> Martin WABLE : Géopoésie

Martin WABLE : Géopoésie

Par | 2018-02-22T04:03:14+00:00 25 juin 2016|Catégories : Critiques|

 

 

Je vous avoue, je me méfie des éti­quettes, des clas­si­fi­ca­tions. Et la poé­sie n'échappe pas à cette règle de tout vou­loir ran­ger sous une ban­nière, un éten­dard, un tiroir, un mou­ve­ment artis­tique. Alors quand un jeune auteur de 24 ans inti­tule son ouvrage Géopoésie, je suis un peu réti­cent. Qui est ce jeune auteur qui vient mettre ses pas dans ceux de Kenneth White ?

Martin Wable est donc né en 1992 à Boulogne-sur-Mer et vit actuel­le­ment dans les Landes. Créateur avec Pierre Saunier de la revue cos­mo­réa­liste (encore une autre éti­quette) Journal de mes Paysages, il a publié La Pinède (2012), Snobble et Le Livre de Wod (2015) aux édi­tions maelstrÖm, et Prismes (2014) aux édi­tions de la Crypte. Géopoésie a reçu en 2015 le prix de la voca­tion de la fon­da­tion Bleustein-Blanchet.

Mais ici l'étiquette n'est pas usur­pée, la voie indi­quée par Kenneth White pour une géo­poé­tique comme ouver­ture au monde n'est pas détour­née par Martin Wable. Ce livre fonc­tionne comme un jour­nal de lieux et d'inspirations, sans date, juste quelques notes prises à la volée lors de "jour­nées cos­mo­réa­listes". Cosmoréalisme et géo­poé­tique ou com­ment pla­cer la poé­sie au croi­se­ment pré­cis entre le lieu et l'homme. Des lieux comme Rouen, Boulogne, Hagetmau, Paris, Athènes, Barcelone.

L'approche géo­cri­tique, c'est celle du géo­logue, du géo­graphe, dans le texte qui se com­pose. J'ai vou­lu le dire à Julie, ma petite amie : "Il faut faire beau, c'est la seule règle."

Martin Wable, s'interroge dans ces notes bien enten­du sur le rap­port de l'homme et de la nature :

Les lieux que nous visi­tons sont aus­si ceux de notre réso­nance com­mune, entre êtres humains qui se ren­contrent, s'exportent.

J'habite dans la pierre. Je ne le pen­sais pas, je m'y suis logé.

J'aime les poèmes qui parlent de roche et d'eau, de vent et de fleurs. Car le poème est, à tous les degrés de son incar­na­tion, le meilleur lieu, le meilleur moment pour sen­tir l'intransigeance d'un caillou, la sub­ti­li­té d'un mince cou­rant d'eau. C'est un lieu au calme, à l'abri du grand monde qui au-delà s'étend.

Il ques­tionne aus­si la pra­tique de la poé­sie :

J'ai rêvé d'écrire une poé­sie qui parle de gra­viers au soleil. Le silence ne serait rom­pu que par d'énigmatiques ins­tants : dès hommes réels ou encore, rien de pré­cis, des colo­ra­tions de la lumière. Une poé­sie où l'on revient plus que d'où l'on fuit.

Lire, c'est savoir repeindre le pay­sage de nos émo­tions. Et c'est l'oublier avec pré­cau­tion.

Et, au détour des pages de Martin Wable, on y ren­contre beau­coup d'écrivains et d'artistes car sa géo­poé­sie se fonde aus­si sur la lec­ture d'anciens comme Platon, Rûmi, Mahmoud Darwich, Neruda, Pessoa, Yves Bonnefoy, mais aus­si de plus jeunes comme François Gravelines, Maha Ben Abdeladhim ou Antoine Wauters. Mais aus­si la pein­ture de Miro, les ins­tal­la­tions de Hratch Arbach, la musique de Nick Cave.

Victor Hugo, c'est aujourd'hui et main­te­nant. Demain ce sera le futur et vien­dront autant de pro­phètes qu'il y eut d'habitants. Ils se sont réin­car­nés ? Denis Roche a man­gé Allen Ginsberg qui a man­gé Walt Whitman qui s'est endor­mi au bord du fleuve.

Vivre dans un poème, c'est recon­naître le milieu de tout ce qui se passe en soi. J'ai vécu dans un poème avec Julie un ins­tant. Nous avons échan­gé nos thés et une éclair­cie s'est faite sur le bou­le­vard.

Le prix de la voca­tion en poé­sie récom­pense donc un jeune auteur pro­met­teur. Martin Wable s'inscrit dans la lignée d'auteurs comme Cédric Demangeot, Déborah Heissler, ou Laura Vasquez qui ont confir­mé par la suite tout leur talent. Nul doute que celui de Martin Wable se ver­ra lui aus­si confir­mé dans les années à venir.

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