La poésie de Cécile A. Hold­ban touche à l’intime mais demeure en per­ma­nence auréolée d’une forme de mys­tère. La poète creuse l’énigme de la vie.  « Il restait une fleur/sur terre/pour l’éclairer », écrit Cécile A. Hold­ban, comme en écho à ces mots de Philippe Jac­cot­tet : « Prends cette fleur pour t’éclairer dans la tra­ver­sée des jours ».  Mais si l’écriture de l’auteure a par­fois des accoin­tances avec celle du grand poète français, son univers poé­tique la rat­tache plutôt à une veine d’écrivains anglo-améri­cains qui lui sont chers (Kath­leen Raine, Sylvia Plath…) et, encore plus, à ces auteurs des ex-pays de l’Est, notam­ment hon­grois, pour lesquels elle éprou­ve une affec­tion (lit­téraire) particulière.

 

Cécile A. Hold­ban, Touch­er terreArfuyen, 115 pages, 14 euros.

Pas éton­nant : Cécile A. Hold­ban est d’origine hon­groise et mène à la fois un tra­vail d’écrivain et de tra­duc­trice d’ouvrages pub­liés en hon­grois ou en anglais. Elle intro­duit d’ailleurs, volon­tiers, dans ses pro­pres recueils, des textes d’auteurs qu’elle traduit et qu’elle aime par­ti­c­ulière­ment. C’est encore le cas, dans son nou­veau livre. Elle y pub­lie notam­ment des poèmes de San­dor Weöres (1913–1989), con­sid­éré comme l’un des plus grands poètes hon­grois, de Janos Pilin­sz­ki (1921–1981), poète et dra­maturge égale­ment hon­grois, mais aus­si des Améri­cains Howard Mc Cord ou Lin­da Pastan.

A pro­pos de ce nou­veau livre de Cécile A. Hold­ban, son édi­teur affirme qu’il « impose avec une sûreté et une déli­catesse infinie un monde trou­blant et mag­nifique, peu­plé d’obscures men­aces et des grâces envoû­tantes ».   Les obscures men­aces sont là quand « l’aube s’efface », et « la lune rouille », quand « les arbres au loin noir­cis­sent»  ou quand « le corps est bien là », mais que « le cœur se fige ». Les grâces envoû­tantes, elles, s’arc-boutent à « notre seule via­tique : l’espérance secrète du print­emps ».  La poète peut alors s’émerveiller et not­er que « les yeux rubis des gro­seilles ouvrent des mil­liers de paupières » et se met­tre à l’écoute de « la res­pi­ra­tion pal­pi­tante de la pluie mêlant le sang des fleurs à la terre ».

Entre les « men­aces » et les « grâces », il y a cette « obsti­na­tion à chercher/l’étincelle, la part/manquante ».  Car Cécile A. Hold­ban nous dit avoir « plongé dans le monde avec emporte­ment ». C’est cette énergie vitale (native) qui con­tin­ue à l’animer. Elle est demeurée « la fil­lette qui s’élance » en quête de « cette vio­lence joyeuse, cette libéra­tion dans le jail­lisse­ment de cer­taines sources » . Car, s’il y a « l’hiver du monde », il y a aus­si cette femme qu’elle est (et que l’amour éclaire) dont le « corps débor­de » et dont la « tête chante ».

 

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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