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Philippe Mathy, Veilleur d’instants

Par | 2017-12-27T03:58:40+00:00 24 novembre 2017|Catégories : Critiques, Philippe Mathy|

Philippe Mathy, poète belge né en 1956, par­tage sa vie entre la Belgique et Pouilly-sur-Loire en Bourgogne Nivernaise. Ce n’est donc pas éton­nant qu’il aime à col­lec­tion­ner les ins­tants pas­sés au bord de la Loire. Son der­nier ouvrage, inti­tu­lé Veilleur d’instants est d’emblée pla­cé sous la pro­tec­tion de Cesare Pavese. Mais ce titre n’est pas sans rap­pe­ler aus­si celui de Gilles Baudry Demeure le veilleur (pen­ché sur l’horizon de la pro­messe)…

Un bel hom­mage à la Loire mais plus que cela, une belle com­mu­nion avec la nature pour se rap­pro­cher de soi-même “Qui pleure en moi /​ que je ne connais pas ?”

Chez Mathy, cet hori­zon de la pro­messe pour­rait être cette col­lec­tion d’instants qu’il accu­mule au bord du fleuve, comme une pêche mira­cu­leuse, pour mieux appro­cher l’universel voire l’éternel d’une forme construc­tive de la mélan­co­lie. Cette “Porte ouverte /​ sur des che­mins per­dus“, sur cette “lumière désem­pa­rée” et cette “attente dévas­tée /​ de nos espoirs”.

Philippe Mathy, Veilleurs d'instants, Editions l'herbe qui tremble Peintures de Pascale Nectoux Format 19,5x14cm 144 pages Prix 16€

Philippe MATHY, Veilleur d’instants, L’herbe qui tremble, Peintures de Pascale Nectoux, 2017, 144p.,16€ ;

Où vont nos jours ?
Où vont nos nuits ?

Où se retrou­ver,
quand les jours sont
des barques trouées, et que l’on est inca­pable
de mar­cher sur les eaux ?

Nous avan­çons, 
le cœur en miettes.

Peut-être
faut-il l’offrir aux oiseaux, pour qu’avec leurs chants, 
revienne la lumière.

La Loire “jeune fille espiègle qui se déhanche entre les îles.” et qui “n’a pas oublié les châ­teaux de sable de son enfance” (ces fameux bancs de sable où ” Y nichent des oiseaux /​ venus d’Afrique /​ blancs comme la mémoire /​ où demain jet­te­ra son encre

Mais le fleuve est aus­si une fenêtre don­nant sur de nom­breuses lumières et d’espaces à explo­rer. Lumière cou­lant au bord de l’eau où l’auteur “dans les cla­po­tis de la rive” sou­ris “Aux confi­dences de l’eau“.

Pierres du che­min, 
comme des graines
en fla­grant délit de prin­temps.

Elles n’osent pas ger­mer,
au risque
de trouer nos âmes.

Philippe Mathy nous résume sa démarche d’écriture en un seul poème :

Bribes de mots
cueillis aux alen­tour 

On les porte
au-dedans de soi

On fait silence
pour écou­ter ce qu’ils disent

Parfois
ils nous offrent un poème 

Quand nous le lisons
nous décou­vrons les alen­tours.

C’est bien cela qu’il faut recher­cher dans la lec­ture de la poé­sie : les alen­tours du poème.

Au bord du fleuve, se lais­ser tra­ver­ser “Peut-être pour te laver /​ du temps qui va“. Regretter peut-être l’absence de l’hiver dans ces sai­sons au bord du fleuve.

Philippe Mathy, en veilleur de ces ins­tants de silence, ces pas­sages de lumières, “Couché sur le sol /​ tu roules entre tes doigts /​ un frag­ment d’herbe sèche /​ /​ Tu t’abreuves  au lait bleu du ciel“, sait magni­fi­que­ment nous rela­ter ces ins­tants qui deviennent les nôtres dès la pre­mière lec­ture. Dans cette alter­nance de poèmes et de petites proses poé­tiques, ponc­tuées des très belles pein­tures de Pascale Nectoux, il y a tout du bon moment à par­ta­ger.

Et moi aus­si cou­ché sur le sol, sous le soleil, loin du fleuve, je me laisse empor­ter par la pré­sence pares­seuse de la poé­sie de Philippe Mathy qui fait du bien dans ces moments effré­nés.

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