Anne-José Lemonnier, Au clavier des vagues

Par |2021-04-21T06:28:44+02:00 20 avril 2021|Catégories : Anne-José Lemonnier, Critiques|

Le nou­veau recueil de Anne-José Lemon­nier est une vari­a­tion en bleu. Après sa belle médi­ta­tion con­tenue dans Poly­phonie des saisons (édi­tions Dia­base, 2018) autour de la fig­ure d’une grand-mère aimée, la voici de nou­veau face à l’immense : un océan qui lui donne le sen­ti­ment de vivre, chaque jour, un matin du monde.

La parole d’Anne-José Lemon­nier est rare. Son précé­dent recueil de poésie (Archives de neige, édi­tions Rougerie) date de 2007.  On accueille donc avec d’autant plus de curiosité et de sym­pa­thie ce qu’elle a à nous dire sur son pro­pre univers (« Ame ravitaillée/à la table de la beauté »). Car nous sommes, ici, en per­ma­nence, dans l’exercice de con­tem­pla­tion scrupuleuse­ment arrimé au pas­sage des saisons. La poétesse sculpte avec des mots toutes les vari­a­tions saison­nières qu’elle saisit sur la baie au bord de laque­lle elle vit. Nous sommes en presqu’île de Cro­zon, au bout du bout du Fin­istère, et quelques lieux sur­gis­sent au détour des pages : Pen­trez, plage de Goulien, Cap de la chèvre, pointe de Dinan, Les Tas de pois…

Anne-José Lem­monier, Au clavier des vagues, édi­tions Dia­base, 92 pages, 12 euros.

     

Si elle sculpte ses phras­es, Anne-José Lemon­nier leur donne aus­si une couleur. A la manière des pein­tres, elle rehausse le tableau en jouant sur le bleu. Car de même qu’il y a le bleu de Delft ou le bleu de l’artiste Geneviève Asse (dont elle par­le à la fin de son livre), il pour­rait y avoir, au niveau de son écri­t­ure, la révéla­tion d’un bleu par­ti­c­uli­er : le « bleu réfléchi des ans­es », le bleu sere­in » de la baie, « le bleu translu­cide ». Et même, sous sa plume, « les chats ont les yeux bleus/pour voir au dia­pa­son du ciel et de la mer ». Bleu encore, celui des jacinthes du jardin. Et quand vient l’hiver, « le gel arrime/le bleu/à sa pureté/originelle ».

C’est ce bleu qui lie la poète à une nature dont elle s’abreuve quo­ti­di­en­nement. Nature famil­ière, nature com­plice, nature con­san­guine. La voilà, en effet, le print­emps venu, qui s’en va « demander/à chaque lieu aimé/comment il a vécu l’hiver/aux hordes sauvages de vent ». Et pour mieux soulign­er l’amplitude de ces lieux qu’elle arpente fidèle­ment, elle a ces mots : « Entre le quo­ti­di­en et l’infini/il y a du bleu et rien d’autre/myosotis et atlantique ».

Face à la mer, saisie par l’amplitude des lieux, Anne-José Lemon­nier nous par­le d’une « pureté de Genèse », « d’accents bleus et blancs de résur­rec­tion », de « qua­train de lumière ». Elle nous laisse entrevoir un par­adis dont il importe, comme le dis­ait le poète Novalis, de « réu­nir les traits épars ». 

Présentation de l’auteur

Anne-José Lemonnier

Anne-José Lemon­nier est une poétesse française née à Angers le . Bib­lio­thé­caireà Châteaulin, elle réside à Saint-Nic dans le Fin­istère

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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