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Claude Albarède sur le Causse

Par |2018-02-05T14:59:02+00:00 30 septembre 2017|Catégories : Claude Albarède, Critiques|

Un homme arpente son pays. En quête de signes, d’empreintes d’un temps révo­lu.

Des mots sur­gissent : « source », « vent », « gar­rigue », « sen­tier », « buis­son », « vil­lage », « herbes », « pierres »… Nous sommes sur le Causse du Larzac, le pays intime du poète Claude Albarède (80 ans).

« Bois tom­bé branches mortes/​un fagot plein de souvenances/​mais le feu ne prend pas », écri­vait le poète en 2009 dans le recueil Résurgences publié en Bretagne par Yves Prié (Editions Folle Avoine). Le même chant lan­ci­nant s’élève de son nou­veau livre, si bien nom­mé Le dehors intime. Car le dehors exprime – inexo­ra­ble­ment – ce que l’auteur res­sent au fond de lui-même.

Le temps erre et ne passe pas
nous par­tons, reve­nons, ten­tons d’atteindre
par­mi les ruines la vie qui dure
Leur pau­vre­té nous dépos­sède
elles n’ont d’intime que le dehors per­du.

 

Claude ALBARÈDE, Le dehors intime, édi­tions L’herbe qui tremble (4e tri­mestre 2016), 125 pages, 16 euros, avec six pein­tures de Marie Alloy

Voici les vil­lages fos­siles, les espaces retour­nés à la friche. Voici les « copains dis­pa­rus » à qui Claude Albarède dédie l’un de ses poèmes. « A peine sommes-nous congédiés/​que nous nous atta­blons à la même mémoire/​tisonnant l’amitié/réanimant les mots ». Mais il y a – de ci de là – tous ces signes d’une vie cachée qui ne rend pas les armes.

Maisons en ruines
leurs petits jar­dins
conti­nuent de pous­ser.

Plus loin : « En hiver/​près des sources/​des retours de vio­lettes ».

Ce n’est donc pas une nos­tal­gie béate qui par­court ce recueil. Le pro­pos du poète n’est pas de faire une simple lec­ture dans le rétro­vi­seur. S’il per­siste à arpen­ter ce pays aux grands espaces et por­teur de tant de mémoires, c’est pour mieux dis­til­ler – l’âge venu – quelques graines de sagesse.

Ne pas souiller
ni ajou­ter
trop de poids
au silence
.

Ou encore : « Gagner le large/​du plus secret/​nicher l’immense/au plus intime ». Comment ne pas pen­ser, ici, à la défi­ni­tion que don­nait de la poé­sie Giuseppe Ungaretti : « Elle consiste, disait-il, à conver­tir la mémoire en songes et à appor­ter d’heureuses clar­tés sur le che­min de l’obscur ». Sous la plume de Claude Albarède, on peut lire – comme en écho – ces trois vers : 

Heureuse clar­té
que la chair donne aux rêves
dans la lumière du soir !

Mais le poète n’est pas dupe. Pour révé­ler les mys­tères enfouis d’un pays (et l’homme à lui-même), pour témoi­gner d’un temps qui englou­tit les demeures et leurs habi­tants, se lais­ser gagner par l’émotion ne suf­fit pas. « Le poème attendra/​que retombe l’essor/et que l’énigme/pénètre un peu ». C’est cette énigme, grâce au pou­voir des mots, que le lec­teur est invi­té à déchif­frer tout au long d’un livre qui néces­site aus­si, de sa part, une forme d’effort et d’abnégation.

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure” (2002, réédi­tion 2008), “Lettre à une moniale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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