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Jacques Rouil, Les petites routes

Par |2019-11-06T08:23:08+01:00 6 novembre 2019|Catégories : Critiques, Jacques Rouil|

Les petites routes de Jacques Rouil fleurent bon l’herbe mouillée, la pomme dans le cour­til et le lait dans l’étable. Ici, les prés sont  « Couleur de miel /​ Comme un tablier ».

Les automnes sont « immo­biles » et, au loin, c’est « la bise qui chante ». Un pays est fur­ti­ve­ment nom­mé : le Cotentin, ter­roir de l’auteur, du côté de Bricquebec et de Surtainville. Là où la mer et les « estrans de varech » ne sont jamais très loin de ces terres lourdes et grasses où l’on enterre les morts.

Jacques Rouil a chan­té ce pays natal dans des romans ou des récits pétris d’humanité (Donadieu, Les Rustres, Une mémoire du bout du monde…). Il délivre ici, en mots comp­tés dans ses poèmes (par­fois un seul mot par vers), sa vision d’un monde d’avant le déluge. D’avant le déluge tech­no­cra­tique, média­tique, infor­ma­tique, bour­sier… Empruntant les petites routes de l’auteur  – qui vont nous mener plus loin qu’on ne le pense – nous voi­ci dans des espaces de liber­té sous les pom­miers, les noi­se­tiers ou les noyers. Les gestes y sont lents (comme celui d’un père pelant une pomme de son ver­ger).

Jacques Rouil, Les petites routes,
(nou­velle édi­tion aug­men­tée),
édi­tions Le Petit Véhicule, 
180 pages, 25 euros.

 

De la nos­tal­gie ? Sans doute. Mais, plus encore, un appel à gar­der intactes nos capa­ci­tés d’émerveillement. Ah ! la gour­man­dise de l’auteur quand il s’arrête sur les mots « nénu­phars », « libel­lules », « héros cen­dré », « roseaux »… Comment, en le lisant, ne pas pen­ser à cet autre gour­mand de mots : le nor­mand Jean Follain, né natif de Canisy, au sud de Saint-Lô, « dans un pays colo­ré de pom­miers », « la den­telle, la robe et les bras blancs /​ sans sou­ci de la mort /​ tachaient le bocage » (La Main chaude, 1933).

Sur les petites routes de Jacques Rouil,  place à l’écoute, à l’intériorité, à la voix de l’enfance. Loin de nous la confu­sion, l’esbroufe ou les effets de manche. « La terre n’a ni de grandes auréoles, ni de devan­tures écla­tantes : elle ne vit que de bruits et de silences », a écrit Michel Manoll, pilier de l’Ecole de Rochefort, dans son recueil post­hume Une fenêtre sur le monde (1990).  C’est tel­le­ment vrai ici, sur ces « petites routes » nor­mandes.

Alors for­cé­ment « l’exil » est mal vécu. Jacques Rouil nous parle de sa mai­son de ban­lieue. Au cœur du jar­din de poche qu’il entre­tient sur place amou­reu­se­ment, il traque tous les signes de vie qui font écho à son pays natal : fleurs, oiseaux, légumes, fruits… Tout mérite d’être nom­mé car la vie n’arrête pas de nous adres­ser des signaux., même si le mal-être taraude son homme. Et que lui reviennent en mémoire –lui étrei­gnant le cœur – l’enfance de ses enfants mais aus­si la vie tor­tueuse des res­ca­pés de 14-18 qu’il a connus dans sa propre enfance. Pour rehaus­ser ce chant d’amour à un pays, à des gens,  à des lieux, il y a les propres pho­to­gra­phies en cou­leurs prises par l’auteur. Dans leur sim­pli­ci­té, elles disent à la fois la rudesse de la vie et la beau­té du monde.

 

Présentation de l’auteur

Jacques Rouil

Jacques Rouil est né en novembre 1948 à Surtainville. C’est un jour­na­liste et écri­vain quia tra­vaillé à L’Agriculteur nor­mand, puis à Ouest-France. Il a obte­nu le prix lit­té­raire du Cotentin en 2002 pour son roman Donadieu.

© Crédits pho­tos Ouest-France

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment "Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure" (2002, réédi­tion 2008), "Lettre à une moniale" (2005), "Que la terre te soit légère" (2008), "Fou de Marie" (2009). Dernière paru­tion : "Les heures lentes" (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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