Gustave Roud, Œuvres complètes

Par |2023-01-06T13:20:35+01:00 29 décembre 2022|Catégories : Critiques, Gustave Roud|

Un cof­fret de 4 vol­umes, 5120 pages, 88 pho­tos couleurs et de très nom­breuses illus­tra­tions en noir et blanc (car Gus­tave Roud était aus­si pho­tographe). Les œuvres com­plètes du grand poète suisse, décédé en 1976, sont pub­liées sous la direc­tion de Claire Jacquier et Daniel Maget­ti par les édi­tions Zoé. 

Une heureuse ini­tia­tive per­me­t­tant de regrouper ses œuvres poé­tiques (dix recueils de poésie entre 1927 et 1972), ses tra­duc­tions (notam­ment de Novalis, Hold­er­lin, Rilke, Trakl…), son jour­nal (1916–1976) ain­si que les arti­cles ou études cri­tiques que Roud a con­sacrés, tout au long de sa vie, à des poètes, écrivains ou pein­tres et qui ont été pub­liés par des jour­naux ou revues suisses.

« Gus­tave Roud regarde la nature à l’œil nu et la nature ne le dis­trait pas », dis­ait de lui Jean Paul­han en 1957. Ce marcheur impéni­tent, par­courant sans relâche les champs et les collines du Haut-Jorat (au nord-est de Lau­sanne, dans le can­ton de Vaud), est l’auteur d’une prose lyrique envoû­tante qui témoign­era, de bout en bout, de sa rela­tion intime avec le vivant et l’élémentaire : les fleurs, les arbres, les oiseaux, les étangs, les riv­ières… au cœur d’un monde rur­al que la moder­nité n’a pas épargné : « Des verg­ers aux forêts, tout un cloi­son­nement de haies, jadis, don­nait refuge aux oiseaux. Où trou­vent-ils retraite, main­tenant qu’un immense espace nu rayé de jeune blé, taché d’orge laineuse, unit les vil­lages épars ? », écrivait-il le 18 décem­bre 1941 dans la revue L’illustré.

Le poète allie deux per­cep­tions de la vie et du monde. D’une part un sen­ti­ment aigu de la pré­car­ité de nos exis­tences, de la mort, de la dis­pari­tion (à l’image de cette civil­i­sa­tion paysanne qui brille de ses derniers feux). D’autre part, le sen­ti­ment de la beauté du monde et de la présence, autour de nous, de miettes de par­adis. Gus­tave Roud  avait, en effet, repris à son compte la fameuse injonc­tion de Novalis : « Le par­adis est dis­per­sé sur toute la terre et nous ne le recon­nais­sons plus, il faut en réu­nir les traits épars ». 

Gus­tave Roud,  Œuvres com­plètes, édi­tions Zoe, 5120 pages, 85 euros, 90 CHF.             

Au cœur de son entre­prise poé­tique, il y a, fon­da­men­tale­ment, cette quête de signes et de mes­sages qui lui don­nent la cer­ti­tude d’un accès au par­adis. « A la fois chant du monde et médi­ta­tion sur la fin de la rural­ité tra­di­tion­nelle, la poésie de Roud appa­raît aujourd’hui comme précurseur des écri­t­ures con­tem­po­raines qui ten­tent de renouer le lien défait entre l’humain, son habi­tat ter­restre et les vies qui le peu­plent », n’hésitent pas affirmer les insti­ga­teurs de la pub­li­ca­tion de ses œuvres complètes.

Ce regard « fam­i­li­er » sur les dis­parus, mais aus­si cet appétit pour le « dehors », pour la nature dans ses expres­sions les plus divers­es, on le trou­ve en per­ma­nence chez Roud. « Mer­veille de pureté cette mat­inée où j’avance à tra­vers les prairies mul­ti­col­ores, les ombres fraîch­es, les feuil­lages (…) les fleurs se ten­dent vers moi comme des corps affamés de ten­dresse », note-t-il dans Essai pour un par­adis (1932). Dans son livre Requiem (1967) où il évoque la mort de sa mère et le deuil, le poète écrit : « Je pose un pas tou­jours plus lent dans le sen­tier des signes qu’un seul frémisse­ment de feuilles effarouche. J’apprivoise les plus furtives présences ».

S’il a vécu soli­taire, Gus­tave Roud a su mul­ti­pli­er les ren­con­tres en allant à la décou­verte des œuvres des autres. Qu’il s’agisse d’auteurs dont il cul­ti­vait l’amitié (Jac­cot­tet, Ches­sex…) ou d’artistes dont il a par­lé avec  bon­heur. « En cher­chant à cern­er le rap­port par­ti­c­uli­er que les artistes abor­dés entre­ti­en­nent avec le monde, l’auteur ques­tionne sa pro­pre posi­tion et, à tra­vers ces cas spé­ci­fiques, il médite sur le proces­sus créatif en général. Ren­dre compte d’expériences esthé­tiques nour­rit la démarche du poète et l’exercice de la poésie inflé­chit en retour son regard sur les œuvres d’autrui », note Bruno Pel­le­gri­no dans la présen­ta­tion des hom­mages, arti­cles et études cri­tiques que Roud a con­sacrés à des poètes, à des écrivains et des peintres.

Plus de 45 ans après la mort du poète, ce cof­fret des œuvres com­plètes (dans une édi­tion cri­tique) est là pour nous rap­pel­er la place majeure tenue par Gus­tave Roud dans la vie cul­turelle de son époque. Elle jus­tice à un œuvre lyrique majeure dans la poésie fran­coph­o­ne du XXe siècle.

 

 

Présentation de l’auteur

Gustave Roud

Gus­tave Roud est un poète et un pho­tographe suisse romand né le 20 avril 1897 à Saint-Légi­er en can­ton de Vaud et mort le 10 novem­bre 1976 à l’hôpi­tal de Moudon. Il a entretenu de nom­breuses ami­tiés avec des artistes, des poètes, des hommes de let­tres: Charles Fer­di­nand Ramuz, Ernest Anser­met et René Auberjonois

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur

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