Janine Modlinger, Pain de lumière

Par |2020-02-25T10:54:54+01:00 26 février 2020|Catégories : Critiques, Janine Modlinger|

Elle dit du poème qu’il « ense­mence le monde » et qu’il « chante parfois/l’herbe au bout/d’une ruelle ». Janine Mod­linger sait porter notre regard ailleurs. Et quand elle par­le de Hölder­lin (« O, poète, O mien ») elle dit de lui qu’il « sut porter la lumière » et la garder « près de la Source ». C’est de lumière dont il s’agit, aus­si, dans son nou­veau livre.

 

Janine Mod­linger nous livre donc aujourd’hui son Pain de lumière. Elle nous le débite en fines tranch­es (comme on le ferait d’un mets amoureuse­ment cuis­iné) car ses poèmes, en effet, ont la forme de très cour­tes res­pi­ra­tions aux allures de médi­ta­tions, voire de prières. La lumière les inonde, lumière « drue », lumière « qui foudroie », lumière qui « con­tin­ue de flamboyer ».

Janine Mod­linger est là pour nous par­ler du feu qui cou­ve sous la cen­dre, de la promesse d’une vie gag­née sur toutes les formes de las­si­tude ou de résig­na­tion. Gag­née, aus­si, sur la mort avec sa litanie de « deuils/lourds comme des filets/de pêcheurs ». Elle se met donc à l’écoute de la « Source » et nous dit, au pas­sage, ce qu’elle perçoit du chant du feuil­lage ou de celui de l’été.

Sous sa plume, la nuit « ruisselle/comme une aube » et un sim­ple oiseau peut la retenir « en vie ».

Janine Mod­linger, Pain de lumière, Ad Solem, 79 pages, 14 euros.

Janine Mod­linger guette le silence et attend de chaque jour son « inépuis­able mois­son ». La poésie, dit-elle aus­si dans la deux­ième par­tie de son recueil, nous ramène aux pre­miers mots de l’enfance. Mots extir­pés au désas­tre intime quand la mort d’une mère vient foudroy­er l’enfant qu’elle fut. « Ma vie a com­mencé par la mort et l’absence de mots. Ma survie se fait par les mots retrou­vés, offerts ». Elle dit ailleurs : « Tout l’écriture jail­lit de ce regard ado­rant que j’ai porté sur ma mère ». D’où ce regard lucide sur l’acte d’écrire : « Futile, parce que le pre­mier vent dis­persera nos feuil­lets d’écriture. Grave, parce qu’aussitôt qu’elle s’adresse à autrui, la parole est la plus haute tâche de vivre ».

Janine Mod­linger le dit et le red­it à tra­vers ses courts poèmes, pains de lumière sur la page blanche (« manne poé­tique »comme le dit son édi­teur). C’est tou­jours le même empresse­ment à sus­citer l’émerveillement , à écrire, comme elle l’affirmait déjà dans Tra­ver­sée (Ad Solem, 2018), « le poème de la douleur recom­mencée, de la joie tou­jours neuve ».

Présentation de l’auteur

Janine Modlinger

Janine Mod­linger est une poétesse française née en 1946. Elle vit à Paris où elle a enseigné la littérature. 

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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