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Henri Droguet, Grandeur nature

Par |2021-01-21T08:02:50+01:00 21 janvier 2021|Catégories : Critiques, Henri Droguet|

Pour dire la gran­deur de la nature, il fal­lait bien un auteur comme Henri Droguet, tra­vaillant dans toute la gran­deur de la langue, arpen­tant de long en large, mais aus­si en hau­teur et pro­fon­deur les arcanes du voca­bu­laire de son écri­ture exi­geante à base de « tri­co­tis et remaillures ».

Mais ici, pas de vision roman­tique de la nature, plu­tôt les bour­rasques, chaos et orages, « méca­nique errante des déluges », là où planent « chou­cas, freux, cor­neilles »

La nature et ses bou­le­ver­se­ments, ses cata­clysmes, dans un ouvrage tout en tur­bu­lences et tohu-bohu lan­ga­gier, nous emme­nant vers l’abstraction d’un désordre soi­gneu­se­ment tra­vaillé. Mais le poète ne craint pas les élé­ments déchaî­nés, il est tou­jours à la bonne taille. Grandeur nature pour obser­ver l’ordonnancement du vivant et des pen­sées humaines.

Henri Droguet s’adonne au jeu jubi­la­toire avec la langue, comme une invi­ta­tion à rou­vrir les dic­tion­naires, pour des mots que les logi­ciels de cor­rec­tion ortho­gra­phique ne connaissent pas comme lan­tur­lus, émis­sole, licher, badi­goinces, ébrais, pani­caut, van­vole, tre­tous, etc. Même le tout-puis­sant Uncle Google n’a jamais eu vent de ses dérin­çures. Belle per­for­mance. Car la poé­sie peut aus­si jouer un rôle dans la pré­ser­va­tion des mots peu usi­tés. Si tous les mots sont dans la nature, toute la nature est dans les mots d’Henri Droguet. La poé­sie est aus­si un com­bat contre l’uniformisation du langage.

Henri Droguet, Grandeur nature, Rehauts 2020, 82 p., 16€.

Poète né à Cherbourg, face au vent et aux embruns, les deux pieds désor­mais posés sur son socle her­cy­nien gra­ni­tique bre­ton, qu’il a choi­si pour un enra­ci­ne­ment des plus solides, Henri Droguet se plaît à tour­ne­bou­ler les rythmes pour cham­bou­ler notre per­cep­tion de lec­teur. Il s’intéresse à toute la machi­ne­rie des élé­ments, la mer, l’orage, etc. Quand « les jours sont tout noirs », quand « il pleut de l’ombre », Henri Droguet les voit « dans la poche du diable ».

Pas de nature sans ani­maux, sans oiseaux « buse … cour­lis van­neaux tour­ne­pierres », sans insectes « lucane redou­ta­ble » et « gen­darmes pyr­rho­co­ris apte­rus ». Minéral et végé­tal itou. Sans oublier l’espace et les étoiles ses « belles taci­turnes ». Mais la nature c’est aus­si l’amour « L’amour qui est /​ l’autre nom du ver­tige »,  la mort « car mou­rir s’apprend

 

                     ça prend

                                     toute une vie 

 

Quand, dans ce siècle, l’intelligence arti­fi­cielle reste bien à sa place, dans l’artificiel et le super­fi­ciel, la poé­sie d’Henri Droguet ne fait que nous grandir.

 

Présentation de l’auteur

Henri Droguet

Henri Droguet est né le 29 octobre 1944 à Cherbourg. Poète fran­çais, il passe son enfance et son ado­les­cence à Cherbourg, puis il pour­suit des études supé­rieures de lettres à Caen de 1962 à 1970. Il habite Saint-Malo, où il fut ensei­gnant jusqu’en 2004

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Denis Heudré

né en 1963 à Rennes, denis heu­dré cultive son jar­din dis­cret dans un coin de la web­sphère sur son site inter­net

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