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A propos de Claude Vigée

Par | 2018-05-27T03:02:18+00:00 14 janvier 2014|Catégories : Blog|

   Claude Vigée (93 ans le 3 jan­vier der­nier) est un immense auteur dont une antho­lo­gie de l’œuvre poé­tique vient d’être oppor­tu­né­ment publiée (1). Né à Bischwiller en Alsace, Claude Vigée a ensei­gné qua­rante ans la lit­té­ra­ture com­pa­rée en Nouvelle Angleterre et à l’université hébraïque de Jérusalem avant de venir s’installer à Paris où il vit actuel­le­ment. En 1996, il avait déjà obte­nu le Grand prix de poé­sie de l’Académie fran­çaise et, en 2008, le prix Goncourt de la poé­sie.

     Que rete­nir de son œuvre impor­tante de poète, essayiste, conteur, dia­riste, tra­duc­teur (notam­ment de Rilke), mar­quée par un grand éclec­tisme, car ses livres sont sou­vent des ouvrages patch­work mêlant dif­fé­rents genres lit­té­raires ? Pour Claude Vigée, l’écriture est une néces­si­té vitale. « Il s’oppose à une concep­tion du poème comme objet esthé­tique affran­chi de son ancrage exis­ten­tiel », note Anne Mounic dans la pré­face à la publi­ca­tion de ses œuvres com­plètes (2). « C’est le fond rural alsa­cien, relayé ensuite par la poé­sie biblique, qui donne à la poé­sie de Claude Vigée cette vigueur exis­ten­tielle ancrée dans la sub­stance ter­restre de l’être ». D’où, chez le grand auteur juif, « une apti­tude au réel et cette méfiance à l’égard de l’abstrait, fruit d’une expé­rience com­po­site, qui fonde la vigueur de ses poèmes ».

     S’il fal­lait rap­pro­cher Claude Vigée de cer­tains poètes contem­po­rains, on pour­rait donc citer Reverdy, Bonnefoy, Jaccottet ou encore Guillevic. « Rien n’arrive, sinon/​Etre pré­sent au monde », résume laco­ni­que­ment Claude Vigée dans un de ses poèmes. « La poé­sie, dit-il encore, passe par­fois à tra­vers les pires hor­reurs de l’histoire, et per­met d’éprouver mal­gré tout l’extase sur les décombres » (dans Le fin mur­mure de la lumière, édi­tions Parole et Silence, 2009). « Les poètes, dit-il, res­semblent à ces che­vaux de halage que j’ai vus remon­ter le cours du Rhin dans mon enfance : ils soufflent et ils souffrent, mais obs­ti­né­ment ils marchent en traî­nant leurs bateaux char­gés de char­bon ou de gra­viers jusqu’au terme du long voyage de la vie ».

     Claude Vigée a trou­vé dans la Bible sa réfé­rence et sa source. Les figures de Jacob, Job et Jonas ont notam­ment mar­qué son ima­gi­naire. Dans son œuvre, il nous montre ce que peut être l’espérance lorsqu’elle sur­vit, « mal­gré nous, mal­gré tout », au lucide et ter­ri­fiant constat de « la démence meur­trière des hommes ». L’œuvre poé­tique est alors, selon lui, au ser­vice d’une aven­ture  qui la dépasse infi­ni­ment : trans­mettre la vie. « Le secret de l’arrachement/c’est ce par­fum qui subsiste/​et œuvre avec patience/​sous la neige hors du temps/​comme le cri du rouge-gor­ge/­ca­ché au cœur de l’hiver/dans la flo­rai­son blanche/​de l’amandier invi­sible », écrit Claude Vigée, en décembre 1995, à Jérusalem.

         Face au doute et à la déses­pé­rance qui hante les auteurs dont l’œuvre est fon­dée sur le refus et la néga­tion, Claude Vigée oppose l’affirmation d’une confiance lucide dans la vie et dans le lan­gage. « Qu’est-ce donc que la poé­sie » ? inter­roge-t-il. « Un feu de camp abandonné/​qui fume lon­gue­ment dans la nuit d’été/sur la mon­tagne déserte ».

 

(1)   L’homme naît grâce au cri, poé­sies choi­sies (1950-2012), Points Seuil, 336 pages, 7,8 euros.

(2)   Mon heure sur la terre, poé­sies com­plètes (1936-2008), Galaade édi­tions, 925 pages, 39 euros.

 

 

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