> Georges Guillain, Parmi tout ce qui renverse

Georges Guillain, Parmi tout ce qui renverse

Par |2017-12-27T03:51:30+00:00 24 novembre 2017|Catégories : Critiques, Georges Guillain|

Avec Parmi tout ce qui ren­verse, Georges Guillain vient  ache­ver le cycle com­men­cé avec Compris dans le pay­sage (Potentille, 2010), com­plé­té par Avec la terre au bout (Atelier La Feugraie, 2011).

Cet ouvrage, Georges Guillain, habi­tué des ren­contres avec le public avec son Prix des Découvreurs, a sou­hai­té le divi­ser en trois par­ties, dont la troi­sième vise à appor­ter quelques pré­ci­sions sur son tra­vail et sur les cir­cons­tances de son écri­ture pour un peu accom­pa­gner le lec­teur sans vou­loir lui impo­ser quoi que ce soit. Georges Guillain pri­vi­lé­gie cette démarche de pas­seur qui dis­tri­bue quelques clés, plu­tôt que de se cou­per d’un lec­to­rat tou­jours dis­po­sé à décou­vrir la poé­sie contem­po­raine. Car sou­vent par trop de réfé­rences cultu­relles, cer­tains poètes se coupent d’un lec­to­rat poten­tiel qui se sentent per­dus à la lec­ture. Ici, tout le monde ne connaît pas le Libro dell’arte,  le châ­teau de Lacoste, ni la Via del lupa­nare, ni Aimé Bonpland, tous regrou­pés dans cet ouvrage par la magie de la poé­sie.

Nous sui­vons donc Georges Guillain dans un iti­né­raire lit­té­raire d’un « Il » poète. Pas for­cé­ment lui, pas for­cé­ment autre mais poète assu­ré­ment.

 

Georges GUILLAIN, Parmi tout ce qui renverse, Les Castor Astral - "Les Passeurs d'Inuits", 2017, 128p., 12€ ;

Georges GUILLAIN, Parmi tout ce qui ren­verse, Les Castor Astral – “Les Passeurs d’Inuits”, 2017, 128p., 12€ ;

On découvre un Il ama­teur de jar­dins, par­fois bota­niste, pro­fi­tant de ses voyages pour visi­ter les jar­dins, les parcs avec la curio­si­té et la patience du jar­di­nier des mots :

Patient /​ Il prend le temps
que lui vienne une pen­sée intacte s’appuyant
du dos sur le blanc d’un linge ou d’un cous­sin
pour tra­vailler comme une poutre
tra­vaille /​ main­te­nant le fra­gile édi­fice
de sa conscience qui se sou­vient
de la course des nuages du corps splen­dide à

 

                                                                                      tra­ver­ser

Le poète qui cherche l’inspiration dans les moindres détails du monde :

si fraîche tant aimée à pas lents Il
contemple la mer même si chaque plai­sir de l’eau
reste un geste fau­cheur”

ce début d’averse qui reco­lore /​ autour de lui les choses simples /​/​ autre­ment”

 Et le poète qui s’interroge sur son tra­vail, sur la défi­ni­tion même de la poé­sie quoi ? qui serait plus réel ou plus beau

mais comme le sou­hai­tait le poète /​ William Carlos Williams Il aime­rait /qu’écrire soit fait de ces mots lents et prestes /​ ouverts à l’attente et péné­trants jamais dis­traits /​ qui laissent la parole aux choses /​ non pour les vider d’invention de mou­ve­ment /​/​ pour en prendre mesure

 Patience et dis­cré­tion du poète, doutes et inter­ro­ga­tions aus­si :

enfin Il sait
qu’il n’occupe qu’un petit espace
ridi­cule sur le globe mais il entre
dans le tableau comme un grand
lépi­do­ptère lais­sant un peu de ses poudres

jaunes au gla­cis trom­peur des feuilles /​ bom­byx
ou machaon Il révise à son tour les échelles /​ Il
se fait peintre
                                                                                il a l’œil

alors /​/​ à l’intérieur /​ de lui /​/​ Il /​ conti­nue /​  de tom­ber /​ sans que per­sonne /​/​ l’entende

Toujours “aller content” à la recherche de la musique et de la lumière des mots :

sa langue lumière
Il ne la retient plus pri­son­nière depuis long­temps

Et donc après cette pré­sen­ta­tion de Il dans la pre­mière par­tie, nous décou­vrons dans la deuxième quelques uns de ses poèmes. Beaucoup de voyages dans cette par­tie, mais pas pour col­lec­tion­ner les des­ti­na­tions, juste y cher­cher du sens à sa quête de “langue lumière“. Avec aus­si une varié­té dans la forme poé­tique et quelques jeux typo­gra­phiques  qui rompent toute mono­to­nie.

Le livre d’un pas­seur d’une poé­sie à faire décou­vrir.

 

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