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Clin d’Yeu de Guénane

Par | 2018-02-22T06:11:29+00:00 27 novembre 2013|Catégories : Blog, Critiques|

     Guénane aime les îles. Car on n’habite pas impu­né­ment, face à la mer, dans le pays de Lorient. Guénane a donc écrit sur Groix et Hoëdic, mais aus­si sur Sein ou Molène et  sur bien d’autres lieux. Au total, une dou­zaine de « recueils insu­laires », dont le petit der­nier (car il s’agit sou­vent de minces livrets publiés aux édi­tion La Porte) est consa­cré à l’île d’Yeu.  L’auteure sort, pour l’occasion,  du « pré car­ré » bre­ton mais ne quitte pas son uni­vers fami­lier. Ainsi écrit-elle, par­lant de l’île d’Yeu, d’une « île sur le front armo­ri­cain des tem­pêtes ».

      A pro­pos de L’idée d’île que Guénane avait publié en 2003, le jour­na­liste Yves Loisel avait écrit à pro­pos de la poé­tesse lorien­taise : « En quelques vers, elle lance une réflexion, une image, un cri ou tout sim­ple­ment un clin d’œil ». Clin d’œil ? Nous y sommes avec ce Clin d’Yeu, titre de son der­nier recueil.

        Les amou­reux de l’île ven­déenne y retrou­ve­ront, certes, des lieux fami­liers. Mais – on se doute bien – là est pas l’essentiel. Si Guénane aborde une île, c’est tou­jours pour en creu­ser le mys­tère et, d’une cer­taine manière, pour ten­ter de résoudre une énigme. Mais, comme elle le dit si bien, « l’île manie la langue de pierre ». Comme d’autres la langue de bois ou la langue de buis. Même « ces sables ont un grain/​de mys­tère ». Et que dire, alors, de ces monu­ments méga­li­thiques et de ces empi­le­ments mys­té­rieux de sols sur le rivage ?

         Face à l’énigme, Guénane ques­tionne. « Faut-il tout aimer d’une île ? », « Faut-il déchif­frer le silence ? Parcourant l’île en octobre, quand celle-ci retrouve sa « vir­gi­ni­té » après le pas­sage des tou­ristes « mille-pattes », elle dis­tille aus­si au pas­sage quelques leçons de sagesse (« Rester soi-même est une dure mis­sion ») et s’emploie à inven­to­rier « les charmes secrets » d’un lieu. Entre ajoncs, « pru­nel­liers en liesse », chênes verts et tama­ris, elle mul­ti­plie les clins d’œil. Notamment à l’histoire. Ici, c’est l’évocation de l’exil du vieux maré­chal (« un vieillard entre en cel­lule »), là celle de « Jeanne la belle » quand Guénane s’approche du Vieux-Château où « les siècles bruissent dans le ruines ».

    Pendant ce temps, « l’océan vocifère/​les goë­lands acquiescent ». Et, comme le dit Guénane : « Une île aus­si se lasse ».

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