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Denis HEUDRE : Sèmes Semés

Par | 2018-02-26T04:24:57+00:00 15 mai 2016|Catégories : Critiques|

 

Denis Heudré et sa tra­ver­sée des sai­sons
 

Traverser les sai­sons. Comme ne pas rap­pe­ler l’intérêt por­té à ce thème par de nom­breux auteurs. « Traversant le monde, comme une chair, comme une fleur, cueillant les sons, les odeurs aux branches, aux buis­sons, et les cailloux, semés, col­lés aux chaus­sures », écrit le bigou­den René Le Corre dans un livre pré­ci­sé­ment nom­mé Les sai­sons (La Part Commune, 2011). Il y évoque ces « éclats d’instants pris sur la ronde des sai­sons ». Aujourd’hui le ren­nais Denis Heudré nous pro­pose sa propre tra­ver­sée en une série de courts textes comme autant de tableaux de genre. Il y mêle des sen­sa­tions (« un trou­peau épar­pille en brume son haleine blanche ») et des réflexions qui peuvent prendre la forme d’aphorismes (« La nature sait ce qu’elle doit à la lumière/​jamais on ne l’entendra en dire du mal »).

 

Sur ses pas tra­ver­sons donc les sai­sons pour y cueillir quelques perles. Printemps : « La cam­pagne dégrafe son cor­sage blanc ». Eté : « La pierre se pré­pare aux pieds nus et les digi­tales aux libel­lules ». Automne : « Le vent dégueule ses morts dans les recoins ». Hiver : « Aucune chute de soleil n’est atten­due pour­tant la nature perd la rai­son ».

 

Dans une intro­duc­tion à ce très beau recueil, l’écrivain Bernard Berrou évoque « la voix sin­gu­lière » de Denis Heudré, « le rythme dis­con­ti­nu, le fré­mis­se­ment de son phra­sé, l’intensité de ses incer­ti­tudes ». On peut ajou­ter (et Bernard Berrou le sou­ligne aus­si) que l’auteur écrit une poé­sie « acces­sible », ce qui n’empêche pas le mys­tère, l’énigme à creu­ser.

 

Cette proxi­mi­té avec la nature et cette inté­gra­tion dans le cos­mos sont, à coup sûr, le creu­set d’une approche médi­ta­tive de la vie. Toujours à l’affût, Denis Heudré traque les signaux appor­tés par les plantes, les fleurs, les bêtes, le vent, le ciel. « La terre est de mèche avec toutes nos émo­tions », note-t-il dans une forme de conclusion/​réflexion à son recueil.

Il y a chez lui, fon­ciè­re­ment, un acquies­ce­ment au monde même si la vie – il le sait bien – nous prend par­fois à rebrousse-poil.