> Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie de François Cheng

Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie de François Cheng

Par |2018-10-19T16:24:56+00:00 4 novembre 2013|Catégories : Blog|

François Cheng : le poète et la mort

 

     Après ses Cinq médi­ta­tions sur la beau­té (Albin Michel, 2006), l’écrivain et poète François Cheng nous pro­pose aujourd’hui Cinq médi­ta­tions sur la mort. Des phi­lo­sophes et des poètes l’accompagnent dans sa réflexion. A com­men­cer par Rilke, dont il dit avoir été par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible à un poème de jeu­nesse : « Seigneur, donne à cha­cun sa propre mort ».

     La clé de toutes les médi­ta­tions pro­po­sées ici par François Cheng se trouve, en effet, dans ce texte. « Rilke, explique-t-il, émet l’ardent sou­hait que la mort de cha­cun soit une mort qui lui appar­tienne, parce que née de lui tel un fruit. Et il ne manque pas de le consta­ter, comme nous le fai­sons tous, que si le fruit tombe au sol, il se retrouve près des racines ; fécon­dant le sol, il par­ti­cipe au pou­voir  géné­ra­teur de celles-ci. Les racines sont à la fois le lieu de la mort et de la nais­sance ».

         François Cheng voit chez Rilke un « ren­ver­se­ment de pers­pec­tive » par rap­port à la mort. « Au lieu de dévi­sa­ger la mort à par­tir de ce côté de la vie, envi­sa­ger la vie à par­tir de la mort ». C’est véri­ta­ble­ment le fil conduc­teur de toutes ces médi­ta­tions. Il faut y voir aus­si, bien sûr, la marque d’un taoïsme que l’auteur reven­dique (le mou­ve­ment du Tao n’est pas linéaire mais cir­cu­laire). Pour autant, François Cheng ne se can­tonne pas à sa phi­lo­so­phie d’origine. Fortement impré­gné du mes­sage chré­tien, il pro­pose en réa­li­té des médi­ta­tions sur le thème de « la vie plus forte que la mort ». Face au nihi­lisme ambiant et face au grand mys­tère de l’univers (ses ori­gines, sa des­ti­née), Cheng s’écrie : « Il n’y a qu’une seule aven­ture, celle de la vie ».

     Mais qu’en est-il de Dieu ? Rappelant d’abord l’intuition du Tao, il sou­ligne que « un souffle de vie, à par­tir de rien, a fait adve­nir le Tout ». Souffle divin ? Sans doute. Si l’auteur approche Dieu dans ce livre,  c’est sur­tout pour dire que Dieu a besoin de nous, lui qui « garde le silence » mais qui laisse « l’univers en trans­for­ma­tion suivre jusqu’au bout la dyna­mique de son cours ». François Cheng cite Etty Hillesum : « Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi (…) Ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pou­vons t’aider, et ce fai­sant, nous nous aidons nous-mêmes ». Des mots qui viennent en écho à ce vers de Rilke (que Etty Hillesum lisait) : « Que feras-tu, Dieu, si je meurs (…) Moi absent, tu per­drais tout sens ».

                                                                                            …/​…

      Ce pari sur la vie n’élude pas, dans le livre, la lan­ci­nante ques­tion du sort des êtres chers dis­pa­rus. François Cheng croit en leur « pré­sence autre­ment ». Il cite Victor Hugo pro­non­çant un dis­cours devant la tombe de la fian­cée de son fils : « Oh ! Qui que vous soyez, qui avez vu s’évanouir dans la tombe un être cher, ne vous croyez pas quit­tés par lui. Il est tou­jours là. Il est à côté de vous plus que jamais ». Et dans sa cin­quième médi­ta­tion, François Cheng peut, lui-même, écrire ce poème : « Parfois les absents sont là/​Plus inten­sé­ment là/​Mêlant au dire humain/​Au rire humain/​Ce fond de gravité/​Que seuls/​Ils sau­ront conser­ver ».

          Méditer sur la mort, en effet, c’est bien sûr par­ler du corps et de l’esprit. C’est aus­si par­ler de l’âme (un mot que l’auteur n’hésite pas uti­li­ser). « La pers­pec­tive d’une sur­vie de l’âme est-elle conce­vable ? », inter­roge François Cheng qui n’entend pas répondre « par une sen­tence à la manière d’un juge ». Il dit à la fois son trouble et son espé­rance évo­quant « cer­tains faits par­ti­cu­liers ayant trait à l’âme et à la com­mu­nion des âmes » qui ont fini par le « tou­cher per­son­nel­le­ment ».

     Là encore il rejoint les convic­tions du chris­tia­nisme sur la « vie nou­velle » des dis­pa­rus et leur proxi­mi­té avec les vivants. Une approche par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible en Bretagne où les morts, on le sait, ne sont jamais loin de nous.

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