> Alexandre Romanès, Le Luth noir

Alexandre Romanès, Le Luth noir

Par |2018-10-05T04:08:43+00:00 5 octobre 2018|Catégories : Alexandre Romanès, Critiques|

Il est Tsigane et écrit de courts livres à la fois poé­tiques et médi­ta­tifs. « Lire Alexandre Romanès, c’est connaître l’épreuve de la plus grande nudi­té spi­ri­tuelle ». Christian Bobin le dit dans sa pré­face à Sur l’épaule de l’ange, un pré­cé­dent ouvrage de l’auteur (Gallimard, 2010). « Juste une voix, ajou­tait-il,et sur­tout le ton de cette voix : une corde de luth pin­cée jusqu’à l’os, luth dont il a joué dans sa jeu­nesse ».  

Alexandre Romanès, Le luth noir,
édi­tions Lettres vives,
 73 pages, 15 euros.

Ce luth, qui donne son titre au nou­veau livre d’Alexandre Romanès, fait encore entendre sa sono­ri­té au fil des pages. Mais elle est désor­mais plus sombre, empor­tant le poète dans « le royaume nei­geux de la mélan­co­lie », même s’il reste atten­tif aux « sono­ri­tés pleines de ten­dresse du luth baroque ».

 Alexandre Romanès n’est vrai­ment pas un auteur comme les autres. Avant d’être poète, il est un « enfant de la balle », fon­da­teur du cirque qui porte son nom, Tsigane de son état. Et donc assez déses­pé­ré sur l’avenir de son Peuple de pro­me­neurs (titre d’un autre de ses livres, Gallimard, 2011) car, dit-il, « être Tsigane/c’est ajou­ter une dif­fi­cul­té à la dif­fi­cul­té ». Aussi n’hésite-t-il pas à affir­mer : « Quand mes filles seront vieilles/​ma tri­bu n’existera plus ».

 Si les médi­ta­tions, nota­tions ou réflexions d’Alexandre Romanès nous inté­ressent et nous concernent, c’est parce qu’elles nous parlent – au-delà du sort spé­ci­fique des Tsiganes – de notre condi­tion d’homme dans un monde qui tourne de moins en moins rond. Alexandre Romanès, lui, a rom­pu les amarres avec ce monde. « Tous ces mots qui ne veulent rien dire/​tous ces actes qui ne servent à rien/​et ces gens si nom­breux, si bruyants/​où rien d’important n’entre dans leur tête/​et ces livres qui ne pos­sèdent même pas/​une phrase qui vous touche ».

Désespéré, oui, pour toutes ces rai­sons. Mais aus­si parce que la mort rôde. « J’irai rejoindre les plus pauvres/​ceux qui n’ont que le ciel/​et je dirai moi aus­si je cherche/​le silence et la nuit pour pleu­rer ». Sa bouée de sau­ve­tage ici-bas, c’est la poé­sie. Celle des auteurs qui l’ont sub­ju­gué : Christian Bobin, Lydie Dattas, Marceline Desbordes-Valmore. De ces deux femmes, il dit qu’elles ont « le cœur plus sen­sible et plus tendre/​que du papier d’Arménie/et un cou­rage d’acier ».

Enfin, il y a ses cinq filles. Ses vraies rai­sons de vivre (Alexandra, Rijenka…). « J’ai per­du  la pre­mière de mes cinq filles.  Si  je dois en perdre encore une/​je mour­rai avec elle ».

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure” (2002, réédi­tion 2008), “Lettre à une moniale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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