Paul Guillon, La couleur pure

Par |2019-12-06T06:22:31+01:00 6 décembre 2019|Catégories : Critiques, Paul Guillon|

De la poésie de Paul Guil­lon, on appréciera surtout la « disponi­bil­ité au présent » comme l’avait déjà dit Jean-Pierre Lemaire en pré­façant La vie cachée, un de ses précé­dents recueils. La couleur pure est fait de la même encre. Ce recueil dit les jours et les heures dans leur sim­plic­ité. Mais tou­jours sous le signe d’une forme d’émerveillement.

Qu’il nous entraîne sur ses pas dans la con­tem­pla­tion de pein­tures ital­i­ennes ou qu’il nous par­le de la vie de ses jeunes enfants, Paul Guil­lon dresse avant tout des tableaux. Pré­cisé­ment à la manière des plus grands artistes. C’est par exem­ple le cas quand il saisit cette femme qui allaite son enfant « sur cette plage publique minus­cule » ou quand il fait le con­stat que « ce qui sub­siste du bleu / s’est rassem­blé dans le bal­ance­ment vaporeux des glycines ». Il y a aus­si ce véri­ta­ble tableau de genre à Venise  quand  il voit le vaporet­to des touristes crois­er une vedette-corbillard.

Cette « vie cachée » dont Paul Guil­lon nous avait par­lé dans son pre­mier recueil chez Ad Solem en 2007, resur­git à nou­veau au fil des pages. Elle prend avant tout les couleurs de l’enfance quand le poète nous par­le avec tant de douceur et de justesse du « pre­mier âge » de ses pro­pres enfants.

Ce qui se man­i­feste avec acuité, c’est l’attention par­ti­c­ulière du père à l’apparition des pre­miers mots sur leurs lèvres.

Paul Guil­lon, La Couleur pure,
Ad Solem, 87 pages, 14,90 euros.

« Tu es à ce moment dont par­le tout poème / où tu devines notre lan­gage / où tu nous par­les sans parole », note le papa énamouré. « Tu répètes à l’envi / la fin de tous nos mots ». Et puis, un jour, les pre­miers mots sur­gis­sent : « é‑mé, é‑mé » devant la mer que l’enfant désigne par ces mots ou, sor­tant plus tard de l’école mater­nelle les doigts tachés de couleurs : « J’ai peindé, papa ».

Plus loin, l’évocation de Maud, «effon­drée brusque­ment » à l’âge de huit ans, ravive des plaies encore bien ouvertes. « Elle a lais­sé en moi ce silence / d’où sur­git la poésie ». Mais la vie (cachée) con­tin­ue envers et mal­gré tout. « Avec mon fils de trois ans / je démine lente­ment la plage / de ses palour­des et de ses coques ».

Paul Guil­lon qui se laisse « vis­iter » par des textes bibliques (la Vis­i­ta­tion, l’Annonciation…), nous dit l’urgence de vivre en dépit des ébran­le­ments intimes qu’elle peut provo­quer. Et  de ce vieux poète qu’il « vis­ite » sur son lit d’hôpital, il peut dire : « Il ne peut plus écrire / et c’est pour cela que le poème / est enfin là ».

Présentation de l’auteur

Paul Guillon

Paul Guil­lon est né en 1973 à Paris où il vit actuelle­ment. Il enseigne l’his­toire dans le sec­ondaire et l’his­toire de l’art dans l’en­seigne­ment supérieur. Il a pub­lié trois recueils de poèmes : Sous une meule de pierre aux Cahiers Bleus en 1999, La vie cachée en 2007 et Tes empreintes en 2014, l’un et l’autre chez Ad Solem. Plusieurs de ses poèmes ont égale­ment paru en revues (Poésie 2000, Arpa, Con­férencePar­ages, La SapeCom­mu­nio, Encres vagabon­des, Nunc, etc.) et dans des antholo­gies (Des mots pour la pein­ture au Seuil en 2010 et Adop­tion des îles grec­ques par les poètes chez Corps Puce en 2013).

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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