> Perrine Le Querrec, Ruines

Perrine Le Querrec, Ruines

Par | 2018-04-06T15:03:35+00:00 6 avril 2018|Catégories : Essais & Chroniques, Perrine Le Querrec, Unica Zürn|

C’est une poé­sie noire, un drame poé­tique que nous pro­pose Perrine Le Querrec, avec Ruines, publié aux édi­tions Tinbad. Une poé­sie déran­geante, fouillant le glauque, le sor­dide d’une vie de souf­france et de la rela­tion de folie amou­reuse et créa­trice entre Unica Zürn et Hans Bellmer.

Unica Zürn était une artiste et écri­vaine d’origine alle­mande, née en 1916 et proche des sur­réa­listes fran­çais. A par­tir de 1953, elle entame à Paris une rela­tion des­truc­trice avec le plas­ti­cien Hans Bellmer. C’est cette rela­tion, étu­diée à par­tir de leur cor­res­pon­dance, que Perrine Le Querrec inti­tule Ruines.

Voici ce que dit l’auteure dans sa note d’intention : “J’écris par la voix d’Unica. Je pose des mots, les reprends, les sous­traie au regard lorsqu’elle s’enfonce dans l’obscur de la psy­chose, lorsque les trai­te­ments obli­tèrent son lan­gage. J’écris concis, por­tée par la fra­gi­li­té d’Unica, for­cée par le res­pect de ces per­son­na­li­tés balayées par de trop grands vents.” Il ne s’agit donc pas d’une bio­gra­phie et dans sa post­face Manuel Anceau résume très bien cette écri­ture : “Le Querrec écrit avec les ongles longs de qui laisse pous­ser au bout de ses doigts cet accent de véri­té qu’on vou­drait par­fois limer, ne pas entendre, mais qu’intraitable notre écri­vain fait si sou­vent cris­ser sur ce qui est moins une marge qu’un mur“.

 

Perrine Le Querrec, Ruines, Tinbad poésie, 2017, 64p, 12€

Perrine Le Querrec, Ruines, Tinbad poé­sie, 2017, 64p, 12€

La mise en page de cet ouvrage colle par­fai­te­ment aux fra­gi­li­tés psy­cho­lo­giques d’Unica, mais aus­si sans doute aus­si à celle de Hans Bellmer faite de pas­sion per­verse et de vio­lence morale. Mais il n’y a ici aucun juge­ment, juste la volon­té d’explorer une folie créa­trice entre deux artistes.
C’est le fait de fouiller dans le sor­dide de cette rela­tion de pas­sion des­truc­trice qui dérange  “Les racines du mal qui /​ sou­lèvent Unica, la fendent, !a ruinent.” Mais le poète est là aus­si pour explo­rer les abîmes “Chacun a sa lisière, l’abîme au bord du cœur.” Aimer à la folie, ce n’est pas qu’un pétale de mar­gue­rite, c’est aus­si une pierre tom­bale au Père

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