> Sur deux recueils de Roland Halbert

Sur deux recueils de Roland Halbert

Par | 2018-02-17T22:24:53+00:00 24 octobre 2014|Catégories : Critiques|

               Roland Halbert : « Petite Pentecôte de haï­kus »

 

 

 

     En titrant son nou­veau recueil Petite Pentecôte de haï­kus, le Nantais Roland Halbert

fait impli­ci­te­ment réfé­rence à un célèbre pas­sage des Evangiles. Les apôtres, réunis après la mort du Christ, reçoivent le don de l’Esprit saint sous la forme de langues de feu qui se posent au-des­sus de leurs têtes. Ce souffle divin leur donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer en plu­sieurs langues et d’aller annon­cer au monde la Bonne nou­velle du Christ res­sus­ci­té.

     Quel lien, direz-vous, avec le haï­ku ? « Tout poète, répond Roland Halbert, et encore plus tout haï­kiste, ne devrait-il pas médi­ter ces lignes énig­ma­tiques, s’interroger sur ce souffle de feu dans son sur­gis­se­ment ? ». Ajoutant même que la langue japo­naise, pour dire « cli­mat », parle de « souffle du ciel ».

     

     Pour demeu­rer dans « l’esprit » de la Pentecôte, le poète nous pré­sente cin­quante haï­kus (Cinquante comme les cin­quante jours qui séparent Pâques de la Pentecôte) et nous les donne à lire en sept langues dif­fé­rentes : trois langues « pivot » (le fran­çais, l’anglais, le latin) aux­quelles s’ajoutent, ponc­tuel­le­ment, l’italien, le russe, l’allemand et le japo­nais.

     On pour­rait croire le haï­ku judéo-chris­tia­ni­sé. Il n’en est rien. Roland Halbert reste fidèle à ce qui fait le fond du haï­ku dans son essence extrême-orien­tale : le recours au mot de sai­son, son charme allu­sif, sa pointe d’humour. « Graffiti de l’instant qui fait l’éloge de la len­teur », note le poète, mais tou­jours  à l’écoute du souffle de la vie. Et puisque la Pentecôte est une fête, Roland Halbert s’emploie à faire dan­ser ses haï­kus en leur don­nant des allures de par­ti­tion musi­cale ou en, les fai­sant explo­ser, en tous les sens, au cœur de la page. Il est, en cela, fidèle à cette concep­tion « poé­sique » du haï­ku (alliance du poème et de la musique) qu’il a mis en pra­tique dans de pré­cé­dents recueils. Extraits.

 

Printemps : « Entrant en dou­ceur

                      par mon vasis­tas,

                      la bouf­fée de lilas blanc »

 

Eté :             « Vague de cha­leur

                     Je me glisse à l’ombre

                     Bleue de la libel­lule »

 

Automne      « Marée d’équinoxe –

                     La puce de sable saute

                     Entre tes deux seins »

 

 

 

 

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Hiver             « Bien emmi­tou­flé

                      Dans la four­rure de mon chat

                      J’attends le redoux »

 

Nouvel an      Ascenseur cas­sé –

                      Moins de souffle à chaque marche

                      Pour dire : « Bonne année ! »

 

 

« Le pol­li­nier sen­ti­nelle »

 

 

     Roland Halbert est fou de haï­ku. « Trop sou­vent, écrit-il, on le prend pour un facile « pro­gramme court », un étrange amuse-gueule ou une curieuse com­mode exo­tique à trois tiroirs ». Alors, dans un livre (Le pol­li­nier sen­ti­nelle) qu’il publie par ailleurs sur l’art du haï­ku, il convoque les grands auteurs qui l’ont fait vibrer, à com­men­cer par le maître Bashô et le moine errant Ryokan. Mais il y a plus, en encore mieux, quand Roland Halbert se met à son­der l’écriture de quelques grands écri­vains, y déce­lant l’esprit du haï­ku. Ainsi Richard Brautigan  dont il salue le Journal japo­nais. « Calme/​juste quelques passants/​pas de vent », écrit l’écrivain amé­ri­cain. « Un bout de poi­vron vert tombe/​hors du sala­dier en bois : et alors ? »

     Chez les auteurs fran­çais, Roland Halbert se tourne vers Jean Follain et reprend à son compte l’affirmation de Philippe Jaccottet à pro­pos de la poé­sie de l’auteur nor­mand : « Elle est la seule peut-être qui m’ait paru rejoindre aujourd’hui, en France, l’idéal du haï­ku ». Ainsi ces vers de Follain cités par Halbert : « La bête un peu alarmée/​qui boit du lait sous la lune/​avec un bruit si léger ».

     Mais là où l’on s’attend le moins à trou­ver l’esprit du haï­ku, c’est bien dans l’œuvre de Max Jacob. Et pour­tant ! Roland Halbert l’a déni­ché dans les « étroits poèmes » (comme les qua­li­fie lui-même le poète quim­pé­rois) du Cornet à dés II. « Fluidité d’impression, rapi­di­té de tem­po, flash de conso­nances », note Roland Halbert à pro­pos de ces mots de Max Jacob : « Un cerf en bois, un ser­pent boa/​la terre embaume ».

     L’esprit du haï­ku, en défi­ni­tive, se dif­fuse comme le pol­len. Halbert s’en réjouit et fait un habile rap­pro­che­ment avec le « pol­li­nier sen­ti­nelle » du Jardin des Plantes de Nantes (qui donne le titre à son essai) où sont étu­diées les émis­sions de pol­len et leurs « flux sai­son­niers ».

 

                                                                                                              

 

 

 

 

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