Jean-Claude Pirotte et Gué­nane : Une île ici et là

 

Quel est ce « besoin d’îles » qui me fait lire, par hasard, le même jour, le regret­té Jean-Claude Pirotte « Une île ici » et Gué­nane « L’approche de Minorque » ? L’un, mal­heureuse­ment décédé, est édité chez un grand édi­teur (Mer­cure de France) l’autre, heureuse­ment bien vivante, par une petite mai­son de micro-édi­tion qui n’en fait pas moins un gros tra­vail de qual­ité édi­to­ri­ale : La Porte (depuis 17 ans, aux bons soins atten­tion­nés d’Yves Per­rine). Quel est ce besoin et cette con­jonc­tion d’ac­tu­al­ité autour de ces îles où selon Blaise Cen­drars « l’on ne pren­dra jamais terre » ? Deux ten­ta­tives de réponses.

Jean-Claude Pirotte, qui a « bourlin­gué n’im­porte où » et qui vivait « en rond / comme dort la couleu­vre », dédie ce livre à Guille­vic. Un intéres­sant jeu de il ou elle, où l’on ne sait qui est « il », Guille­vic , ni qui est « elle », Groix, Belle-île, Hoedic ? Il ne situe pas pré­cisé­ment cette île, il préfère en touch­er l’universel, le mythe. L’île comme « rêve d’être ailleurs », « de ce qui est toi-même / l’île per­pétuelle ».

 L’île sauvage « ce qui n’est pas écrit / s’écrira par le vent / sur la paroi de l’île // ou par les naufragés ». « un avion la repère / mais ne peut atter­rir // c’est heureux se dit-elle / que je sois si revêche ». « l’île / se défie de la gloire / au point de se cacher / d’un seul banc de pois­sons », « elle s’ha­bille en jaune / éteint en vio­let /dans les print­emps soudains // s’empresse de vêtir / ensuite un sur­plis gris / qui per­met de pass­er /de loin inaperçue »

Gué­nane, cap­i­taine d’une croisière poé­tique à tra­vers les îles, nous emmène cette fois à Minorque « juste entre Mar­seille et Alger », Minorque après Groix, Sein, Hoedic. La chaude Méditer­ranée après le frais atlan­tique. Peut-être que « le large nous aspire », peut-être que l’on voit dans une île avec l’auteur « L’art de résis­ter », « L’art de rester rurale ». « Ans­es criques calan­ques » baignées par des « ombres infati­ga­bles ». L’île qui se bat courageuse­ment con­tre une « mer querelleuse ». Minorque, l’île en mode mineur, mais Minorque comme « une mine de point d’orgue ». Minorque pour affirmer à nou­veau que cha­cun de nous est une île. Qu’on a tous un côté sauvage, rugueux, qui lutte con­tre les influ­ences, les dépen­dances. « L’i­nac­ces­si­bil­ité est une pro­tec­tion suprême ». Et un côté apprivoisé, notre côté bien exposé, pais­i­ble, loin des courants. Comme une île cha­cun affronte, lutte avec âpreté, stoïque, mais comme une île cha­cun peut aus­si, en épi­curien, se sat­is­faire de saveurs fortes et sim­ples de « ter­res d’ocre tein­tées »,  « d’arums vul­gaires » ou de « mar­guerite reine ». La poésie trou­ve sa plage sur toutes les îles et au-devant « le large nous aspire ».

En ces îles de Bre­tagne ou d’ailleurs, l’image du car­ac­tère et du courage, des valeurs impor­tantes de nos jours…

 

 

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Denis Heudré

né en 1963 à Rennes, denis heudré cul­tive son jardin dis­cret dans un coin de la web­sphère sur son site inter­net