Anne-Lise Blanchard, L’horizon patient

Par |2022-09-22T11:49:57+02:00 22 septembre 2022|Catégories : Anne-Lise Blanchard, Critiques|

 La poésie d’Anne-Lise Blan­chard est celle de la retenue, du bref qui « fait sens ». L’intérêt qu’elle peut porter à l’épure de la poésie japon­aise — ver­sion haïku — n’est pas étranger à cette manière qu’elle a d’envisager l’écriture poé­tique. « Le poète pos­sède l’art d’exhiber le rien ou le presque rien, de l’enluminer », esti­mait François Cassin­ge­na-Trévedy dans sa Poé­tique de la théolo­gie (Ad Solem, 2011).  Le nou­veau recueil d’Anne-Lise Blan­chard en est une vibrante illustration.

Nous voici donc avec L’horizon patient au cœur d’une médi­ta­tion « pointil­liste » sur notre présence au monde. Ce monde est celui d’une forme de chaos (« Le chaos reste patient », écrivait la poétesse bre­tonne Eve Lern­er dans un récent recueil pub­lié chez Dia­base). « Je me tiens/ à la lisière/du vide qui gagne/en sourdine/déposant son chaos/au cœur du dénue­ment », écrit pour sa part Anne-Lise Blan­chard. Plus loin, elle affine son diag­nos­tic : « D’écrans en boîtes vocales le monde/se mutique s’opacifie/la peau se sciure/la langue s’épaissit et dehors/l’horizon/s’amenuise ». Alors le poète « implore le silence et implore la lumière ». Mais ne s’arrête pas là.

Faire face, c’est met­tre tout le corps en mou­ve­ment. « Marcher/sauter/nager courir ». Sur ce ter­rain-là, Anne-Lise Blan­chard nous a déjà menés très loin. Retour du Moyen-Ori­ent, elle a livré Le soleil s’est réfugié dans les pier­res  (Ad Solem, 2017). Aujourd’hui, « la foulée cara­colante » et « la hanche bougonnante », elle arpente des « lieux » et des « voix ». Elle le fait à Brangues (pour par­ler de Claudel), à la Côte Saint-André (pour par­ler de Berlioz), à Chartres (pour par­ler de Péguy). 

L’horizon patient, Anne-Lise Blan­chard, pré­face de Colette Nys-Mazure, Ad Solem, 2022, 107 pages, 17 euros.

La voici aus­si à Haute­combe, à Sainte-Baume, à Col­lioure, à Car­cas­sonne, à Lis­bonne, au bord du lac de Lugano où « l’hôtel Azalée/ prête au/lac sa couleur indi­go », à la Grande Char­treuse où elle décou­vre « les mains jointes des gisants et des vivants ».

S’émerveiller, chercher « le mot qui libér­era le souffle/d’une nou­velle nais­sance ». Anne-Lise Blan­chard pour­suit sa quête dans la mon­tagne car « ici le souf­fle cir­cule en lib­erté ». La voici au col d’Arrimoulit, à la pointe des Arli­cots, au pic Muga… lieux de « solitude/ sou­veraine dans l’heure pure ».

Exer­ci­ces de con­tem­pla­tion qu’elle peut aus­si bien men­er en mon­tagne qu’au cœur de la ville,  comme elle le racon­te dans Le ravisse­ment de la marche (Ate­lier du grand Tétras, 2021). « La trace devient méditation/un geste déplie l’horizon », note-elle au port du Mar­cadeau. Il lui arrive même d’épouser par­fois la « sérénité » de ses « sœurs rumi­nantes » ren­con­trées en chemin, de retrou­ver dans la joie « le vieux tilleul » ou « les bourgs antiques ». car elle tient aus­si la plume « pour dire ce qui/n’est déjà plus ». Pour­tant, pas de nos­tal­gie, pas de passéisme. Non, se pro­jeter vers un nou­v­el hori­zon. Avec patience.

Présentation de l’auteur

Anne-Lise Blanchard

Anne-Lise Blan­chard est née à Alger le 1er jan­vi­er 1956. Danseuse, choré­graphe puis thérapeute, elle écrit de la poésie et de cour­tes pros­es. Elle habite aujour­d’hui dans le Sud.

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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