> Comme un nuage au fond des yeux, Geneviève Le Cœur

Comme un nuage au fond des yeux, Geneviève Le Cœur

Par |2018-11-18T11:47:48+00:00 9 juin 2013|Catégories : Critiques|

Auteure dis­crète d’un pre­mier recueil – Pénombres – édi­té en 2004 par Tarabuste, la ren­naise Geneviève Le Cœur publie Comme un nuage au fond des yeux chez le même édi­teur. Dans le cata­logue de Tarabuste (implan­té dans l’Indre à Saint-Benoît-sur-Sault) elle côtoie, entre autres, Louis Calaferte, James Sacré, Antoine Emaz, Marylise Desbiolles… Ce ne sont pas, on le voit, de maigres réfé­rences. « M’attirent les inquié­tudes, les ques­tions de mes contem­po­rains », décla­rait en mars der­nier, à pro­pos des textes qu’il choi­sit de publier, le cofon­da­teur de Tarabuste, Djamel Meskache, dans une inter­view à la Quinzaine lit­té­raire.

Pour Geneviève Le Cœur, ces « inquié­tudes » et ces « ques­tions » tournent autour de l’enfance, de la famille, de la paren­tèle. Son nou­veau recueil est notam­ment orga­ni­sé autour de dif­fi­ciles rela­tions avec une mère aujourd’hui « à la tom­bée du soir », quand « le cou­vercle de la nuit » vient, peu à peu, enva­hir son exis­tence. De cette mère, elle s’approche un jour avec un « Cahier de ver­dure » (celui de Philippe Jaccottet). « Je choi­sis, raconte-t-elle, de lui lire le pas­sage où des alouettes avec leurs cris fré­né­tiques semblent lever le cou­vercle de la nuit ». Peine per­due. La mère ne cille pas. « Pour moi, j’eus l’impression d’apercevoir un lieu inha­bi­table, au-delà de la peine, des cris, des larmes ». Mais un autre jour, sous une autre lumière, le lien s’établira (« les paroles n’étaient plus bles­santes »…)

Geneviève Le Cœur fait alter­ner, dans son recueil, textes en prose et formes poé­tiques. Elle ramasse des « mots épars », « galets soi­gneu­se­ment cueillis /​ au hasard » dans les « ébou­lis » de sa « mémoire ». À la manière d’un jour­nal de bord scan­dé de sou­ve­nirs, de rémi­nis­cences et aus­si d’aveux de souf­frances enfouies. « Graver les lettres d’un silence  /​sur le marbre léger des feuilles », écrit-elle. Et avoue la dif­fi­cul­té et la gra­vi­té de cette intros­pec­tion. « Comment écrire un chant fidèle /​ pour cette peine nue /​ enfouie /​ sous tes ori­peaux mater­nels /​ brû­lants /​ gla­cés ».

 Heureusement, il y a des « éclair­cies » qui font dire au poète : « Cueillons des fruits /​ à l’arbre /​ de la vie ». Et aus­si des bouf­fées d’enfance qui remontent à la sur­face depuis « la grande mai­son réson­nante /​ che­mise et che­veux au vent ». Mais le cha­grin est tenace. Quand il  « plombe » ses pas, elle « cherche dans les nuages /​ d’autres chi­mères /​ d’autres mots ».

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