> Jean-Claude Pirotte et Guénane : Une île ici et là, par Denis Heudré

Jean-Claude Pirotte et Guénane : Une île ici et là, par Denis Heudré

Par |2018-08-20T23:08:33+00:00 24 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Jean-Claude Pirotte et Guénane : Une île ici et là

 

Quel est ce « besoin d’îles » qui me fait lire, par hasard, le même jour, le regret­té Jean-Claude Pirotte « Une île ici » et Guénane « L’approche de Minorque » ? L’un, mal­heu­reu­se­ment décé­dé, est édi­té chez un grand édi­teur (Mercure de France) l’autre, heu­reu­se­ment bien vivante, par une petite mai­son de micro-édi­tion qui n’en fait pas moins un gros tra­vail de qua­li­té édi­to­riale : La Porte (depuis 17 ans, aux bons soins atten­tion­nés d’Yves Perrine). Quel est ce besoin et cette conjonc­tion d'actualité autour de ces îles où selon Blaise Cendrars « l’on ne pren­dra jamais terre » ? Deux ten­ta­tives de réponses.

Jean-Claude Pirotte, qui a « bour­lin­gué n'importe où » et qui vivait « en rond /​ comme dort la cou­leuvre », dédie ce livre à Guillevic. Un inté­res­sant jeu de il ou elle, où l'on ne sait qui est « il », Guillevic , ni qui est « elle », Groix, Belle-île, Hoedic ? Il ne situe pas pré­ci­sé­ment cette île, il pré­fère en tou­cher l’universel, le mythe. L'île comme « rêve d'être ailleurs », « de ce qui est toi-même /​ l'île per­pé­tuelle ».

 L’île sau­vage « ce qui n'est pas écrit /​ s'écrira par le vent /​ sur la paroi de l'île /​/​ ou par les nau­fra­gés ». « un avion la repère /​ mais ne peut atter­rir /​/​ c'est heu­reux se dit-elle /​ que je sois si revêche ». « l'île /​ se défie de la gloire /​ au point de se cacher /​ d'un seul banc de pois­sons », « elle s'habille en jaune /​ éteint en vio­let /​dans les prin­temps sou­dains /​/​ s'empresse de vêtir /​ ensuite un sur­plis gris /​ qui per­met de pas­ser /​de loin inaper­çue »

Guénane, capi­taine d’une croi­sière poé­tique à tra­vers les îles, nous emmène cette fois à Minorque « juste entre Marseille et Alger », Minorque après Groix, Sein, Hoedic. La chaude Méditerranée après le frais atlan­tique. Peut-être que « le large nous aspire », peut-être que l’on voit dans une île avec l’auteur « L’art de résis­ter », « L’art de res­ter rurale ». « Anses criques calanques » bai­gnées par des « ombres infa­ti­gables ». L’île qui se bat cou­ra­geu­se­ment contre une « mer que­rel­leuse ». Minorque, l’île en mode mineur, mais Minorque comme « une mine de point d’orgue ». Minorque pour affir­mer à nou­veau que cha­cun de nous est une île. Qu'on a tous un côté sau­vage, rugueux, qui lutte contre les influences, les dépen­dances. « L'inaccessibilité est une pro­tec­tion suprême ». Et un côté appri­voi­sé, notre côté bien expo­sé, pai­sible, loin des cou­rants. Comme une île cha­cun affronte, lutte avec âpre­té, stoïque, mais comme une île cha­cun peut aus­si, en épi­cu­rien, se satis­faire de saveurs fortes et simples de « terres d'ocre tein­tées »,  « d'arums vul­gaires » ou de « mar­gue­rite reine ». La poé­sie trouve sa plage sur toutes les îles et au-devant « le large nous aspire ».

En ces îles de Bretagne ou d’ailleurs, l’image du carac­tère et du cou­rage, des valeurs impor­tantes de nos jours…

 

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