> FIL DE LECTURE de Pierre Tanguy : Grall, Jaccottet, Prouteau, Vernet, Bertholom

FIL DE LECTURE de Pierre Tanguy : Grall, Jaccottet, Prouteau, Vernet, Bertholom

Par | 2018-01-26T21:34:40+00:00 8 février 2016|Catégories : Critiques, Marie-Hélène Prouteau|

 

Encore et tou­jours Xavier Grall

La pre­mière bio­gra­phie du poète bre­ton Xavier Grall vient d’être réédi­tée par Coop Breizh. Son auteur, le jour­na­liste Yves Loisel, l’avait publiée en 1989 aux édi­tions Jean Picollec, soit huit ans après la mort de Grall. Il lui avait fal­lu « deux ans et neuf mois d’enquête et de recherches » pour dres­ser le por­trait d’un « per­son­nage aux mul­tiples facettes », qui « dérou­tait, fas­ci­nait, aga­çait aus­si ».

Le 31 août der­nier, inter­ro­gé sur les ondes de RCF Alpha, à Rennes, par Arnaud Wassmer, dans son émis­sion « Regards », Yves Loisel a expli­qué ce qui l’avait atti­ré chez Xavier Grall. « Sa hau­teur de vue », a-t-il sou­li­gné, évo­quant le poète mais aus­si le jour­na­liste qu’il lisait chaque semaine dans les colonnes de La Vie catho­lique. Car Grall a, sans doute, d’abord assis sa renom­mée en y rédi­geant ses fameux « billets d’Olivier ». Ce qui l’a ame­né à tou­cher un large public, en par­ti­cu­lier quand il évo­quait son quo­ti­dien à Bossulan, près de Pont-Aven, aux côtés de son épouse Françoise et de leurs cinq filles. « La reli­gion a été, avec la Bretagne, la grande pré­oc­cu­pa­tion de Xavier Grall, un des thèmes qui reve­naient le plus sou­vent sous sa plume », avait sou­li­gné Yves Loisel en ouver­ture du col­loque tenu en 2011, au Bois de la Roche (Morbihan), à l’occasion des trente ans de la dis­pa­ri­tion du poète. Religion, Bretagne (« contrée de l’âme », disait Grall) : cela vaut aus­si bien pour ses chro­niques que pour ses poèmes.

Tous les amou­reux de l’œuvre de Grall reli­ront donc avec plai­sir cette bio­gra­phie qui replonge notam­ment les lec­teurs dans les enthou­siasmes et sou­bre­sauts du « revi­val » cultu­rel et poli­tique bre­ton. Pour Yves Loisel, une seule ambi­tion : «  Raconter une vie », loin du pané­gy­rique. Le biographe/​journaliste n’apporte, en effet, aucun juge­ment sur l’œuvre. Des faits, seule­ment des faits. « Sur la base de « témoi­gnages de pre­mière main », affirme-t-il.

Le poète bre­ton aurait 85 ans aujourd’hui (il est né le 22 jan­vier 1930 à Landivisiau, où il est enter­ré). Que nous dirait-il, en ces temps trou­blés, de la bar­ba­rie jetant sur les routes des dizaines de mil­liers de réfu­giés ? N’avait-il pas pres­sen­ti, comme il l’écrit dans son roman Africa Blues, cette mon­tée d’un isla­misme radi­cal se nour­ris­sant « de le misère et du Coran » ? Que dirait-il d’une Bretagne du 21e siècle enga­gée dans le déve­lop­pe­ment de grosses aires métro­po­li­taines, au détri­ment d’une « fédé­ra­tion de pays typés par la forme des talus, la chan­son des fon­taines, l’accent du par­ler », comme il l’écrivait si joli­ment et jus­te­ment.

Oui, reve­nir aux into­na­tions et convic­tions des Grall. Le retrou­ver, grand vivant, dans cette bio­gra­phie. Mais aus­si le retrou­ver dans cer­tains de ses livres réédi­tés aux édi­tions Terre de brume : des romans (Africa Blues, Cantique à Melilla, La fête de nuit), des poèmes (Barde ima­giné), des essais (Arthur Rimbaud ou la marche ou soleil, L’inconnu me dévore), des chro­niques (Parlez-moi de la terre, Mémoires de ronces et de galets). Incontestablement, comme le dit Yves Loisel, un « per­son­nage aux mul­tiples facettes ».

 

(Xavier Grall, Yves Loisel, Coop Breizh, 432 pages, 19,90 euros.)

 

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Philippe Jaccottet : ce qu’il nous dit de la poé­sie qu’il aime

 

Poète et tra­duc­teur, Philippe Jaccottet a aus­si été un grand lec­teur dont le chro­niques ont ali­men­té la NRF, les Cahiers de l’Herne, la Revue des Belles-lettres et bien d’autres publi­ca­tions pres­ti­gieuses. La plu­part de ses écrits sur la poé­sie sont réunis aujourd’hui en poche sous le titre Une tran­sac­tion secrète. Jaccottet nous parle bien sûr des poètes qu’il aime et qu’il a tra­duits (Ungaretti, Mandelstam…), de ses amis poètes romands (Gustave Roud en tête, Anne Perrier, Edmond-Henri Crisinel…) et de ces figures tuté­laires que sont, pour lui, Joubert, Holderlin, Novalis, Hopkins… Et il aver­tit d’emblée : « Aucun de ces textes n’a été écrit pour les spé­cia­listes de la lit­té­ra­ture (toutes gens dont la science me confond), qui auraient de bonnes rai­sons de les trou­ver légers, et s’étonneraient sans doute aus­si d’une naï­ve­té que, pour ma part, je suis bien for­cé de reven­di­quer ». Il affirme aus­si ne pas avoir écrit pour les poètes mais « pour d’éventuels ama­teurs de poé­sie ». Dont acte.

Au-delà des éclai­rages qu’il apporte sur tous les auteurs pré­sents dans ce livre, c’est l’approche per­son­nelle de Jaccottet sur la poé­sie qui trans­pire dans toutes ces chro­niques. Avec une grande constance, il affirme que « la poé­sie et la vie » lui ont «  tou­jours paru étroi­te­ment liés ». Une posi­tion, n’hésite-t-il pas à dire, « tout à fait ana­chro­nique pour cer­tains », mais qu’il reven­dique haut et fort face à « la lit­té­ra­ture à la mode » qui « se des­sèche ou s’empâte » (NRF, sep­tembre 1976). Jaccottet, à la suite de Mandelstam, croit « aux grandes réa­li­tés élé­men­taires usées ou oubliées, à leur pré­sence immé­diate, leur poids, leurs dimen­sions presque infi­nies ». Une façon de se démar­quer des « mots de la poé­sie, si décriés à juste titre, quand ils brillent pour eux-mêmes ou, aus­si bien, quand ils res­tent opaques ». Il le dit dans un éloge de la poé­sie d’Anne Perrier à la fois char­gée, à ses yeux, de « lumière inté­rieure » et de sim­pli­ci­té vraie.

Tout passe, rap­pelle-t-il ici et là, par l’émotion. C’est par elle que naît le poème. « Cette émo­tion que donne tou­jours l’ouverture sur les pro­fon­deurs et que rien d’autre ne donne », affir­mait-il dès 1956 (à 31 ans) dans le dis­cours de remer­cie­ment au prix Rambert qu’il venait de rece­voir. Gustave Roud est, selon lui, un de ceux qui ont le mieux son­dé ces pro­fon­deurs. « Il voit ce que les autres vivent sans savoir, il voit plus loin », affirme-t-il à pro­pos du poète soli­taire de Carrouge. Et Jaccottet pose la ques­tion : « Si ce monde où il n’y a aucune place pour le poète était en réa­li­té, mal­gré l’éloignement des dieux, tout impré­gné encore de leur sub­stance ? Si le vaga­bond dému­ni y voyait plus clair, à sa façon, que le pen­seur ?

Ce « vaga­bond dému­ni » peut aus­si prendre les traits d’un auteur de haï­ku. Jaccottet parle, dans plu­sieurs chro­niques, de ce genre lit­té­raire « auquel le poète accède par une série de dépouille­ments, dont la conci­sion de son vers n’est que la mani­fes­ta­tion ver­bale ». Il parle de « pau­vre­té, dis­cré­tion, effa­ce­ment sinon abo­li­tion de la per­sonne ». Et plus encore, ajoute-t-il, voi­ci « une poé­sie sans images », une poé­sie qui « refuse le moindre mou­ve­ment d’éloquence » avec sa capa­ci­té « d’illuminer d’infini les mots quel­conques d’existences quel­conques ». Jaccottet en voit des traces dans la poé­sie de Jean Follain, loin des fai­seurs d’une poé­sie abs­conse, abs­traite et « pré­ten­tieuse ». Car « il faut bien cette sim­pli­ci­té pour nous arra­cher au désordre enva­his­sant ». Des mots qu’on peut lire sous sa plume, en 1960, dans la Nouvelle Revue Française. Et qui res­tent d’actualité.

 

(Une tran­sac­tion secrète, lec­tures de poé­sie, Philippe Jaccottet, Poésie/​Gallimard, 400 pages, 7,90 euros).

 

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« La Petite plage » de Marie-Hélène Prouteau

 

Pour beau­coup d’entre nous, il y a des lieux fon­da­teurs. Ceux par les­quels on s’est éveillé au monde, parce que le par­fum qui s’y déga­geait ou l’ambiance qui y régnait, ont pu nous impres­sion­ner à jamais. Parce que, en défi­ni­tive on y a trou­vé un espace en adé­qua­tion avec notre cœur et notre corps. Pour cer­tains, ce lieu fon­da­teur c’est l’école pri­maire, pour d’autres le jar­din d’une grand’mère ou le gre­nier de la mai­son fami­liale. Pour d’autres encore, le lieu des amours de jeu­nesse. Tant d’écrivains ont écrit là-des­sus.

Pour Marie-Hélène Prouteau, ce lieu fon­da­teur (ou, pour le moins, cette « made­leine de Proust ») est une petite plage de la côte sau­vage du Nord-Finistère, du côté de Kerfissien en Cléder. Elle le dit dans une évo­ca­tion en prose poé­tique, écla­tée en autant d’évocations du lieu qu’elle garde en mémoire et qu’elle n’hésite pas, quit­tant la métro­pole nan­taise où elle habite, à arpen­ter régu­liè­re­ment pour y humer toutes les sen­teurs la rat­ta­chant à son enfance. « L’enfance est peu­plée de cabanes, écrit-elle. Les miennes étaient ces rochers et ces grottes (…) Née dans ce Finistère, je ne peux par­ler comme une visi­teuse. Je le res­sens vive­ment : c’est un pays que j’ai quit­té mais qui ne me quitte pas. L’amour de loin pour un être loin­tain très aimé nous gran­dit, écrit le poète, je me dis qu’il a rai­son ».

Encore faut-il expri­mer cela de façon per­son­nelle et ori­gi­nale. C’est le cas ici car Marie-Hélène Prouteau prend le par­ti d’associer cette petite plage non seule­ment à des sou­ve­nirs d’enfance mais aus­si à des évé­ne­ments actuels ou à des oeuvres cultu­relles qui l’ont mar­quée. En défi­ni­tive, par­tir du local (et d’un local bien exi­gu) pour nous par­ler de ce qui la fait vibrer aujourd’hui. Etablir éga­le­ment des cor­res­pon­dances. Faire sur­gir du pas­sé des images nou­velles et contem­po­raines. Ainsi la vue de ces « femmes qui peinent dans les vagues sous un effort intense » la ramène-t-elle au tableau de Gauguin « Pêcheurs de goé­mon ». Ainsi, encore, ce men­hir de Kergallec, « au milieu des arti­chauts », tout proche de la petite plage, lui évoque Les Stèles de Ségalen. Plus loin, à la vue de la marée mon­tante, c’est « La vague » d’Hokusaï qui sur­git. Ailleurs, les rochers lui font pen­ser aux sculp­tures de Hans Arp. Et com­ment, face à la mer déchaî­née qui s’engouffre dans la petite plage, ne pas évo­quer l’héroïsme des Sauveteurs bre­tons ou les drames actuels de Lampedusa ?

La petite plage char­rie tout cela. Elle devient une caisse de réso­nance du monde. Un chambre d’écho. L’auteure en fait une relec­ture à l’aune de ses propres expé­riences et de son bagage cultu­rel. Marie-Hélène Prouteau parle joli­ment de « champ magné­tique » ou de « pro­me­noir des songes », de « contre­point lumi­neux », « d’épicentre natu­rel ». Son appé­tit des vagues, d’iode et de rochers, reste, en tout cas, insa­tiable. Evoquant François Cheng, elle parle de « sen­ti­ment-pay­sage » et n’hésite pas, fai­sant réfé­rence à Erri de Luca, à sous-titrer son livre « auto­bio­gra­phie d’un lieu ». Et, convient-elle jus­te­ment, « la dis­tance a du bon, elle pré­serve le sacré ».

 

(La petite plage, Marie-Hélène Prouteau, La Part Commune, 126 pages, 14 euros.)

 

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Joël Vernet : « L’adieu est un signe »

 

On ne met pas impu­né­ment, en exergue d’un livre, la fameuse phrase de Novalis, « le para­dis est dis­per­sé toute la terre, c’est pour­quoi nous ne le recon­nais­sons plus. Il faut réunir ses traits épars ». Dans le nou­veau recueil en « prose poé­tique » de Joël Vernet, la filia­tion avec Novalis trans­pire, en effet, tout au long des pages. Et encore plus avec Gustave Roud et Philippe Jaccottet qui, eux-mêmes, avaient repris à leur compte cette injonc­tion de Novalis.

Le para­dis c’est, ici, le pays retrou­vé après des années de bour­lingue (Joël Vernet est né en 1954 dans un petit vil­lage aux confins de la Haute-Loire et de la Lozère). « Rentrant d’un long voyage, je retrouve la mai­son, son silences, ses pierres anciennes ». Le ton est don­né dès les toutes pre­mières lignes du livre. « La splen­deur est telle ce matin dans le jar­din que mes che­villes fou­lant l’herbe font remon­ter jusqu’à mon cœur la douce sen­sa­tion d’être vivant sur cette terre ». Joël Vernet évoque plus loin « le para­dis du jar­din qui, loin d’être dans l’ombre appa­rente, rayonne du feu des sai­sons ». Et pour­tant, avoue le poète, « j’ai consen­ti au départ, aban­don­nant le vil­lage et la mai­son : son seuil et tous les visages, ne me retour­nant pas sur les années anciennes. L’adieu fut un signe (ndlr : titre du livre), mais n’est-il pas celui de tous quand les yeux se ferment sur la lumière ? »

De retour au pays, Joël Vernet constate qu’il est res­té « l’enfant immo­bile ». Il nous entre­tient de « l’innocence per­due », de son « cha­grin en miettes », de la « bles­sure d’enfance ». Il nous dit sur­tout, aujourd’hui (et avec quelle puis­sance d’écriture !), que « la voie royale est le che­min vers la vie pauvre ». Exercice de fru­ga­li­té et de modes­tie (« les grands auteurs son invi­sibles ») dou­blée d’une forme de pro­fes­sion de foi sur le poète qu’il rêve d’être ou qu’il est sans doute déjà. « Ce qui l’absorbe, ce sont les vies, les êtres, les objets, la lumière, les ombres autour de lui ». C’est, en défi­ni­tive, un véri­table art poé­tique qu’il décline ain­si lui aus­si – après d’autres -, fait de « contem­pla­tion et de désoeu­vre­ment ». Nourri de cette « atten­tion sou­te­nue » chère à Czeslaw Milosz, dont Joël Vernet pour­rait aus­si se reven­di­quer. Le poète, dit-il, est là pour « retrans­crire la beau­té dans ce qu’il faut bien nom­mer un livre, qui n’est autre qu’une chambre d’écho ouverte aux quatre vents ».

Joël Vernet fait sur­gir, dans ce livre mer­veilleux, le meilleur de ce qu’il anime. Sous sa plume, la poé­sie est véri­ta­ble­ment, cette « rose d’espérance ».

 

(L’ adieu est signe, Joël Vernet, des­sins de Michel Potage, Fata Morgana, 77 pages, 14 euros.)

 

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Louis Bertholom : « Paroles pour les silences à venir »

 

Barde jusqu’au bout des doigts. « Je viens de la gwerz/​du pays de la char­rue qui creuse le sillon/​du chant ances­tral ». Louis Bertholom l’affirme dans son nou­veau livre Paroles pour les silences à venir (une forme de conni­vence avec Musiques pour les silences à venir du Quimpérois Dan Ar Bras). Un livre où le poète bre­ton nous parle de son atta­che­ment au pays natal, de ses amis, de ses ren­contres. De sa vie pour tout dire.

Comme pour tout barde, la parole de Bertholom peut être toni­truante quand il s’agit de dénon­cer les tur­pi­tudes des hommes. Haro, par exemple, sur le Paris-Dakar ou le foot­ball busi­ness, sym­boles de cette socié­té de l’argent que le poète exècre. Haro aus­si sur tous les murs qui séparent les hommes et cultivent la haine, à com­men­cer par le mur des Israéliens. La parole de Bertholom peut, alors, prendre car­ré­ment l’allure de poèmes-tracts.

Car le poète bre­ton va droit au but. Poète enga­gé ? Sans doute. A la manière de Xavier Grall dont on retrouve la filia­tion dans plu­sieurs pages de ce livre. « Nous avons chan­té les blés murs/​quand toute vache por­tait un nom/​les fruits cueillis avec tendresse/​à savou­rer les caresses des fenaisons/​dans la lente geste pay­sanne » (poème dédié à Jean-Charles Perazzi). Engagé encore plus à la manière de Glenmor, « le plus grand braillard du Poher/​au visage de rocs et de landes », dont il se réclame à sa façon car « vivre en mélan­co­lie c’est être barde, écrit-il, tri­bun sur les che­mins de la bohême ».

Il y a aus­si, et sur­tout, dans son pan­théon per­son­nel, le Kerouac bre­ton venu à Brest quê­ter ses ori­gines. « Tu titubes sous la pluie rue de Siam/​clochard céleste aux larmes de Cognac ». Ce « sato­ri » bres­tois devient un « satu­ré à Paris » quand Louis Bertholom lui-même déam­bule, la vague à l’âme, dans la Capitale, côtoyant les bou­qui­nistes le long de la Seine ou par­tant « rue de Verneuil/​lire le mur de Gainsbourg ».

Mais il y a, dans ce nou­veau livre, des accents nou­veaux. Plus per­son­nels. L’homme se confie. Le Bertholom intime pointe le bout du nez. Ainsi cet émou­vant adieu à Moutig, son chien fidèle. « Dans le jar­din de mon enfance/​il repo­se­ra sous l’ombre d’un pom­mier ». Il y a aus­si ce retour sur ces années de labeur d’infirmier psy­chia­trique et son diag­nos­tic impla­cable sur l’accueil que l’institution réserve aux « schi­zos » ou à ceux qu’on appelle les fous. Parlant de l’un d’entre eux, il écrit. « Dans l’océan tour­men­té de tes yeux/​dansent les remous de l’âme/détresse infi­nie mal­gré la sécheresse/​lacrymale ».

Bertholom a beau­coup écrit entre l’automne 2014 et le prin­temps 2015. On y découvre un poète vic­time d’insomnies. « Absence blo­quée à la porte de l’oubli/longue écoute de la nuit/​impatience des draps éner­vés ». Au réveil, c’est le ques­tion­ne­ment : « Quel poème écrire aujourd’hui/pour secouer la torpeur/​égoutter les mots/​dans l’odeur du café/​de ce matin fri­leux ». Il le note noir sur blanc, à Quimper, le 22 novembre 2014.

 

(Parole pour les silences à venir, Louis Bertholom, pré­face de Alain-Gabriel Monot, édi­tions Sauvages, 250 pages, 16,50 euros.)

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure” (2002, réédi­tion 2008), “Lettre à une moniale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012).

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