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Eve Lerner, Le Chaos reste confiant

Par |2021-02-22T19:22:13+01:00 21 février 2021|Catégories : Critiques, Eve Lerner|

Un cri du cœur. Le monde va mal ! C’est le chaos, nous dit la poé­tesse Eve Lerner dans un essai per­cu­tant dont le souffle poé­tique fait le grand ménage dans tous nos désordres et mal­heurs contemporains.

« Nous sommes voués au chaos. Celui dont nous venons et celui que nous fabri­quons ». La poé­tesse lorien­taise ne cache pas qu’elle a sur­gi, elle-même, d’une forme de chaos : celui de la famille et de ses vio­lences, pro­lon­gé par « le chaos de l’amour ». Mais le pro­pos de son livre-brû­lot est de poin­ter, avant tout, le chaos mon­dia­li­sé. « Il se dégage du monde des odeurs de plus en plus insup­por­tables, écrit-elle, ça sent l’abattoir ». 

La liste est longue : guerres, mas­sacres, viols, des­truc­tion de la nature… « On tire sur les Casques blancs, les hôpi­taux, les écoles » (…) « Il y a des enfants-sol­dats dès 8 ans, il y a des filles mariées à 9 ans ». Elle ajoute : « Sur terre, pro­li­fé­ra­tion des armes, dans les corps pro­li­fé­ra­tion des cel­lules ». Une méta­stase qui lui fait dire que « le monde s’est déli­té ». La preuve ? « Les croyants n’adhèrent plus à leur foi, les cultures n’adhèrent plus aux sols, les paroles n’adhèrent plus aux actes ».

Eve Lerner, Le chaos reste confiant, Editions Diabase, 102 pages, 12 euros

Comment ne pas pen­ser ici au poète Armand Robin dénon­çant « la fausse parole », quand Eve Lerner écrit pré­ci­sé­ment : « Le chaos construit les fausses valeurs et la fausse parole ». Elle cible donc tous les men­songes et leurs « rami­fi­ca­tions délé­tères » met­tant à jour le véri­table drame qui se noue : « Ce qui s’éteint : la flamme de la petite bou­gie sur la barque de papier, les esprits hors-normes ou juste les esprits curieux. Ce qui se trame : l’obsolescence pro­gram­mée des plus belles formes d’art et de pen­sée. Au grand jour – mais per­sonne ne le voit – la défaite défi­ni­tive d’une pla­nète bleue » (à coup sûr celle de Paul Eluard qui était, comme on le sait, « bleue comme une orange »).

On pour­rait s’arrêter à ce constat ter­ri­fiant. Mais se pose la ques­tion de la riposte, indi­vi­duelle ou col­lec­tive. La pre­mière ten­ta­tion est de prendre le maquis, « se ter­rer dans le silence au fond du jar­din, mais sur­viennent les ton­deuses ». Eve Lerner croit à la « rébel­lion de l’écriture ». Elle pro­pose de « gon­fler le dard du poème, piquer le tyran au vif, faire flèche de tous mots ». Elle n’est pas loin de pen­ser comme Jean-Pierre Siméon que La poé­sie sau­ve­ra le monde (Le Passeur, 2016.). Car, dit-elle, « le poème est un aiguillon, un épe­ron ». Il est là pour « inven­ter un réel, inédit, incon­nu, à venir ».

Ce brû­lot poé­tique a été écrit avant l’apparition de la pan­dé­mie. Dans la post­face de son livre, Eve Lerner pré­dit de nou­veaux « chaos excep­tion­nels » liés à cette pan­dé­mie. Ce qui lui fait dire que « le chaos reste confiant ». Car « rien ne peut venir nous assu­rer que cette crise majeure va chan­ger les manières de vivre et de faire ». Tout l’indique en effet.

Présentation de l’auteur

Eve Lerner

Eve Lerner, poète bilingue, français/​​anglais, édi­trice et tra­duc­trice de poé­sie. Collabore aux revues Hopala !, Spered Gouez et Digor. Vit et tra­vaille à Lorient.

Derniers ouvrages parus (2013-2015) :

Un poème, même petit, peut faire bou­ger la tec­to­nique des plaques, éd. Encres vives. L’Ame che­villée au corps, récit, éd Dialogues. Le Livre des Chimères, éd L’Autre Rive ; Pour dan­ser un rêve, éd. Sac à mots. Pour qui sait voir et Lumières, livres d’artiste de Marie-France Missir, éd. Carré d’encre ; Graine à feu, éd L’Autre Rive. Elle obtient le prix Paul Quéré 2019/​​2020.

 

 

 

 

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment "Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure" (2002, réédi­tion 2008), "Lettre à une moniale" (2005), "Que la terre te soit légère" (2008), "Fou de Marie" (2009). Dernière paru­tion : "Les heures lentes" (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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