Philippe Mathy, poète belge né en 1956, partage sa vie entre la Bel­gique et Pouil­ly-sur-Loire en Bour­gogne Niver­naise. Ce n’est donc pas éton­nant qu’il aime à col­lec­tion­ner les instants passés au bord de la Loire. Son dernier ouvrage, inti­t­ulé Veilleur d’in­stants est d’emblée placé sous la pro­tec­tion de Cesare Pavese. Mais ce titre n’est pas sans rap­pel­er aus­si celui de Gilles Baudry Demeure le veilleur (penché sur l’horizon de la promesse)…

Un bel hom­mage à la Loire mais plus que cela, une belle com­mu­nion avec la nature pour se rap­procher de soi-même “Qui pleure en moi / que je ne con­nais pas ?”

Chez Mathy, cet hori­zon de la promesse pour­rait être cette col­lec­tion d’in­stants qu’il accu­mule au bord du fleuve, comme une pêche mirac­uleuse, pour mieux approcher l’u­ni­versel voire l’éter­nel d’une forme con­struc­tive de la mélan­col­ie. Cette “Porte ouverte / sur des chemins per­dus”, sur cette “lumière désem­parée” et cette “attente dévastée / de nos espoirs”.

Philippe Mathy, Veilleurs d'instants, Editions l'herbe qui tremble Peintures de Pascale Nectoux Format 19,5x14cm 144 pages Prix 16€

Philippe MATHY, Veilleur d’in­stants, L’herbe qui trem­ble, Pein­tures de Pas­cale Nec­toux, 2017, 144p.,16€ ;

Où vont nos jours ? 
Où vont nos nuits ?

Où se retrouver, 
quand les jours sont 
des bar­ques trouées, et que l’on est incapable 
de marcher sur les eaux ?

Nous avançons, 
le cœur en miettes.

Peut-être
faut-il l’of­frir aux oiseaux, pour qu’avec leurs chants, 
revi­enne la lumière.

La Loire “jeune fille espiè­gle qui se déhanche entre les îles.” et qui “n’a pas oublié les châteaux de sable de son enfance” (ces fameux bancs de sable où ” Y nichent des oiseaux / venus d’Afrique / blancs comme la mémoire / où demain jet­tera son encre

Mais le fleuve est aus­si une fenêtre don­nant sur de nom­breuses lumières et d’e­spaces à explor­er. Lumière coulant au bord de l’eau où l’au­teur “dans les clapo­tis de la rive” souris “Aux con­fi­dences de l’eau”.

Pier­res du chemin, 
comme des graines 
en fla­grant délit de printemps.

Elles n’osent pas germer, 
au risque 
de trouer nos âmes.

Philippe Mathy nous résume sa démarche d’écri­t­ure en un seul poème :

Bribes de mots
cueil­lis aux alentour 

On les porte 
au-dedans de soi 

On fait silence 
pour écouter ce qu’ils disent 

Par­fois
ils nous offrent un poème 

Quand nous le lisons
nous décou­vrons les alen­tours.

C’est bien cela qu’il faut rechercher dans la lec­ture de la poésie : les alen­tours du poème.

Au bord du fleuve, se laiss­er tra­vers­er “Peut-être pour te laver / du temps qui va”. Regret­ter peut-être l’ab­sence de l’hiv­er dans ces saisons au bord du fleuve.

Philippe Mathy, en veilleur de ces instants de silence, ces pas­sages de lumières, “Couché sur le sol / tu roules entre tes doigts / un frag­ment d’herbe sèche / / Tu t’abreuves  au lait bleu du ciel”, sait mag­nifique­ment nous relater ces instants qui devi­en­nent les nôtres dès la pre­mière lec­ture. Dans cette alter­nance de poèmes et de petites pros­es poé­tiques, ponc­tuées des très belles pein­tures de Pas­cale Nec­toux, il y a tout du bon moment à partager.

Et moi aus­si couché sur le sol, sous le soleil, loin du fleuve, je me laisse emporter par la présence paresseuse de la poésie de Philippe Mathy qui fait du bien dans ces moments effrénés.

mm

Denis Heudré

né en 1963 à Rennes, denis heudré cul­tive son jardin dis­cret dans un coin de la web­sphère sur son site inter­net