> Fil de lecture de Denis Heudré – voyage entre le fleuve, l’espace et l’Islande

Fil de lecture de Denis Heudré – voyage entre le fleuve, l’espace et l’Islande

Par |2018-08-17T06:56:45+00:00 10 novembre 2015|Catégories : Critiques|

 

 

François Graveline – Les oiseaux du petit fleuve

 

Puisque la nais­sance est un envol, puisque le désir et la mort aus­si, cher­cher une expli­ca­tion dans le vol des oiseaux. « Un oiseau passe /​ la vie aus­si /​/​ tu n'en sais pas plus /​ sur elle que sur lui. »

Et puisque la vie coule vers son grand estuaire, voir dans chaque vague­lette pous­sée par le vent, un peu de la mémoire qui s'en va. « Sur le bord de la mémoire /​ les sou­ve­nirs font des rico­chets /​ et puis s'envolent. »

Le fleuve net­toie les pen­sées « Au bord du petit fleuve /​ ton cri /​ a jeté sa falaise ». Mais le mys­tère y est par­tout « L'énigme /​ est un galet /​/​ le rico­chet /​ une réponse. » L'envol de l'oiseau s'efface aus­si­tôt accom­pli, on rêve­rait qu'il en soit ain­si pour tous nos sou­cis. Mais étu­dier les oiseaux et le fleuve n'est-il pas regar­der vers l'avenir ? « Quand le ciel et la mer /​ se rejoignent en toi /​ de qui es-tu l'horizon ? »

François Graveline a obser­vé le fleuve près de l'océan et les nom­breux oiseaux y habi­tant. En nous accom­pa­gnant dans cet envol, il nous donne a lire une poé­sie brève, par petites touches, comme des petites haï­kua­relles peintes à même le voyage.

 

 

 

 

 

 

Valérie Rouzeau – Télescopages

 

Valérie Rouzeau aime téles­co­per les mots, les faire entrer en col­li­sion pour mieux les faire entrer en réso­nance. Et quand on lui pro­pose d'écrire à pro­pos d'un objet expo­sé au musée des Confluences de Lyon, c'est tout natu­rel­le­ment qu'elle choi­sit le frag­ment de la météo­rite Allende qui explo­sa sur terre le 8 février 1969 à 1h05 du matin.

Bien enten­du Valérie Rouzeau choi­sit la voie et la voix de la poé­sie et non pas celle de la science pour évo­quer tous les téles­co­pages pro­vo­qués par cette météo­rite. La science "c'est qu'on n'y com­prend rien on y pige fort mal". Alors plu­tôt convo­quer tout ce qui peut tom­ber : pétales, pot de fleurs, pile d'assiettes et puis la pomme bien sûr, dans 22 frag­ments mêlant ciné­ma,  BD, pein­ture et des clins d’œil à Eluard et Armand le poète. Car le téles­co­page est avant tout une ren­contre, et par­tout dans ce livre les ren­contres, entre Frida Kahlo et Rahan ou Galilée et Mr Bean par exemple, explosent en bulles créa­tives.

Pas de pro­pos savant donc mais la vision d'un quo­ti­dien impac­té par cette pierre venu de l'espace avec tout son char­ge­ment de signi­fiances. Quand la poé­sie se téles­cope avec la science…pour le plus grand bon­heur de la langue.

 

 

Elisabet Jokulsdottir – Solstice

D'Islande nous vient ce sol­stice, pour­tant plus habi­tué aux équa­teurs. Ce sol­stice nous évoque la cha­leur du corps et du désir. Le feu inté­rieur qui attire les corps comme les sources vol­ca­niques d'Islande. Le feu fémi­nin qui va jusqu'à effi­lo­cher les chan­dails. « Cet embra­se­ment se mue en flot de lumière, /​ puis-je main­te­nant cares­ser ta nuque. ». Le corps, la terre « issu de la terre, nul n'est plus terre que toi » pour une quête du bon­heur « Le bon­heur est de suc­com­ber à l'instant. »

 

Elisabet Jokulsdottir, artiste islan­daise enga­gée pour la pro­tec­tion de l'environnement, cho­ré­graphe, écri­vain et poète, exprime la puis­sance du désir en 102 dis­tiques bilingues élé­gam­ment enve­lop­pés dans les boî­tiers qui dis­tinguent la col­lec­tion Po&psy des édi­tions Eres.

 

 

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