> Un nid dans les ronces de Cécile A.Holdban

Un nid dans les ronces de Cécile A.Holdban

Par | 2018-01-31T00:17:38+00:00 2 juillet 2014|Catégories : Cécile A. Holdban, Critiques|

     Voici un recueil de haï­kus, mais pas seule­ment de haï­kus. Les ter­cets de Cécile A.Holdban sont fidèles à l’esprit et aux règles du fameux genre poé­tique japo­nais mais s’en échappent aus­si très sou­vent. Ainsi, l’auteure ne néglige pas la méta­phore (« Les pavots du vent/​dressent leur cœur échevelé/​à tou­cher le ciel »), peu usi­tée dans le haï­ku clas­sique. Il lui arrive éga­le­ment de s’exprimer au pas­sé,  loin d’une concep­tion du haï­ku qui entend d’abord figer l’instant pré­sent.

     Mais finis­sons de chi­po­ter et rete­nons sur­tout de son recueil que l’esprit du haï­ku est bien là. Et c’est le plus impor­tant. Il l’est dans cet art de sai­sir une émo­tion, une sen­sa­tion, aus­si bien au cœur de la nature qu’auprès des êtres aimés (« La vieille église/​son clo­cher de bois abrite/​des nids d’hirondelles ».   

      Elle nous ramène aus­si, par le tru­che­ment de ses propres encres de Chine, qui par­sèment le recueil, vers l’univers végé­tal ou ani­mal des grands maîtres du haï­ku. Voici la gre­nouille, la four­mi, le héron, le papillon, le pin, le magno­lia, l’iris, l’arbre aux mille écus… Sans comp­ter que Cécile A.Holdban va sou­vent jusqu’à res­pec­ter le clas­sique décou­page du poème en 5 syl­labes, 7 syl­labes, 5 syl­labes. « Tu ouvres les yeux/​parmi les ombres de la chambre/​la lune endor­mie ».

    Malgré tout, on l’a dit, Cécile A.Holdban se  joue le plus sou­vent des lois du genre. Elle le fait avec bon­heur, ne dédai­gnant pas de  ver­ser  ponc­tuel­le­ment dans la sen­tence ou la nota­tion d’allure phi­lo­so­phique. « Ta main petite/​prendra toute la mesure/​du monde à connaître ». Ou encore ceci : « Quand les cerfs-volants/ne se dressent plus dans le vent/​un cœur s’assombrit ».

    Comme le note avec jus­tesse l’éditeur, « La langue épu­rée de Cécile A.Holdban se fait l’écho de la ten­dresse vigi­lante qu’elle témoigne aux pay­sages qui l’entourent et à ceux qu’elle porte en elle ». Ainsi ce poème qui donne son titre au recueil et résume bien sa démarche de poète : « Ta main sur mon cœur/​un nid dans les ronces rougies/​pour l’oiseau crain­tif ».