> Fil de lecture sur Guenane, Jacques Josse et Le Golvan

Fil de lecture sur Guenane, Jacques Josse et Le Golvan

Par |2018-08-19T00:40:39+00:00 5 mai 2016|Catégories : Critiques|

 

Fil de lec­ture autour de la micro édi­tion poé­tique avec trois édi­teurs pas­sion­nés par leur rôle de pas­seur de poé­sie : Yves Perrine pour les édi­tions La Porte, Julien Bosc pour les édi­tions le phare du cous­seix et Gilles Plazy pour les édi­tions la Sirène étoi­lée. Trois édi­teurs pour trois auteurs pleins de talents qui méritent d'être décou­verts, bien que ne figu­rant pas dans les listes de best sel­ler des librai­ries.

 

Guénane – Au-delà du bout du monde

Au-delà du bout du monde il y a « la fin de la terre » qui « n'est pas le début du ciel ».
Au-delà du bout du monde il y a les « houles des Cinquantièmes Hurlants » et autres lieux pétris de notre ima­gi­naire.
Au-delà du bout du monde il y a le nom insub­mer­sible de Magellan.
Au-delà du bout du monde on peut « embar­quer pour l'australité » vers des « tor­tures géo­gra­phiques » et une « lumière crue ».
Au-delà du bout du monde il y a des cor­mo­rans des alba­tros, ces poètes qui « déploient leurs talents » « dans le lit du vent ».
Au-delà du bout du monde il y a les « lubies du Williwaw » cette « gifle des­cen­due des Andes ».
Au-delà du bout du monde il y a des « cou­rants qui se contre­disent » et des mots à y « cha­lu­ter ».
Au-delà du bout du monde il y a des « marins et poètes » « pas­seurs de peines ».
Au-delà du bout du monde il y a une langue yaghane qui se meurt aux bord des « eaux mil­lé­naires » où leurs barques savent « décryp­ter les silences ».
Au-delà du bout du monde il y a « l'éternité à notre por­tée ».
Au-delà du bout du monde il y a encore les cica­trices de la colo­ni­sa­tion « Monsieur Darwin lequel fut pour l'autre l'animal ? ».
Au-delà du bout du monde il y a le « conti­nent qui recule » et la « terre qui s'amenuise ».
Au-delà du bout du monde il y a mille rai­sons de s'interroger « à quand remonte la souf­france du monde ? » « avons-nous depuis appris à voir ? » « Et vous, quelles traces lais­se­rez-vous ? ».
Au-delà du bout du monde il y a comme une alerte, le « toc­sin avant col­lapse ».
Au-delà du bout du monde il y a la poé­sie de Guénane, la belle « poé­sie en voyage » de Yves Perrine.
Au-delà du bout du monde doit se pla­cer le poète.

 

Guénane
Au-delà du bout du monde
éd. La Porte – Poésie en voyage
2015
35 p
3€80 (abon­ne­ment 21€ pour 6 numé­ros à l'adresse Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 Laon)

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Jacques Josse – Au céli­ba­taire, retour des champs

En treize poèmes datés du 25.11.2013 au 13.03.2014, Jacques Josse pour­suit son tra­vail d'élégie aux petites gens, dans un petit ouvrage, édi­té par Julien Bosc dans un for­mat qui n'est pas sans faire pen­ser aux pla­quettes rouges des édi­tions Wigwam, qu'animait Jacques Josse il y a quelques années.

Jacques Josse, « arpen­teur de soli­tudes » selon le regret­té Ronald Klapka, évoque ici avec pudeur le quo­ti­dien d'un de ces ano­nymes à la « vie rêche », comme hors du temps au « visage tor­tu­ré » et aux « yeux éteints », un de ces trans­pa­rents qui tra­versent le monde avec « sa part de ténèbres. Son feu inté­rieur ». Ces gens de la cam­pagne avec « l'horizon à hau­teur des talus », si sou­vent moqués et pour­tant si rem­plis d'humanité et à l'âme toute aus­si noble.

[…]

Demande au che­val mort
qui tire depuis tou­jours dans sa mémoire la même
      char­rue aux socs usés
de conti­nuer à lui labou­rer le crâne
pour y semer ces idées noires
que les cor­beaux déter­re­ront dès l'aube.

Comme tou­jours, Jacques Josse com­pose en quelques courtes proses, une poé­sie en fines esquisses d'instants simples. On y retrouve donc les thèmes de la soli­tude, cette meur­tris­sure mor­telle, la mort, le deuil, bien sûr, tou­jours sous-jacents dans l’œuvre de Jacques Josse. La mort, cette éter­nelle ques­tion qui rend les hommes si fra­giles, jusqu'à les empor­ter.

Ici, le regard de l'auteur est bien­veillant. Et cette bien­veillance, sur ces habi­tants du monde sans plus de des­tin qu'un che­min ardu et quelques idées noires, fait plai­sir à lire dans le monde actuel si cynique.

 

 

 

Jacques Josse
Au céli­ba­taire, retour des champs
édi­tion le phare du cous­seix, 2015
16p 7€

 

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Nicolas Le Golvan – Psaume des psaumes

 

Avant d'ouvrir ce livre inti­tu­lé Psaume des psaumes, j'appréhende de ne rien y appré­hen­der jus­te­ment. J'ai peur que ma volon­té de me main­te­nir à l'écart de toute reli­gion me soit un han­di­cap pour appré­cier ce nou­vel ouvrage publié par les édi­tions La Sirène étoi­lée. Mais bon, je suis vite plon­gé dans la mort d'un David que l'auteur tient à ne pas pré­sen­ter pré­ci­sé­ment. Mais avec ce titre on est obli­gé de pen­ser à ce roi David, pré­sent à la fois dans la la Torah, la Bible et le Coran. Et si la poé­sie pou­vait réunir les trois reli­gions dans une même vision de la mort injuste ? Et si l'amour quel qu'il soit était chan­té par tous ?

David le bien aimé est mort. Son amant est par­ta­gé entre le désir de rendre hom­mage
« Comme si on devait aux morts ces égards et ces vers que per­sonne n'a don­né aux vivants » et celui de gar­der le silence  « Et pour­quoi donc par­ler ? /​ le silence suf­fit au feu à dis­po­ser de toi ». Il veut s'appliquer en choi­sis­sant ses mots « David, pauvre toi /​ je n'ai de poème pour enve­lop­per tes restes ». Des mots de poé­sie pour ce psaume. Psaume des paumes per­dues sans l'Autre, tou­jours mar­quées par le sou­ve­nir « ton nom écrit désor­mais dans ma paume, pauvre livre arra­ché de mes mains qui ne se lavent pas de ton nom ».

Des mots de poé­sie, quoi de mieux pour rendre les hon­neurs « les jolis mots qui rendent l'honneur, la beau­té à la vie, l'homme pour l'homme ». Des mots de poé­sie pour dire l'amour au delà de la mort « Je ne suis que l'ombre de mou­rir à l'ombre de ce reste de toi ».

Réflexion sur la mort aus­si  « Assez, David, je vais te dire ce qu'il en est de mou­rir car la mort est à charge des vivants », « pour l'homme qui meurt la lumière est exacte, l'arbre infa­ti­gable » et sur la fra­gi­li­té des hommes « David, com­bus­tible maigre jeté au grand feu des hommes » . Et la reli­gion « un monde fidèle, David ? Tu croyais ? com­ment peut-on croire encore ? ».

Ce psaume est une bien belle élé­gie d'amour « au débit de ton nom, David, je n'ai pas démé­ri­té », « je garde de toi ce qui n'est écrit dans aucun de tes livres, David » au delà de toute reli­gion et de toute culture.

 

 

 

Nicolas Le Golvan
Psaume des psaumes

édi­tions La Sirène étoi­lée
48p, 12€

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