Sam­my Sapin — Deux frères

Est-on jamais frère? Même frères, l’est-on vrai­ment? Fra­ter­nité (et soror­ité aus­si) veut-elle dire for­cé­ment mêmeté d’être? Sam­my Sapin, dans son ouvrage “Deux frères”, pub­lié en Pold­er n°171, ne s’attaque pas à cette analyse philosophique. Il fait mieux, il en fait de la poésie en croisant deux des­tins et en les décré­tant frères.

Deux frères sans réelles ressem­blances : Lud­wig Wittgen­stein (1889–1951) et Charles Bukows­ki (1920–1994). Pas beau­coup de points com­muns, juste peut-être deux tra­jec­toires dans le siè­cle autour de la mort. Aus­si sans doute, deux influ­ences impor­tantes sur les écrivains actuels.

Adepte de la realpo­et­ik, Sam­my Sapin, poète lyon­nais né à Caluire et Cuire, nous pro­pose donc deux biogra­phies pour le prix d’une. Dans un style flu­ide, sans juge­ment, sans point­er ni bien ni mal, sans chercher à tout prix les rap­proche­ments, deux biogra­phies en miroir d’hommes lucides sur la vie et sur eux-mêmes.

Sammy SAPIN, Deux frères, Polder 171, 64 pages, 6€

Sam­my SAPIN, Deux frères, Pold­er 171, 64 pages, 6€

 

A l’âge de huit ans Wittgen­stein se posa
sa pre­mière ques­tion sérieuse :
“Pourquoi dire la vérité
quand il est préférable de mentir?”
Il lui parut alors
que la vérité n’é­tait pas nécessaire
si per­son­ne d’autre que lui
ne pou­vait la distinguer
du men­songe. Les ques­tions d’éthique
le pour­suivirent
toute sa vie.

[…]

Le jour vînt
où Bukows­ki
ne pleu­ra pas
en se faisant corriger
par son père.
Ce jour-là, il sut
qu’il con­naî­trait
un des­tin excep­tion­nel.

Incom­pris sûre­ment, Wittgen­stein, le logi­cien her­mé­tique au livre unique et Bukows­ki le flam­boy­ant dégueu­lasse aux nom­breux ouvrages de soli­tude et de déprime, d’alcool, sexe et drogue ‘n roll. En hom­mage à ces deux frères dans l’in­com­préhen­sion, Sam­my Sapin leur offre une belle place dans la col­lec­tion Polder.

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Denis Heudré

né en 1963 à Rennes, denis heudré cul­tive son jardin dis­cret dans un coin de la web­sphère sur son site inter­net