> Iraj Valipur, Zabouré Zane, femmes postmodernes d’Iran en 150 poèmes (1963-2013)

Iraj Valipur, Zabouré Zane, femmes postmodernes d’Iran en 150 poèmes (1963-2013)

Par |2018-08-15T17:24:14+00:00 17 février 2015|Catégories : Critiques|

 

     Sous le titre Zabouré zane (lit­té­ra­le­ment « psaumes au fémi­nin »),  voi­ci un essai très fouillé sur  la poé­sie fémi­nine post­mo­derne d’Iran. L’auteur en est l’anthropologue Iraj Valipour qui nous pro­pose, ici, d’entrer dans l’univers de ces poètes de la contre-culture ira­nienne que l’on connaît essen­tiel­le­ment par Internet et qui subissent régu­liè­re­ment – on s’en doute – les foudres des aya­tol­lahs de tout poil dans une socié­té demeu­rée fon­ciè­re­ment patriar­cale.

     Poésie « post­mo­derne » ? Oui, par réac­tion à la « poé­sie nou­velle » qui a certes cas­sé les codes clas­siques de l’écriture (notam­ment le dis­tique et la métrique) mais qui se can­tonne, en réa­li­té, dans un cer­tain confor­misme. A contra­rio, les « post­mo­dernes » ont choi­si de s’exprimer dans les cadres ances­traux de la pro­so­die et de la métrique, mais pour mieux les détour­ner.  « Elles chaussent les modèles jugés désuets de poé­sie en les revi­ta­li­sant avec force, fra­cas et humour », note Iraj Valipour. C’est le cas notam­ment du gha­zal (lit­té­ra­le­ment « parole amou­reuse »), genre lit­té­raire qui a connu son heure de gloire en Perse aux 13e et 14e siècles, par­fois proche de la mys­tique, mais qui a évo­lué, au fil du temps, vers des formes plus lyriques ou plus sati­riques.

     Les poé­tesses post­mo­dernes d’Iran en font leur miel, pui­sant dans la réa­li­té sociale et cultu­relle qui les envi­ronne, sans dédai­gner pour autant la tra­di­tion orale ou mys­tique, en par­ti­cu­lier sou­fie. L’auteur de cet essai cite notam­ment le cas de Sepideh Jodeyri (38 ans aujourd’hui) qui ini­tia ce « pas­sage de la poé­sie contem­po­raine à une poé­sie à contre-cou­rant ». Il ajoute à son pro­pos qu’elle veut « redon­ner saveur à Mowlânâ (le maître sou­fi Rumi)  en le réécri­vant à l’aune du cou­rant qui incarne au mieux sa mys­tique : le blues des anciens esclaves de la Louisiane ». Iraj Valipour en arrive à par­ler d’elle comme d’une « midi­nette trans­cen­den­tale (…) qui régé­nère le lan­gage et démy­thi­fie le ciel ».

     Dans cette mou­vance on trouve aus­si aujourd’hui Shimâ Shâsâvârân-Ahmadi (27 ans) qui peut écrire dans ses poèmes : « Que de piqûres  reçues mais pas d’autres issues/​piquée pour piquée vipère suis deve­nue ». Ou encore ceci : « En moi la vie bouillonne tant mon sein de secrets recèle/​dis moi l’initié le non-ini­tié sait-on à quoi cela tient ».

     Au total, une tren­taine de femmes sont pré­sen­tés dans ce livre, toutes âgées de 20 à 40 ans. Pour enri­chir son pro­pos, l’auteur de l’essai a fait appel à deux doc­to­rantes, dési­gnées sous deux pseu­do­nymes (Gita et Avaz), avec qui il engage un dia­logue fic­tif et polé­mique sur la poé­sie post­mo­derne. C’est la part « roman­cée » de cet ouvrage très éru­dit, sans doute un peu touf­fu, mul­ti­pliant les digres­sions et les réfé­rences de toute nature (au point qu’on a ten­dance, par­fois, à perdre le fil) mais qui ravi­ra toux ceux qui savent la grande richesse du ter­reau poé­tique ira­nien. Des femmes nous le rap­pellent aujourd’hui en s’exprimant « sous le man­teau » et en reven­di­quant une autre place pour la femme dans leur pays. « Prends dans tes bras ton unique bébé sou­ris/­se­coue-moi de la malé­dic­tion d’être une femme/s’armant de patience face aux jours et aux nuits », écrit Elhâm Mizbân, jeune femmes ira­nienne de 27 ans.

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