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Pierre Dhainaut, Un art des passages

Par | 2018-01-26T16:26:00+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Critiques, Pierre Dhainaut|

« C’est pour res­pi­rer moins mal que, très jeune, j’ai eu recours au poème. Ce « recours au poème », Pierre Dhainaut l’explicite dans un livre ras­sem­blant à la fois des poèmes inédits et des textes qu’il a publiés, au fil du temps, dans dif­fé­rentes revues lit­té­raires.

Le poète du Nord, aujourd’hui âgé de 82 ans, nous livre par bribes les res­sorts de sa démarche poé­tique enga­gée sous les aus­pices du sur­réa­lisme, mou­ve­ment dont il s’est pro­gres­si­ve­ment déta­ché.

J’ai peu à peu com­pris que l’approche d’une parole juste néces­si­tait la contes­ta­tion de ce à quoi j’avais adhé­ré.

Cette « toute puis­sance du lan­gage », Pierre Dhainaut estime qu’en réa­li­té elle « fonc­tionne à vide ». Et il ajoute même : « Que devient l’ambition de chan­ger la vie au moyen de poèmes s’ils n’agitent que des fan­tasmes ? ». Pas ques­tion, donc, de lais­ser « le beau lan­gage » nous « étour­dir » car « que vau­drait un poème s’il occul­tait ce qui nous oppresse, nous dimi­nue ? »

Un art des passages, Pierre Dhainaut, éditions L’herbe qui tremble, 260 pages, 19 euros.

Un art des pas­sages, Pierre Dhainaut, édi­tions L’herbe qui tremble, 260 pages, 19 euros.

Pierre Dhainaut est du côté du réel, du côté de la vie (« Plus je vais, moins je tolère un art qui tour­ne­rait le dos à la vie »). S’il réfute la place trop impor­tance qu’on accor­de­rait à l’imagination, il met tout autant en garde contre une sub­jec­ti­vi­té débri­dée. « La poé­sie n’obéit qu’à sa propre urgence. De mes émo­tions, de mes indi­gna­tions, elle tire par­ti, elle les trans­mue ». Evoquant sa mère et les fleurs sur les­quelles elle veillait, il peut ain­si noter :

Ce qui nous tient à cœur, le poème ne le dit qu’à sa manière, détour­née.

Pierre Dhainaut croit à « l’influence bien­fai­sante du poème ». Pour lui, « est poète celui qui accepte de bal­bu­tier ». Comme lui-même l’a sans doute fait en pri­vi­lé­giant la forme poé­tique du frag­ment. L’auteur ne dit pas que « la poé­sie sau­ve­ra le monde » (Jean-Pierre Siméon). S’il note qu’elle est « la mal aimée, la délais­sée », il estime mal­gré tout que nous n’avons pas à la défendre.

Nous ne convain­crons jamais ses détrac­teurs : insou­mise, elle est la vie même.

D’où sa curio­si­té sans failles pour tous ceux qui, mal­gré des vents contraires, ont eu comme lui recours au poème : Tristan Tzara, Gérard Bayo, Max Alhau, Yves Bonnefoy, Nicolas Diéterlé… Sans par­ler de son admi­ra­tion pour les artistes car, dit-il, « la pein­ture et la poé­sie ont les mêmes exi­gences ». Il s’attarde donc sur les œuvres d’Eugène Leroy, Jacques Clauzel, Alfred Manessier

La pein­ture à cha­cune de ses appa­ri­tions, en nous obli­geant à réin­ven­ter le regard, nous oblige à réin­ven­ter notre emploi du lan­gage.

En vieux sage, séduit lui aus­si par un cer­tain Orient lit­té­raire à la forme brève, Pierre Dhainaut peu ain­si écrire :

Trois vers suf­fisent
à l’essor des poèmes
ils sont tous au long cours.

mm

Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure” (2002, réédi­tion 2008), “Lettre à une moniale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012).

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