Jean-Marc Sourdillon La vie discontinue 

Par |2018-01-26T16:18:41+01:00 26 janvier 2018|Catégories : Critiques, Jean-Marc Sourdillon|

Exal­ta­tions et angoiss­es, heurs et mal­heurs, fureurs et silences, émer­veille­ments et déso­la­tions : la vie « dis­con­tin­ue » peut nous faire pass­er, on le sait, de charybde en scylla.

Dans huit textes ancrés dans des expéri­ences per­son­nelles (exis­ten­tielles, dirait-on) Jean-Marc Sour­dil­lon nous le fait touch­er du doigt et nous livre ce qu’on appelle – par facil­ité – des tranch­es de vie, des instants qui furent pour lui des moments de révélation.

Un proche qui meurt nous rap­pelle à l’immense. Il s’est absen­té d’un coup, au beau milieu de l’été, éva­poré dans le ciel bleu au som­met d’une montagne.

Il le dit, par exem­ple, dans un texte poignant autour d’une escapade au Puy Mary.

Oui, un bel été. De longues semaines le soleil avait été devant nous ; et soudain bru­tale­ment, il a été der­rière nous.

La vie discontinue, Jean-Marc Sourdillon, La Part Commune, 154 pages, 16 euros.

La vie dis­con­tin­ue, Jean-Marc Sour­dil­lon, La Part Com­mune, 154 pages, 16 euros.

Jean-Marc Sour­dil­lon inscrit ses réc­its dans des paysages, dans des lieux que l’écriture trans­fig­ure. Parce que des images affluent.

« La vie poé­tique con­siste pour l’essentiel à se ren­dre disponible à la venue de cer­taines images, à les accueil­lir et à les retenir au moyen de l’écriture. Quelles images ? Celles qui, sur­gies de la vie, se sig­na­lent par une cer­taine qual­ité d’émotion qui fait que quelque chose s’allume en elles, qu’elles se font trans­par­entes à la vie qu’elles nom­ment », notait l’auteur dans un dossier con­sacré à Philippe Jac­cot­tet (Revue Let­tres, print­emps 2014).

Com­ment, d’ailleurs, ne pas penser à Philippe Jac­cot­tet dans cette approche éblouie des lieux, quand les images sur­gis­sent dans un paysage naturel. Tel Jac­cot­tet écrivant au col de Larche (titre d’un essai de l’auteur aux édi­tions Le Bateau fan­tôme), Jean Marc Sour­dil­lon racon­te une péré­gri­na­tion dans les Cévennes du côté d’Auzillargues et de Saint-André-de-Val­borgne. Une libel­lule le sort de sa tor­peur. Puis le voici sur le « dia­mant brut » d’une « route anci­enne tail­lée dans la mon­tagne » alors que « là-bas, sous la barre argen­tée des rochers, c’était le tor­rent ». Peu à peu, l’auteur se sent comme hap­pé, saisi, au point d’éprouver la cer­ti­tude de faire par­tie du paysage lui-même.

Un fil ten­du dans l’air » finis­sait par le reli­er aux insectes à ses pieds « en même temps qu’aux mon­tagnes dans les loin­tains avec leurs nuages étalés.

Dans un autre texte, Jean-Marc Sour­dil­lon fait l’expérience de l’autre dans sa sin­gu­lar­ité en regar­dant vivre son voisin de l’autre côté de la riv­ière. L’homme y a son enc­los, ses ani­maux et ses petites cul­tures. Et il regarde cet homme bien occupé mais si différent.

Lui dans son jardin où il bêche aux pre­mières lueurs, moi à ma table, la fenêtre ouverte, au-dessus de la rivière.

Des regards se croisent, une forme de con­nivence tacite s’instaure entre hommes du matin. Cha­cun dans son roy­aume. C’est cela « la vie dis­con­tin­ue » de Jean-Marc Sour­dil­lon. C’est dit à la fois avec sim­plic­ité et profondeur.

Présentation de l’auteur

Jean-Marc Sourdillon

Jean Marc Sour­dil­lon est né en 1961.  A pub­lié des livres poétiques :

  • Les Tourterelles (La Dame d’onze heures, pré­face de Philippe Jac­cot­tet, encres d’Is­abelle Ravi­o­lo, 2009).
  • Les Miens de per­son­ne (La Dame d’onze heures, pré­face de Jean-Pierre Lemaire, lavis de Gilles Sack­sick, 2010),
  • Dix sec­on­des tigre (L’Arrière-pays, 2011),
  • En vue de naître (L’Ar­rière-pays, 2017),
  • La vie dis­con­tin­ue (La part com­mune, 2017),
  • des essais et des nou­velles, Les voix de Véronique (Le Bateau Fan­tôme, 2017).

A traduit María Zam­bra­no et édité les Œuvres de Philippe Jac­cot­tet dans la Pléiade.

Jean-Marc Sourdillon

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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