Christine Guénanten, Féerique fougère

Par |2022-03-06T07:50:27+01:00 6 décembre 2021|Catégories : Christine Guénanten, Critiques|

Fidèle à elle-même. Fidèle à une écri­t­ure qui dit le monde dans sa sim­plic­ité et sa beauté. La Bre­tonne Chris­tine Gué­nan­ten célèbre les fleurs, les nuages et les papil­lons. Et beau­coup d’autres choses. Sans oubli­er cette « féerique fougère » qui donne le titre à son nou­veau recueil. De bout en bout, c’est un don d’émerveillement que sa plume rend contagieux.

« Grandes prairies tra­ver­sées de ruisseaux,/Je vous aime ». Chris­tine Gué­nan­ten sait faire feu de tout (petit) bois. Le plus minus­cule, le plus anodin, a droit de cité dans ses livres. Elle anoblit les gens, les choses, la nature. Fran­cis Jammes n’est jamais loin, celui qui écrivait « Ecoute dans le jardin qui sent le cer­feuil, chanter, sur le pêch­er, le bou­vreuil ».  François d’Assise rôde aus­si dans ses textes. Voici donc, dans  nos mains, un nou­veau Can­tique des créa­tures où la poète con­voque aus­si bien le  « chien châ­taigne »  que la féerique fougère. « S’enraciner à sa vie/Par son odeur forestière./Osmonde royale ». Elle con­voque aus­si « la petite neige », « les petites riv­ières » et les myoso­tis dont « les yeux s’émerveillent ».

Cette approche sen­sorielle du monde, que sa plume restitue par une juste musique, n’est pos­si­ble que par cette « atten­tion soutenue » dont par­lait le poète Czes­law Milosz. Lisant Chris­tine Gué­nan­ten, on pense aus­si à ce qu’écrivait Hen­ry-David Thore­au : « Poète serait celui dont les mots sont aus­si frais que les bour­geons à l’entrée du printemps ».

Cette fraîcheur, ce regard lavé, cette apti­tude à la con­tem­pla­tion ne con­cer­nent pas que la nature. Chris­tine Gué­nan­ten nous par­le des « gens mod­estes » avec la même empathie. A com­mencer par sa mère (« Tout s’éclairait en or/Grâce à ses mains »). Ailleurs, elle loue « le brave char­bon­nier », « le prince apicul­teur » et « les élé­gantes modistes ».

 

Chris­tine Gué­nan­ten, Féerique fougère, Des Sources et des Livres, 98 pages, 14 euros.

Mots « pau­vres » pour mieux dénon­cer « un monde bruyant » et pour « encer­cler la peur ». Pour faire aus­si le con­stat du désas­tre écologique. « Terre,/Tu ne peux plus te taire,/Qu’avons-nous fait/de tes forêts,/tes ruisseaux,/tes animaux ? ».

  Car Chris­tine Gué­nan­ten n’est pas dupe. Il y a « Tant de pièges posés/De-ci, de-là à l’humanité ». Il con­vient, écrit-elle, de « s‘opposer aux modes/D’un monde numérique » et faire front à « la bêtise pro­gram­mée », notam­ment sur les écrans. Elle n’hésite pas à noir­cir le tableau en par­lant de nos « maux mis­érables », de nos « vies assom­bries ». Inlass­able­ment, elle appelle la nature à l’aide. « Si les voix des humains/Se changent en couteaux,/Au cer­cle des jonquilles/Tout se métamorphose/En dia­logue amoureux.//Mots-lilas, mimosas, Giroflées/jour et nuit au jardin/Le bon­heur nous attend ».On est prêt à la croire et à la suivre.

                                                                                       

Présentation de l’auteur

Chris­tine Gué­nan­ten, née à Vannes le 1ᵉʳ novem­bre 1958, est une auteur et poète française.

Bib­li­ogra­phie 

Goé­land Gueule Ouverte, Liv’Édi­tions, 2006

Père-fille, sens inter­dit, Édi­tions du Traict, 2016

 Poésie

Féerique fougère, Des Sources et des Livres, 2021

En ma berg­erie, L’en­fance des arbres, 2018

De la néces­sité du poème, Des Sources et des Livres, 2017

Sel et ciel des mots aux marais salants, Des Sources et des Livres, 2009 – réédi­tion 2015 avec une note de lec­ture de Pierre Tanguy

Une étoile entre les lignes, Liv’Édi­tions, 2003 – Pré­faces de Charles Le Quin­trec et de Gilles Baudry,

Le soleil de cristal, 1993 – pré­face d’Antony Lhéritier

Au clair-obscur de l’aube, 1991 – Prix de la Fédéra­tion des Bre­tons de Paris – Dessins de Rozenn Bouillé

Un ange à la fenêtre, Éd. Subervie,1987 – Prix Charles Vil­drac Société des Gens De Lettres

Sur l’im­men­sité du sable, Éd. Car­ac­tères, 1985 – Prix de la ville de Saint Brieuc, Asso­ci­a­tion des écrivains bretons

Prose

Père-fille, sens inter­dit, Édi­tions du Traict, 2016

Goé­land Gueule Ouverte, Liv’Édi­tions, 2006

Antholo­gies thé­ma­tiques :

Bou­quet de vos années, Liv’Édi­tions, 1999

La Terre, le Feu, le PAIN, Liv’Édi­tions, 2004

Con­tes et poésie :

Je vais aux noisettes, 2009, livret en hom­mage à Anne Chavériat

L’émer­aude des Côtes d’Ar­mor, 2009

Jardin de miel, suivi des Con­tes de la Bouëx­ière, 1997

Albums pour enfants :

Piqueti Héris­son, 2010 & Joli Jojo, 2013 – illus­trés par Maud Grosset

Livres d’art :

Ves­tiges mar­itimes de Bre­tagne à l’aquarelle, Un tour de Bre­tagne à l’aquarelle, Éd. Ouest-France, 2016 – Écri­t­ure du fil poé­tique pour la Société des Aquarel­listes de Bretagne

Pommes, Couleurs et Mots, 2013 – œuvres peintes de Chris­tine Langlais/Van Amerongen,

Célébra­tion du grand Guil­do, Asso­ci­a­tion des Amis du Vieux Château, 1996 – Prix Per Roy pour l’adap­ta­tion en bre­ton de Tug­dual Kalvez

Goé­land Gueule Ouverte met en scène quelques moments choi­sis dans la vie de l’au­teur. L’écrit est assez proche de la nou­velle ou du bil­lets d’humeur.

Goé­land Gueule Ouverte page 84

Ouvrages collectifs

Cen­te­naire de la nais­sance de René Guy Cadou, Cahi­er des poètes de l’é­cole de Rochefort-sur-Loire N° 16, 2020

La poésie française, 100 ans après Apol­li­naire, Mai­son de Poésie/Fondation Émile Blé­mont, 2018

Poètes de Bre­tagne, Antholo­gie Charles Le Quin­trec, La Table Ronde, réédi­tion 2018

Poésie de Bre­tagne, aujour­d’hui, 2002, La Barbacane

Mor­bi­han, Ency­clopédie Bon­neton, 2000

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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