> Cécile A. Holdban, extraits inédits de Toucher terre

Cécile A. Holdban, extraits inédits de Toucher terre

2018-01-30T23:49:57+00:00

Les cer­ti­tudes nous main­tiennent sur un socle pré­caire, flammes debout que bien­tôt les feuilles recouvrent, ame­nuisent, étouffent. Nous res­tons sans appui sur la terre nue, gla­cée, au seuil du ver­tige et de l’obscurité.

Notre seul via­tique : l’espérance secrète du prin­temps.

 

 

 

Les migrateurs

Novembre noir, novembre gris
poème sans ciel sans ailes sans bruit
la rue se noie la rue est sombre
le vent tourne dans les man­teaux
les visages gom­més par la pluie

(en toi indi­vi­sible je recon­nais
le goût de l’eau)

on dit que la joie
com­pose dans sa lumière franche
de trop faibles poèmes

(je ne peux taire le chant
qui le matin monte à ma gorge
ourle mes lèvres fleu­rit ma main)

on dit que la joie
est un leurre pour les oiseaux
que la véri­té se situe
dans des zones entre gel et ombre
dans l’opacité de la rue

(je te sais, et je suis la source
comme la source
sait l’océan)

Novembre noir, novembre gris,
dans l’aube humide sur les ruelles
j’ai vu la joie ordon­nant sa clar­té
vers ce vol loin­tain que ton regard sui­vait.

 

 

 

Templum

les augures déchiffrent le vol des oiseaux dans un car­ré don­né de ciel.
baguette de cou­drier, bois de cerf, trom­pette de cuivre
tracent dans les airs l’angle d’une vision inac­ces­sible

Sois l’espace entier, la fenêtre où voir est sans limite
l’horizon : on le mesure à ce qui tremble
par delà les lignes pos­sibles. Le temple est trans­pa­rent

 

 

 

Hirondelle

fends et strie le ciel de l’arc de tes ailes
pré­sage, pul­sa­tion, boo­me­rang
ailes noires, cœur rouge, ventre blanc
emporte dans la nue les cou­leurs du conte
et reviens, plumes empen­nées d’orage
de foudre, illu­mi­ner la nuit

 

 

 

Vivre c’est
entendre cette musique qui s’élève
par­fois avec la dou­leur

Vénus annon­çant la nuit

nos mains

(comme un pres­sen­ti­ment
             le mou­ve­ment sus­pen­du)

sont tendres
et disent en se reti­rant :

grâce soit ren­due à nos os de flûte
par qui la musique fut ailée.

 

Présentation de l’auteur

Cécile A. Holdban

Hongroise d’origine, après une enfance en France,  Cécile A. Holdban décide à l’adolescence de pour­suivre sa sco­la­ri­té dans un inter­nat hon­grois, dans la cam­pagne bava­roise dont elle conserve la nos­tal­gie. Elle com­pose à cette époque ses pre­miers poèmes en hon­grois, sa langue mater­nelle qui l’a ber­cée à tra­vers chants et poé­sies que lui contaient sa mère et sa grand-mère.

Elle suit, pen­dant quatre ans, aux Langues orien­tales, des études de lin­guis­tique au cours des­quelles elle s’initie à la civi­li­sa­tion fin­lan­daise et au que­chua, et, sur­tout, entre­prend ses pre­mières tra­duc­tions du poète hon­grois Weöres Sándor.

Sensible aux arcanes de la nature, cette pas­sion­née de bota­nique est aus­si une grande voya­geuse dans l’âme, dont les iti­né­rances l’ont conduite en Europe de l’Est, en Amérique du Sud et en Asie.

 

Cécile A. Holdban

En 2011, Angèle Paoli, la créa­trice du site « Terre de Femmes », publie pour la pre­mière fois un de ses poèmes.

En 2012, elle publie un pre­mier recueil aux édi­tions L’Échappée Belle, Ciel pas­sa­ger, que sui­vra un recueil de haï­kus en 2013, aux édi­tions La Part Commune, Un nid dans les ronces.

En 2013, elle publie plu­sieurs tra­duc­tions de Weöres Sándor en revue (Variations…), et sur des sites en ligne consa­crés à la poé­sie (Terre de Femmes, Poezibao…).

En 2014, elle tra­duit une antho­lo­gie de Jószef Attila, avec Francis Combes et Georges Kassai, aux édi­tions Le Temps des Cerises, Le Mendiant de la beau­té, ain­si qu’un recueil de textes inédits de Karinthy Frigyes aux édi­tions du Sonneur, Tous sports confon­dus.

Actuellement, elle pré­pare un volume consa­cré à Weöres Sándor pour la col­lec­tion de poé­sie « Orphée » aux édi­tions de La Différence, ain­si que deux recueils de poé­sie, dont l’un a pour thé­ma­tique l’exil, l’arrachement au pays natal, et l’autre la vie et les écrits d’une poé­tesse néo-zélan­­daise mécon­nue du début du ving­tième siècle, Emilia Wandt.

Depuis 2015, elle codi­rige la revue de poé­sie Ce qui reste.

En 2016, elle publie Une robe cou­leur de jour/​​Napszín Ruhában. En juin 2016, elle reçoit le prix A. Ribot.

Elle a éga­le­ment publié poèmes, textes et tra­duc­tions dans de nom­breuses revues (ThaumaEuropePaysages écritsLa femelle du requinTerres de femmesRecours au poème…).

En 2017, elle publie L’Été et Viens dans mon poème. Elle est récom­pen­sée par le prix Yvan Goll, qu’elle par­tage avec Anne Malaprade. Le prix lui est décer­né lors du fes­ti­val du Marché de la poé­sie le 9 juin 2017. Le 10 juin 2017, elle reçoit le prix Calliope du Cénacle Européen de la Francophonie.

Autres lec­tures

Un nid dans les ronces de Cécile A.Holdban

     Voici un recueil de haï­kus, mais pas seule­ment de haï­kus. Les ter­cets de Cécile A.Holdban sont fidèles à l’esprit et aux règles du fameux genre poé­tique japo­nais mais s’en échappent aus­si [...]

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