> Jean Lavoué, Ce rien qui nous éclaire

Jean Lavoué, Ce rien qui nous éclaire

Par |2018-02-05T14:47:14+00:00 30 septembre 2017|Catégories : Critiques, Jean Lavoué|

Il a écrit des livres sur Grall, Perros et Lamennais… Il est l’auteur d’essais pro­po­sant une com­pré­hen­sion nou­velle du chris­tia­nisme. Mais Jean Lavoué est aus­si poète. Il a déjà fait paraître plu­sieurs petits recueils, notam­ment aux édi­tions La Porte. Voici qu’aujourd’hui il publie Ce rien qui nous éclaire dans une petit struc­ture d’édition (« L’enfance des arbres »)  qu’il vient lui-même de créer.

On peut abor­der la poé­sie de Jean Lavoué sans rien connaître des élans (spi­ri­tuels) qui l’animent et décou­vrir avant tout, dans son livre, l’incantation d’un homme qui s’est mis « à l’écoute des trou­ba­dours » (comme le note très jus­te­ment le moine poète Gilles Baudry dans la pré­face).  Bon nombre de poèmes, en effet, pour­raient être mis en musique. Parce qu’ils ont du rythme, parce qu’ils sont caden­cés, parce qu’ils célèbrent le monde.

Aux ailes d’un oiseau
Remontant les cou­rants
J’ai ouvert ma mai­son
Il a fait pas­ser sur mes jours
Un grand tor­rent d’eau vive

Jean LAVOUÉ, Ce rien qui nous éclaire, L’enfance des arbres, 153 pages, 13 euros

 Jean LAVOUÉ, Ce rien qui nous éclaire, L’enfance des arbres, 153 pages, 13 euros

Le poète nous laisse entre­voir un monde gagné par la beau­té (cette beau­té célé­brée par François Cheng).

Retrouve en toi la splen­deur des sai­sons
Accorde toi de mar­cher
A l’amble de ton chant secret

Mais on peut aus­si abor­der la poé­sie de Jean Lavoué en y déce­lant les traces de l’héritage spi­ri­tuel qui est le sien et qui trouve dans source dans la pen­sée de l’écrivain et prêtre bre­ton Jean Sulivan. Ces « mar­queurs » se nomment l’exode, les marges, l’intériorité. Et le poète déploie son chant à l’aune de ces balises qui lui sont fami­lières.

L’exode. 

Si tu veux écrire
Pars
Quitte tes habi­tudes
Tes fer­veurs rou­ti­nières
Prends ton bâton de pèle­rin
Trouve ta soli­tude
Adresse-toi au vent
A la pluie
Aux grands espaces
Au soleil.

Les marges. « Poème après poème/​Je plante une forêt/​Dans les trouées du monde/J’y convoque en secret/​Les oiseaux de ma race/J’y butine des aubes ».

L’intériorité. « Si le silence t’échappe/Echappe-toi avec lui !/​Suis le pre­mier oiseau/​Ecoute bien son chant/​Comme il résonne en toi d’un amour infi­ni »

Plus fon­ciè­re­ment encore, il a chez l’auteur cette remise en cause d’une trans­cen­dance sur­plom­bant l’homme, et l’aliénant, comme il l’avait déjà expri­mé dans son Evangile en liber­té (Le Passeur, 2013) et  La Voie libre de l’intériorité  (Salvator, 2012). On peut donc lire, sous sa plume, ces vers que ne renie­rait pas  Christian Bobin. 

Aucun accord
Ne se fera d’en haut
Aucune puis­sance ne des­cen­dra des cieux
C’est du très-bas que naissent les prai­ries
que s’allument au prin­temps des bou­quets de jon­quilles

D’où, en défi­ni­tive, « ce rien qui nous éclaire ». Et que l’auteur décline au fil des pages.

 La poé­sie de Jean Lavoué est une poé­sie d’exhortation. Presque didac­tique.  L’impératif  domine dans de nom­breux poèmes (« Accueille en toi l’étincelle », « Ouvre grand » « Invente un jour neuf »). Elle s’incarne aus­si dans un pays. Le poète signe ici son atta­che­ment à la Bretagne dans un chant qui rap­pelle celui de Xavier Grall.

De grèves et de rivières
Bretagne fami­lière
Tu res­sembles au pays dont j’ai sou­vent rêvé

mm

Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure” (2002, réédi­tion 2008), “Lettre à une moniale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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