Denis Heudré et sa tra­ver­sée des saisons
 

Tra­vers­er les saisons. Comme ne pas rap­pel­er l’intérêt porté à ce thème par de nom­breux auteurs. « Tra­ver­sant le monde, comme une chair, comme une fleur, cueil­lant les sons, les odeurs aux branch­es, aux buis­sons, et les cail­loux, semés, col­lés aux chaus­sures », écrit le bigouden René Le Corre dans un livre pré­cisé­ment nom­mé Les saisons (La Part Com­mune, 2011). Il y évoque ces « éclats d’instants pris sur la ronde des saisons ». Aujourd’hui le ren­nais Denis Heudré nous pro­pose sa pro­pre tra­ver­sée en une série de courts textes comme autant de tableaux de genre. Il y mêle des sen­sa­tions (« un trou­peau éparpille en brume son haleine blanche ») et des réflex­ions qui peu­vent pren­dre la forme d’aphorismes (« La nature sait ce qu’elle doit à la lumière/jamais on ne l’entendra en dire du mal »).

 

Sur ses pas tra­ver­sons donc les saisons pour y cueil­lir quelques per­les. Print­emps : « La cam­pagne dégrafe son cor­sage blanc ». Eté : « La pierre se pré­pare aux pieds nus et les dig­i­tales aux libel­lules ». Automne : « Le vent dégueule ses morts dans les recoins ». Hiv­er : « Aucune chute de soleil n’est atten­due pour­tant la nature perd la raison ».

 

Dans une intro­duc­tion à ce très beau recueil, l’écrivain Bernard Berrou évoque « la voix sin­gulière » de Denis Heudré, « le rythme dis­con­tinu, le frémisse­ment de son phrasé, l’intensité de ses incer­ti­tudes ». On peut ajouter (et Bernard Berrou le souligne aus­si) que l’auteur écrit une poésie « acces­si­ble », ce qui n’empêche pas le mys­tère, l’énigme à creuser.

 

Cette prox­im­ité avec la nature et cette inté­gra­tion dans le cos­mos sont, à coup sûr, le creuset d’une approche médi­ta­tive de la vie. Tou­jours à l’affût, Denis Heudré traque les sig­naux apportés par les plantes, les fleurs, les bêtes, le vent, le ciel. « La terre est de mèche avec toutes nos émo­tions », note-t-il dans une forme de conclusion/réflexion à son recueil.

Il y a chez lui, fon­cière­ment, un acqui­esce­ment au monde même si la vie – il le sait bien — nous prend par­fois à rebrousse-poil.

 

 

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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