Clara Calvet, Le pèlerinage du temps

Par |2020-12-21T10:08:33+01:00 21 décembre 2020|Catégories : Clara Calvet, Critiques|

A qui veut s’ini­ti­er à l’er­rance en poésie, Clara Cal­vet offre l’oc­ca­sion d’une belle décou­verte. Mais aupar­a­vant, bien penser à se dépren­dre de toute grille de lecture. 

Ne pas chercher à tout com­pren­dre, plutôt se laiss­er sur­pren­dre par ses allers et retours à tra­vers les temps, les pays, le je, le tu, le nous, les mythes. Ne pas crain­dre de crois­er ici Oum Kalsoum, Oreste le fils d’Agamem­non, la déesse Lyssa, les Vivian Girls de Hen­ry Darger.

Ici, fini les cauchemars du col­lège à dénouer chaque syl­labe d’un poème, se laiss­er aller unique­ment au ressen­ti, aux portes que les mots peu­vent ouvrir dans nos esprits « Je lisais, / je lisais sans / / com­pren­dre. / Et les mots, peu à peu, / / s’at­tachaient à moi. ». Se laiss­er porter par ce flux hétéro­clite comme dans les rêves tout mélangés.

Mais surtout ne pas aban­don­ner devant la dif­fi­culté. Car il n’y a pas de rai­son, dans toutes les obscu­rités la poésie doit se ris­quer. Chercher quelques pris­es. Quand je ne sais par où com­pren­dre un recueil de poèmes, je me mets à chercher les trois points d’ap­pui néces­saires à l’équili­bre de l’escaladeur : ici ce pour­rait être : mythes, spir­i­tu­al­ité et exclu­sion, avec son cortège « Des inutiles, des / Incer­tains et des / pau­vres, / des êtres libres entre les / cail­loux. ». Cela me per­met de progresser.

Clara Cal­vet, Le pèleri­nage du temps, L’ate­lier de l’ag­neau , 2020, 76p, 15€.

Les mythes sont les embar­ca­tions qui nous con­duisent dans ce pèleri­nage du temps, « Sans rite / et sans / rit­uel. », cette errance méditer­ranéenne et ori­en­tale « Seul le som­meil / des cyprès / bat­tait la mesure ». Avec pour seuls accom­pa­g­nants l’om­bre et la lumière « L’opac­ité, elle, me sied, / m’emmure, / / Car c’est dans cet / abrupt final que pointe / l’au­rore  / et tous ses arti­fices, / sa demeure, sa douceur, sa foi / pas­tels. »

Les zones d’om­bre sont les sac­ri­fices, les crimes qui répan­dent leur sang dans cette mytholo­gie grecque. « Le glaive s’annonçait/ ter­ri­ble / Et une peur enfan­tine / tor­dait le ven­tre / des inno­cents. »

On ne saura pas qui est cette indi­gente « Absolue récal­ci­trante / d’un avenir / réprimé, révolu, radieuse / d’un passé son­né » ni cette innom­mée. Mais à tra­vers elle, l’on aperçoit tous les « excLu ». Il n’y a aucune litanie lanci­nante dans cette liturgie, juste du rythme dans le chant. 

Avec donc les mythes en fil­igrane, l’autrice n’hésite pas à dire le monde tel qu’il est de nos jours : « Les intel­los s’émer­veil­lent  / (de tout) / tou­jours, / / Quand les guer­res / s’a­mon­cel­lent, / s’an­non­cent. / / Aux cris d’or­fraie, / les poètes / se font petits / / Comp­tant et / trébuchant, si morts / de leurs maux. / /  Ne plus savoir être / / terre / d’ac­cueil­lir  / / m’a démolie.  / / Être repous­soir,  / / qui s’en con­tente ? »

Le temps est res­pi­ra­tion. Le temps est manque aus­si. Le temps est pas, est sable sous le pas. Le temps est leurre. Le seul tra­vail du poète est de faire propo­si­tion de lumière et Clara Cal­vet s’y attache avec une belle réus­site. « Retourn­er à la / foule soli­taire / nous effrayait / Tous, et pour­tant, / / d’un pas pressé, / Nous y allions. / / Comme bulles de verre, / / Sans autre direc­tion / / que le néces­saire / attrait pour la lumière / promise / — aux con­fins du soleil — / orangée et lasse. »

Mais je n’ai sans doute pas tout dit sur cet ouvrage de Clara Cal­vet, récem­ment pub­lié chez Françoise Favret­to et son ate­lier de l’ag­neau. Il ne faut pas tout dire, il faut laiss­er le lecteur ou la lec­trice emboîter à sa guise le pas de ce pèleri­nage. Et trou­ver sa pro­pre vérité en ces lignes où ailleurs avec ces mots. Car comme dis­ait Paul Quéré « Tout est dit, sem­ble-t-il. Reste pour­tant la manière de ne pas le dire. »

 

Présentation de l’auteur

Clara Calvet

Clara Cal­vet est une poétesse française.

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Denis Heudré

né en 1963 à Rennes, denis heudré cul­tive son jardin dis­cret dans un coin de la web­sphère sur son site inter­net

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