Cécile A. Holdban, Kaléidoscope, Tapis de chiffons

Par |2023-06-06T11:28:46+02:00 6 juin 2023|Catégories : Cécile A. Holdban, Critiques|

 Kaléi­do­scope, un « Tapis de chif­fons » pour temps de pandémie

« Une poly­phonie visuelle et écrite ». C’est ain­si que Cécile A. Hold­ban définit le beau petit livre pub­lié par les édi­tions de l’Atelier des Noy­ers, qui restitue son pro­jet en col­lab­o­ra­tion avec 172 poètes. Elle les avait con­tac­tés lors de la pandémie, au moment du con­fine­ment lors du print­emps 2020, leur pro­posant de lui livr­er un sim­ple vers de poésie (sur ce moment par­ti­c­uli­er) qu’elle se charg­erait ensuite d’illustrer à sa manière. Aujourd’hui nous avons entre les mains un superbe objet/livre où s’exprime tout le tal­ent d’artiste et de poète de Cécile A. Holdban.

Le défi n’était pas mince. Cécile A. Hold­ban avait pris le par­ti d’illustrer chaque vers sur un sup­port pour le moins orig­i­nal : un sachet de thé. S’inspirant du titre d’un livre du Hon­grois Sán­dor Weöres (Tapis de chif­fons), elle a d’abord envis­agé un pro­jet col­lec­tif qui pour­rait  pren­dre corps  sur une grande sur­face (en assem­blant les sachets de thé sur un drap) puis, deux ans plus tard, le pro­jet a pris forme dans un petit livre au for­mat à l’italienne où sont repris, page par page, chaque vers et chaque illus­tra­tion correspondante.

Vari­ant les tech­nique pic­turales – aquarelles, crayons, pas­tels, encres, acryliques – recourant aus­si bien à des motifs abstraits que fig­u­rat­ifs, l’artiste nous pro­pose aujourd’hui ce mer­veilleux Kaléi­do­scope de « temps de détresse » (comme le dirait Hölder­lin). « Cha­cun est libre d’y entre­pren­dre son pro­pre chem­ine­ment. Ce kaléi­do­scope est aus­si un labyrinthe », note Cécile A. Holdban. 

Cécile A. Hold­ban, Kaléi­do­scope, Tapis de chif­fons, L’Atelier des Noy­ers, 20 euros.

« Il appar­tient à cha­cun de tiss­er son pro­pre fil d’Ariane ». Une chose est sûre : le monde con­finé vibre sous son pinceau et sous la plume des poètes. On pour­rait dire, reprenant le titre d’un livre de Jean Pierre Ned­elec, que « Le monde était plein de couleurs » durant cette pandémie. Para­doxe de cette péri­ode grise et terne, sou­vent douloureuse­ment vécue mais qui a aus­si per­mis de se réap­pro­prier autrement le monde. A com­mencer par le silence qui trou­ve ici un écho chez de nom­breux poètes. « Les mots gon­flés de silence comme une sève explo­sive », écrit Françoise Ascal. « Par­fois, j’ai envie de dire oui au silence, alors j’écris », affirme pour sa part Isabelle Alentour.

Ecrire. Dieu sait si le con­fine­ment a encour­agé cette pra­tique (on pense notam­ment à La baie vit­rée de Yvon Le Men aux édi­tions Bruno Doucey). « Le matin, je tire de l’écriture la preuve que je vis », énonce Frédérique Ger­manaud. « J’écris pour sous­traire un peu de feu à l’orage », con­fie Lionel Gerin. Et puis il y a les oiseaux dont on redé­cou­vre le chant. « Ma fenêtre, un passereau/une passerelle » (Jean-François Agos­ti­ni). « Et dans la haie, le vol endor­mi des alou­ettes »(Bertrand Runtz). La pandémie lim­i­tant les déplace­ments, on redé­cou­vre les bien­faits du jardin « dans l’odeur de la men­the » (Chris­t­ian Bult­ing) ou ceux de la nature qui explose avec « Pâques à l’extrême d’un bour­geon » (Françoise Matthey).

Les 172 poètes réu­nis par Cécile A. Hold­ban (par ordre alphabé­tique) sont majori­taire­ment français, mais ils peu­vent aus­si être belges, hon­grois, ital­iens, québé­cois, suiss­es ou améri­cains… Poètes con­nus ou mécon­nus, réu­nis avec bon­heur dans ce Kaléi­do­scope. Il y a  là Denise Desau­tels, Jean Rouaud, Gérard Pfis­ter, Jos Roy, Thier­ry Gilly­bœuf, Valérie Rouzeau, Yves Prié, Jean-Claude Caër, Howard McCord, Chris­t­ian Vigu­ié, François Ran­nou, Alain Kervern, Cécile Guiv­arch, Jean Lavoué, Lau­re Morali, Angèle Paoli, Béa­trice Mar­chal, Estelle Fen­zy… Voilà quelques noms (bien con­nus) relevés par­mi d’autres. Sans oubli­er Cécile A. Hold­ban, elle-même poète. « Les gouttes seraient l’alphabet pour écrire l’arc-en-ciel », écrit-elle.

Présentation de l’auteur

Cécile A. Holdban

Elle est pein­tre et écrivain, lau­réate du prix Yvan Goll (2017) et du prix Cal­liope du Céna­cle Européen (2017), est égale­ment tra­duc­trice et coéditrice de la Revue Ce qui reste, une revue en ligne de lit­téra­ture et d’art con­tem­po­rains. Elle ani­me une chronique lit­téraire sur Ali­gre FM radio.

Elle pra­tique pein­ture et écri­t­ure en les faisant dia­loguer : les liens et trans­mis­sions entre les dif­férentes formes d’arts sont au cœur de son tra­vail. Son univers de créa­tion se fonde sur ces rap­ports synesthésiques. Il s’enrichit de l’observation et de l’imaginaire de la nature, entre paysage vis­i­ble et invis­i­ble, d’une écoute et d’une atten­tion au vivant, aux con­tes et mythes.

Elle col­la­bore par ses pein­tures,  poèmes, tra­duc­tions et arti­cles à de nom­breuses revues, antholo­gies et ouvrages col­lec­tifs var­iés. Elle aime aus­si s’associer à d’autres créa­teurs ou écrivains dans des pub­li­ca­tions, revues et livres d’artistes. Elle a fait l’objet de deux expo­si­tions per­son­nelles en France et par­ticipe régulière­ment à des expo­si­tions col­lec­tives et des fes­ti­vals, et ani­me régulière­ment des mas­ter­class­es et ate­liers de créa­tion, d’écriture et expres­sion plastique.

Cécile A. Holdban

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Derniers ouvrages publiés 

Pre­mières à éclair­er la nuit, réc­it, Arléa, jan­vi­er 2024

Toutes ces choses qui font cra­quer la nuit, textes et pein­tures, Exopotamie, 2023

Osse­lets, dessins et poèmes, Le Cad­ran Ligné, Saint- Clé­ment, 2023

Kaléi­do­scope, 173 poètes con­tem­po­rains mis en image pen­dant le con­fine­ment, l’Atelier des Noy­ers, Dijon, 2023

Jacques Bibonne, une vie en pein­ture (col­lec­tif, texte de con­tri­bu­tion au cat­a­logue ) édi­tions Le temps qu’il fait, Bor­deaux,  2023

Pier­res et berceaux, dessin et poèmes, Poten­tille, Nev­ers, 2021.

Touch­er terre, Arfuyen, Paris, 2018

Silence, pho­togra­phies d’Anne Lise Broy­er, poème de Cécile A. Hold­ban, Sous les glycines, Paris, 2016.

Poèmes d’après suivi de La route de sel, Arfuyen, Paris, 2016.

Quelques tra­duc­tions :

John Keats, La poésie de la terre ne meurt jamais, édi­tion traduite et annotée par Cécile A. Hold­ban et Thier­ry Gilly­boeuf, Poé­sis, 2021

Howard Mc Cord, Poèmes Chamaniques, édi­tion établie, traduite et annotée par Cécile A. Hold­ban et Thier­ry Gilly­boeuf, La Part Com­mune, 2021

Vir­ginia Woolf, Le Par­adis est une lec­ture con­tin­ue, tra­duc­tion et présen­ta­tion de Cécile A. Hold­ban, La Part Com­mune, Rennes, 2019.

Vir­ginia Woolf, Ain­si par­lait – Thus Spoke, dits et maximes de vie choi­sis, traduits de l’anglais et présen­tés par Cécile A. Hold­ban, édi­tion bilingue, Arfuyen, Paris, 2019.

Sán­dor Weöres, Filles, nuages et papil­lons (Lányok, lep­kék, fel­legek), poèmes choi­sis et traduits du hon­grois par Cécile A. Hold­ban, Érès Po&Psy, Toulouse, 2019.

Dezső Kosz­tolányi, Venise, tra­duc­tion du hon­grois et pré­face de Cécile A. Hold­ban, Cam­bourakis, Paris, 2017.

Atti­la József, Le Men­di­ant de la beauté, Le Temps des Ceris­es, Paris, 2014, poèmes traduits du hon­grois par Fran­cis Combes, Cécile A. Hold­ban et Georges Kassai.

DÉCOUVRIR

Site de la Revue Ce qui reste – Jour­nal quo­ti­di­en de son tra­vail de pein­tre sur Insta­gram

Mail : mcguichard@outlook.com

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur

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