La vision Claire de Jacques Josse

Par |2020-05-22T14:21:05+02:00 21 mai 2020|Catégories : Critiques, Jacques Josse|

 La poésie du Ren­nais Jacques Josse – né natif des Côtes‑d’Armor – est à l’image de la pein­ture qui illus­tre la cou­ver­ture de son livre : cré­pus­cu­laire, entre chien et loup, dans un paysage où cohab­itent tail­lis, bosquets, marécages, ruisseaux…

Avec, en toile de fond, quelque chose qui fait penser à des récifs sous un ciel som­bre, à une côte découpée, à un pays (le Goë­lo) qui a « le dos tourné à la Manche » mais qui se sou­vient « des pêcheurs perdus/dans des doris/fantômes/au large/de Terre-Neuve ».

Josse nous par­le d’un ter­ri­toire où s’ancre son écri­t­ure (aus­si bien dans ses poèmes que dans ses nom­breux réc­its). Ter­ri­toire tout aus­si men­tal qu’incarné dans lequel s’ébrouent des hommes et des femmes au bord de la rup­ture. A l’image de Georges, « sourire d’algues, barbe grise » qui « s’est pen­du mar­di soir ».

Et de tous ces hommes et de toutes ces femmes que le poète côtoie sur les quais, dans les rues, dans les chemins ou au bistrot, et qui ont tous un « besoin de con­so­la­tion impos­si­ble à ras­sas­i­er » (Stig Dager­man). Par chance, les bons samar­i­tains exis­tent là où on ne les attend pas for­cé­ment. A l’image de cette serveuse qui « fil­tre nos prières, nos pleurs »et qui « nous guidera aux creux des dig­i­tales, entre l’absence et la mélancolie ».

 

Jacques Josse, Vision claire
d’un sem­blant d’absence au monde, 
édi­tions Le Réal­gar (col­lec­tion l’Orpiment),
www.lerealgar-editions.fr, 130 pages, 
13 euros, Cou­ver­ture : Jean-Luc Brignola, 
pein­ture sur huile.

 

Mais la mort rôde qui « déplie l’agenda/des silences/à la page/du jour ». Car, « ici nul/ne s’exerce/à retenir le sang/des morts qui coule/sous les herbes ». Ain­si, lors d’un retour en voiture la nuit du côté de Plestan, racon­te l’auteur, « c’est la ronde des gyrophares » car « un pan­tin déman­tibulé gisait recro­quevil­lé sur le bord de la chaussée. Ciré jaune, bottes sales… »

Nous sommes tous, au fond, nous dit Jacques Josse, des « voyageurs égarés » sur cette terre, des « arpen­teurs de soli­tude ». Mais pour­tant, en dépit de tout, quelque chose per­siste à clig­not­er (« les feux de la côte nord ont pris pos­ses­sion de l’obscurité »). Le « lieu désir » existe (« loin des ruines, des épaves »). Il faut s’employer, comme le fait sans doute le poète, à « col­or­er les ornières », garder « des étoiles dans le cœur », comme le il le dit en pen­sant à cet homme dont le « cœur a lâché la joie/pour l’ombre obscure d’un midi/qui s’est tein­té de noir ».

De ses pre­miers recueils (dont on retrou­ve cer­taines traces dans ce nou­veau livre) jusqu’à ses textes les plus récents, Jacques Josse se main­tient sur une ligne de crête. Il déroule une par­ti­tion, recon­naiss­able entre toutes (faite de textes brefs et bien frap­pés), pour con­ter les heurs et mal­heurs de notre être ici-bas.

Présentation de l’auteur

Jacques Josse

Jacques Josse, né le 10 juin 1953 à Lan­vol­lon dans les Côtes-du-Nord, est un Poète et édi­teur français. Il vit à Rennes depuis la fin des années 1980.

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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