> Pierre Tanguy : Autour de Salah Stétié

Pierre Tanguy : Autour de Salah Stétié

Par |2018-08-18T22:39:43+00:00 1 décembre 2015|Catégories : Critiques|

 

Nous publions le récent mail de Pierre Tanguy à Recours au Poème, et ses textes sur l'oeuvre de Salah Stétié :

En ces temps de bar­ba­rie, se tour­ner bien sûr vers la poé­sie, et relire Salah Stétié.
Le texte du poète liba­nais sur son "Voyage à Alep" (au milieu du siècle der­nier) est remar­quable. Vous le connais­sez sans doute.
Il est en pièce jointe avec, pour info, deux notes de lec­ture sur des livres de Salah Stétié que j'avais publiées en 2003 et 2005 dans Ouest-France

Cordialement
Pierre Tanguy

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Salah Stétié : Le voyage d’Alep

 

Le poète liba­nais fit, « avant l’année 1950 », alors qu’il n’avait que dix-huit ans, un voyage à Alep. Sa rela­tion de voyage fut publiée, par­tiel­le­ment en 1953, dans la revue Le Mercure de France. On peut aujourd’hui trou­ver l’intégralité de son superbe texte dans le livre Salah Stétié, en un lieu de brû­lure, (Robert Laffont/​collection Bouquins). En voi­ci trois extraits :

 

« Autour d’Alep, le cha­meaux roux paissent les tombes. Ni murs, ni feuilles. Un champ sans borne se pro­pose à la pen­sée. Ici, rien, nul orne­ment, ne cherche à dimi­nuer le pres­tige entier de la mort. Ouverte au pro­me­neur aven­tu­reux, elle des­sine une brû­lante éga­li­té. Des corps sans fleurs dorment dans une pierre aride. Avec le ciel, sans ombre de ten­dresse, elle inau­gure un échange abso­lu.

La ville, au loin, n’est qu’un pro­lon­ge­ment de ce mys­tère. La cita­delle énorme la domine. Elle a connu les plus anciennes lunes. Tant de sym­bole égare l’âme et la déprend. Un pleur affreux tour­mente la pau­pière. Puis le silence s’installe avec la vie ».

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«  Ma chambre occupe une com­plexi­té de lignes dont l’esprit s’émerveille. Mes fenêtres, pour cap­tu­rer le jour, se sont appro­fon­dies dans les murs. Ceux-là sont d’un grès tendre et poreux qui échange des dons régu­la­teurs. De ce bon­heur, la pen­sée se nour­rit.

La mai­son, d’ailleurs, que j’habite, est toute en épais­seurs et en arches. Elle ne se sou­vient plus de la lumière. Cela nous met à l’abri de nous-même.

D’où je me trouve un esca­lier m’attire vers une cour où, sur du bleu, médite un arbre. Il y a aus­si le réser­voir des eaux qu’on cueille, en début de sai­son, après les boues pas­sées, sur les toits ».

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« Jamais plus qu’ici la Croix ne me parut émou­vante. Non, certes, que les églises fussent belles. Elles sont vouées à l’encombrement byzan­tin. Une gros­sière ido­lâ­trie les dépare. Mais que, dans les cœurs dou­lou­reux, leur ombre infi­ni­ment se pro­longe !

(…)

Orient, Orient. Jamais le Christ ne me parut tant lui-même qu’en cette gloire confuse du pauvre. Loin de la pourpre romaine et des trônes, son vrai visage com­pose à mes yeux celui d’une huma­ni­té dou­lou­reuse, qui se laisse, infi­ni­ment, ber­cer de songes… »

 

Parution : 15 Octobre 2009
Nombre de pages : 1184
Prix : 32,50 €
ISBN : 2-221-11414-0

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Carnets du médi­tant

 

Poète et essayiste arabe, né à Beyrouth, Salah Stétié nous livre ses « Carnets du médi­tant » sous le forme de maximes et de brèves sen­tences navi­guant entre mys­tique et scep­ti­cisme ; Ces « copeaux du menui­sier », comme il les appelle lui-même, tra­duisent l’attachement de l’auteur à une culture ouverte et pro­fon­dé­ment huma­niste. « La poé­sie, dit-il aus­si, est deve­nue, face à la démis­sion du reli­gieux, ou, dans cer­tains cas, de son dévoie­ment, l’autre parole spi­ri­tuelle ». Savourons donc, comme il se doit, tous ces mots qu’il nous jette en pâture. Sachons aus­si appré­cier ses saines pro­vo­ca­tions. « Dans une église, faire une prière d’islam. Dans une mos­quée, faire une prière chré­tienne. Pour per­tur­ber nos anges ». Ou encore ceci. « J’appelle âme ce qui ne cica­trise pas » (Publié dans Ouest-France, 2003)

 

Éditions Albin Michel, . Mai 2003, 304 pages.
ISBN : EAN13 : 9782226137654.
Prix : 13.00 € 

 

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Fils de la parole

 

 

Ecrivain arabe d’expression fran­çaise, Salah Stétié est né à Beyrouth en 1929. Il a été long­temps diplo­mate, ambas­sa­deur de son pays auprès de diverses capi­tales et d’organisations inter­na­tio­nales. Mais c’est, avant tout, un grand pen­seur et un grand écri­vain. Il s’entretient ici avec Gwendoline Jarczyk, phi­lo­sophe et ancienne jour­na­liste, sur les grandes moti­va­tions de sa vie.

A mi-che­min entre André Chouraqui (pour la sen­si­bi­li­té poé­tique et spi­ri­tuelle) et Georges Steiner (pour l’érudition impres­sion­nante), Salah Stétié connaît de l’intérieur les mul­tiples facettes de l’identité médi­ter­ra­néenne : son conser­va­tisme par­fois rigide et son ouver­ture fer­tile, son goût pour la tra­gé­die et sa tra­di­tion d’hospitalité. Salah Stétié en parle avec beau­coup de bon­heur et enri­chit notre connais­sance de cette iden­ti­té.

Une grande par­tie de l’ouvrage tourne, aus­si, autour de la parole dans ce qu’elle a de plus pur (d’où le titre du livre). A com­men­cer par la poé­sie dans le rap­port qu’elle entre­tient avec le sacré, l’enfance, la mys­tique. « La poé­sie est fian­cée de la fraî­cheur », écrit Salah Stétié.

On lire, éga­le­ment, ses inté­res­sants pro­pos, sur le fon­da­men­ta­lisme et l’intégrisme. « Si l’on veut réus­sir vrai­ment à chan­ger cet état de choses, déclare Salah Stétié, ça ne sau­rait être par la matraque, mais par l’assiette pleine et par l’école (…) L’opération est bien plus longue et plus com­plexe que le fait d’envoyer des avions et des tanks en Afghanistan ou en Irak ». (Ouest-France, 2005)

 

Editions Albin Michel,Collection Espaces Libres
2004, 259 p
ISBN 978-2-226-15192-6

 

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