Jacques Rouil, Les petites routes

Par |2019-11-21T12:02:25+01:00 6 novembre 2019|Catégories : Critiques, Jacques Rouil|

Les petites routes de Jacques Rouil fleurent bon l’herbe mouil­lée, la pomme dans le cour­til et le lait dans l’étable. Ici, les prés sont  « Couleur de miel / Comme un tablier ».

Les automnes sont « immo­biles » et, au loin, c’est « la bise qui chante ». Un pays est furtive­ment nom­mé : le Cotentin, ter­roir de l’auteur, du côté de Bric­que­bec et de Sur­tainville. Là où la mer et les « estrans de varech » ne sont jamais très loin de ces ter­res lour­des et grass­es où l’on enterre les morts.

Jacques Rouil a chan­té ce pays natal dans des romans ou des réc­its pétris d’humanité (Donadieu, Les Rus­tres, Une mémoire du bout du monde…). Il délivre ici, en mots comp­tés dans ses poèmes (par­fois un seul mot par vers), sa vision d’un monde d’avant le déluge. D’avant le déluge tech­nocra­tique, médi­a­tique, infor­ma­tique, bour­si­er… Emprun­tant les petites routes de l’auteur  — qui vont nous men­er plus loin qu’on ne le pense – nous voici dans des espaces de lib­erté sous les pom­miers, les noisetiers ou les noy­ers. Les gestes y sont lents (comme celui d’un père pelant une pomme de son verger).

Jacques Rouil, Les petites routes,
(nou­velle édi­tion augmentée), 
édi­tions Le Petit Véhicule, 
180 pages, 25 euros.

 

De la nos­tal­gie ? Sans doute. Mais, plus encore, un appel à garder intactes nos capac­ités d’émerveillement. Ah ! la gour­man­dise de l’auteur quand il s’arrête sur les mots « nénuphars », « libel­lules », « héros cen­dré », « roseaux »… Com­ment, en le lisant, ne pas penser à cet autre gour­mand de mots : le nor­mand Jean Fol­lain, né natif de Can­isy, au sud de Saint-Lô, « dans un pays col­oré de pom­miers », « la den­telle, la robe et les bras blancs / sans souci de la mort / tachaient le bocage » (La Main chaude, 1933).

Sur les petites routes de Jacques Rouil,  place à l’écoute, à l’intériorité, à la voix de l’enfance. Loin de nous la con­fu­sion, l’esbroufe ou les effets de manche. « La terre n’a ni de grandes auréoles, ni de devan­tures écla­tantes : elle ne vit que de bruits et de silences », a écrit Michel Manoll, pili­er de l’Ecole de Rochefort, dans son recueil posthume Une fenêtre sur le monde (1990).  C’est telle­ment vrai ici, sur ces « petites routes » normandes.

Alors for­cé­ment « l’exil » est mal vécu. Jacques Rouil nous par­le de sa mai­son de ban­lieue. Au cœur du jardin de poche qu’il entre­tient sur place amoureuse­ment, il traque tous les signes de vie qui font écho à son pays natal : fleurs, oiseaux, légumes, fruits… Tout mérite d’être nom­mé car la vie n’arrête pas de nous adress­er des sig­naux., même si le mal-être taraude son homme. Et que lui revi­en­nent en mémoire –lui étreignant le cœur — l’enfance de ses enfants mais aus­si la vie tortueuse des rescapés de 14–18 qu’il a con­nus dans sa pro­pre enfance. Pour rehauss­er ce chant d’amour à un pays, à des gens,  à des lieux, il y a les pro­pres pho­togra­phies en couleurs pris­es par l’auteur. Dans leur sim­plic­ité, elles dis­ent à la fois la rudesse de la vie et la beauté du monde.

 

Présentation de l’auteur

Jacques Rouil

Jacques Rouil est né en novem­bre 1948 à Sur­tainville. C’est un jour­nal­iste et écrivain quia tra­vail­lé à L’A­gricul­teur nor­mand, puis à Ouest-France. Il a obtenu le prix lit­téraire du Cotentin en 2002 pour son roman Donadieu.

© Crédits pho­tos Ouest-France

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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