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Nicole Laurent-Catrice, Pour la vie

Par |2020-10-06T07:28:03+02:00 6 octobre 2020|Catégories : Critiques, Nicole Laurent-Catrice|

Aphorismes, maximes, exhor­ta­tions : le nou­veau petit livre de la ren­naise Nicole Laurent-Catrice ouvre de larges pers­pec­tives. On y parle de l’amour, de la mort, du mal… Mais sur­tout de la vie. Autrement dit tout ce qui doit être au cœur d’une vraie créa­tion poé­tique.

 

Il faut avoir une pro­fonde expé­rience de la vie (et en avoir rete­nu les leçons) pour s’aventurer dans une telle démarche d’écriture. Dire en quelques mots – par­fois sous la forme d’un conseil avi­sé – ce qui doit nous ani­mer vrai­ment dans la vie. Porter, aus­si, un regard dis­tan­cié sur le monde et savoir – « plein d’usage et rai­son » – faire la part des choses. Au fond, adop­ter la pos­ture (au bon sens du terme) d’un sage reve­nu de toutes les illu­sions et désor­mais à même de déli­vrer à d’autres son expé­rience intime. « Il y a pire que la mort /​ c’est la mort qu’on élude /​/​ accep­ter sa mort /​ c’est encore vivre », écrit Nicole Laurent-Catrice. Comment, lisant ces mots, ne pas pen­ser à ces vers du poète per­san Yunus Emre, « Ta mort sera ce qu’a été ta vie,/Demain, ce qu’a été aujourd’hui ». Comment, aus­si, ne pas évo­quer François Cheng pour qui la mort fait par­tie de la vie comme il le dit dans son livre Cinq médi­ta­tions sur la mort autre­ment dit sur la vie (Albin Michel). 

Nicole Laurent-Catrice, Pour la vie, La Part Commune, 75 pages, 12 euros.

Car pour­quoi ne pas dire ici que les courts textes de Nicole Laurent-Catrice s’inscrivent dans la lignée de tous ces grands auteurs qui nous délivrent de vraies leçons de sagesse. Citons Tchouang-Tseu, le taoïste : « S’intérioriser sans exa­gé­ra­tion /​ s’extérioriser sans déme­sure /​ savoir se tenir au juste milieu /​ ce sont là trois élé­ments d’essor ». Nicole Laurent-Catrice le dit d’une autre manière : « Celui qui s’avance der­rière /​ un ton­nerre de déci­bels /​ n’a pas l’assurance /​ de celui qui s’appuie le dos au pur filet de sa voix »

Pourquoi, la lisant, ne pas pen­ser aus­si aux qua­trains d’Omar Khayyam. « Mal et bien se dis­putent le cœur ; /​ Tristesse et joie sont le lot de chaque homme. /​ Ne vis pas dans la crainte des pla­nètes /​ Elles sont mille fois plus impuis­santes que nous ». A pro­pos, pré­ci­sé­ment, du bien et du mal, Nicole Laurent-Catrice écrit pour sa part. « Faire le mal /​ et dire que c’est la bien/c’est un double mal. /​/​  Est-ce cela le péché /​ contre l’esprit ? »

Cette filia­tion avec  les pen­seurs, poètes ou phi­lo­sophes vivant sous d’autres cieux, à d’autres époques, ne doit pas nous empê­cher d’écouter la par­ti­tion ori­gi­nale de l’auteure. « Ecoute,/le secret est dans la dis­tance. /​/​ Quand tu fais corps/​avec l’autre /​ c’est toi que tu aimes encore. /​/​ Seule la dis­tance te rend proche ». Une manière (très bre­tonne ?) d’exprimer sa réserve et sa pudeur, à moins qu’il ne s’agisse de faire valoir sa liber­té fon­cière face aux injonc­tions de la col­lec­ti­vi­té dans laquelle on vit (un conseil sur la « dis­tance », qui prend, en tout cas, une tona­li­té par­ti­cu­lière à l’aune des évé­ne­ments actuels). Et que dire de ces quelques lignes : « Les femmes dites libé­rées /​ s’empressent d’abdiquer /​ leur liber­té nou­velle /​ entre les bras d’un tyran. /​/​ la femme vrai­ment libre n’a que des com­pa­gnons ».

 Pour ce qui est de la poé­sie, Nicole Laurent-Catrice a cette défi­ni­tion qui vaut lar­ge­ment celle que l’on peut trou­ver dans des ouvrages pré­ten­tieux sur le sujet. « Poésie /​ le doigt posé/​sur la plaie vive. /​/​ Elle panse sans y pen­ser ». Une asser­tion qui rejoint, dans sa sim­pli­ci­té et sa beau­té, celle de Guillevic : « La poé­sie /​ c’est autre chose ».

Présentation de l’auteur

Nicole Laurent-Catrice

Nicole Laurent-Catrice est une écri­vaine fran­çaise, née en 1937 dans le nord de la France.

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Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment "Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure" (2002, réédi­tion 2008), "Lettre à une moniale" (2005), "Que la terre te soit légère" (2008), "Fou de Marie" (2009). Dernière paru­tion : "Les heures lentes" (2012), Silence hôpi­tal, Editions La Part com­mune (2017).

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