
 
Marie-Hélène Prouteau
Ses pre­miers textes por­tent sur la sit­u­a­tion des femmes puis sur Mar­guerite Yource­nar. Elle a pub­lié des études lit­téraires, trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poétique.
Elle écrit dans Ter­res de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste (Let­tre ouverte à Asli Erdogan).
Son livre La Petite plage (La Part Com­mune) est chroniqué sur Recours au poème par Pierre Tan­guy. Elle a par­ticipé à des livres pau­vres avec la poète et col­lag­iste Ghis­laine Lejard. Et réal­isé Nos­tal­gie blanche, un livre d’artiste avec le pein­tre Michel Remaud.
 

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Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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