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Estelle Fenzy, La minute bleue de l’aube

Par |2019-11-21T11:54:13+01:00 21 novembre 2019|Catégories : Critiques, Estelle Fenzy|

Pensées, apho­rismes, frag­ments, poèmes courts : il y a de tout cela dans la poé­sie d’Estelle Fenzy. Elle a l’art de cap­ter à l’aube des ins­tants minus­cules pour en tirer des leçons de vie.

Lisant La minute bleue de l’aube d’Estelle Fenzy, com­ment ne pas d’abord pen­ser à Georges Haldas, autre écri­vain de l’aube pour qui il fal­lait – quoi qu’il en coûte – savoir « témoi­gner des minutes noires comme des minutes heu­reuses ».C’est cet état par­ti­cu­lier de poé­sie que Estelle Fenzy par­tage en réa­li­té avec le poète suisse, dans cette façon, comme il le disait lui-même, « d’être le plus pré­sent à soi-même » et de témoi­gner du « pro­di­gieux mys­tère de la vie » (Pollen du temps, édi­tions L’Age d’homme, 1999).

Estelle Fenzy, donc, main­tient ses sens en éveil. Même la nuit. Elle nous parle d’un pays qui n’est pas nom­mé même si l’on repère ici une vigne et si, ailleurs, on entend souf­fler le mis­tral.

 

Estelle Fenzy, La minute bleue de l’aube,
La Part Commune, 120 pages, 13 euros.

Nous sommes dans le sud, mais l’important est ailleurs. Car la nuit et l’aube ont, au fond, par­tout la même cou­leur « Au mitan de la nuit /​ même les oiseaux dorment /​/​ Seuls les chats savent /​où est caché le ciel ». Mais, note ailleurs le poète : « Le jour tarde à se lever /​ il a dû pas­ser une nuit blanche ».

Les micro-poèmes d’Estelle Fenzy nous font aus­si pen­ser à ces poèmes courts coréens « écrits au creux de la main ». Elle le dit expli­ci­te­ment elle-même : « Souvent /​ mes poèmes /​ tiennent dans une main /​ huma­ni­té /​ de paume ouverte  /​/​ un fruit et son noyau ». Pas éton­nant, donc, que ses poèmes puissent flir­ter avec le haï­ku. « Deviner /​ sur quelle fleur /​ le papillon se pose­ra ». Ou encore ceci : « Le vent tourne /​ les pages du livre /​ à l’envers ». Sans oublier les traits d’humour : « Avec mon mètre /​ à peine soixante /​ je  ne serai jamais /​ une grande per­sonne ». 

Pointe aus­si, sou­vent, sous un appa­rent déta­che­ment, une forme de dou­leur. « Le plus dif­fi­cile /​ ce n’est pas la soli­tude /​/​ le plus dif­fi­cile /​ c’est l’absence ». Douleur avi­vée par la vision, à dis­tance, des mal­heurs du monde : « Alep /​/​ Il est ter­rible le regard de l’enfant /​ il sait qu’il sera le pre­mier /​/​ à mou­rir ». Alors, nous dit Estelle Fenzy, il faut « écrire /​ pour empê­cher /​ que tout tombe » et « aler­ter le jar­din » car « le soleil est par­fois cruel ». Pour l’auteur, dans ces condi­tions, « un seul pays natal /​ une seule langue mater­nelle /​ le poème ».

 

Présentation de l’auteur

Estelle Fenzy

 Estelle Fenzy est née en 1969. Après avoir vécu près de Lille puis à Brest, elle habite Arles où elle enseigne. Elle écrit depuis 2013, des poèmes et des textes courts.

Publications en revues : Europe, Secousse, Remue​.net, Ce qui Reste, Écrits du Nord (édi­tions Henry), Microbe, Les Carnets d’Eucharis, Terre à Ciel, Recours au Poème, Décharge, Possibles, FPM, Revu, Teste.

Publications

  • CHUT (le monstre dort) aux édi­tions La Part Commune (2015)
  • SANS aux édi­tions La Porte (2015)
  • ROUGE VIVE aux édi­tions Al Manar (2016)
  • JUSTE APRÈS aux édi­tions La Porte (2016)
  • L’ENTAILLE et LA COUTURE aux édi­tions Henry (2016)
  • PAPILLON aux édi­tions Le Petit Flou (2017)
  • MÈRE aux édi­tions La Boucherie Littéraire (2017)
© photo Isabelle Poinloup

Anthologies

  • SAXIFRAGE, dans Terre à Ciel, ini­tiée par Sabine Huynh
  • MARLÈNE TISSOT & CO, édi­tions mgv2>publishing
  • DEHORS, édi­tions Janus (juin 2016)
  • LESSIVES ÉTENDUES, dans Terre à Ciel, ini­tiée par Roselyne Sibille

Livre d’artiste

  • PETITE MANHATTAN, dans Le Monde des Villes, Brest 2, avec André Jolivet, édi­tions Voltije

Revue d’artiste

  • CONNIVENCES 6, édi­tions de La Margeride, avec aus­si des poèmes d’Alain Freixe, des pho­to­gra­phies de Rémy Fenzy et des pein­tures de Robert Lobet

Poèmes choi­sis

 

Autres lec­tures

 

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment "Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure" (2002, réédi­tion 2008), "Lettre à une moniale" (2005), "Que la terre te soit légère" (2008), "Fou de Marie" (2009). Dernière paru­tion : "Les heures lentes" (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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