François Clairambault, Les Anges sont transparents

Par |2021-01-21T08:08:06+01:00 21 janvier 2021|Catégories : Critiques, François Clairambault|

« Pour écrire, il faut un cœur boulever­sé », nous dit François Clairam­bault dans le pre­mier recueil qu’il pub­lie. Dans la majorité de ses  poèmes — comme autant de textes écrits « sur le motif »  - il nous livre une vision du monde où l’empathie se mêle à la com­pas­sion. Sans jamais se dépren­dre d’une forme d’émerveillement.

Comme dans les livres de Chris­t­ian Bobin, il y des anges dans les poèmes de François Clairam­bault. Chez lui ils sont « trans­par­ents » et « con­tagieux ». Autant dire qu’ils sont partout. Dans le plus infime comme dans l’anecdotique. Et à la suite de Bobin affir­mant que « le plus fam­i­li­er est tis­sé d’éternel », François Clairam­bault sait nous plonger dans les réal­ités les plus ordi­naires en les auréolant de mys­tère et de merveilleux.

Dans un square, voici un homme « dans son man­teau de feuilles mortes ». Dans cet autre square, des mamans tis­sent « des van­ner­ies de paroles ». Sous le pont du périphérique, « une famille de car­ton s’accroche au mur ». Sur le grand boule­vard, une femme « cuit des ris­soles au feu de son petit réchaud ». Et le poète par­le de sa « dinette incon­grue ».  Au bord de la voie fer­rée, les coqueli­cots devi­en­nent « gout­telettes de sang dans l’haleine brumeuse du train matin ».

 

François Clairam­bault, Les anges
sont trans­par­ents
, pré­face de Jean-Pierre 
Lemaire, édi­tions L’enfance des arbres, 
130 pages, 15 euros.

François Clairam­bault est un homme aux aguets, traque le pas­sage des anges à la sor­tie du métro, der­rière la vit­re d’un bistrot, à, l’intérieur d’un hôpi­tal, Il regarde une petite fille qui « course un pigeon » et voit la nuit tomber « sur des filets de jeunes dames » postées sur les trot­toirs. Quand c’est la veille du print­emps, il note que « les tapis volants se tien­nent prêts sur les rebor­ds de fenêtres/à côté des sous-vête­ments qui respirent enfin ».  Et quand il pleut, « un tor­rent de dia­mants, nous dit-il, s’abat sur le caniveau ».

Trans­fig­u­rant le réel, il « repeint » sa vie « avec des gens ». Il nous par­le de l’amour, d’une femme et du « gre­nier » de ses yeux  (« Quand mes mains osent les tiennent/il n’y a plus aucune dis­tance entre l’infini et nous »). Il nous par­le de l’ami dis­paru et, donc, de son « cœur boulever­sé ». Pour approcher ain­si le mys­tère de la vie,  François Clairam­bault a su s’abreuver à cer­taines sources. Elles coulent en minces filets dans son recueil quand il évoque le Zacharie ou l’enfant prodigue des Ecri­t­ures. « Peut-être le poème est-il l’instrument les plus appro­prié pour décrire ces avancées, ces retards, ces sur­pris­es de la vie spir­ituelle, ce voy­age qui nous emmène vers une présence, si près de nous », souligne le poète  Jean-Pierre Lemaire dans la pré­face de ce livre. Il a raison.

Présentation de l’auteur

François Clairambault

François Clairam­bault est un poète français.

© Crédits pho­tos Ouest-France

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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