Claude Serreau, Résurgence ou les parenthèses du soir

Par |2022-03-06T07:45:50+01:00 28 décembre 2021|Catégories : Claude Serreau, Critiques|

Résur­gence : « réap­pari­tion à l’air libre, sous forme de grosse source, d’eaux infil­trées dans un mas­sif cal­caire » (Dic­tio­n­naire Larousse). La poésie de Claude Ser­reau est de cet acabit-là : elle fait sur­gir à la sur­face des pages des émo­tions enfouies par­fois frap­pées du sceau de la douleur et du cha­grin, pour en faire un bou­quet où tran­spire un inaltérable appétit de vivre et de dire le monde dans sa beauté.

Le poète n’avait-il pas par­lé dans un précé­dent recueil de « l’humus fer­tile de nos deuils » (Racines et frag­ments, Des Sources et des Livres, 2018). Il réédite aujourd’hui cette approche dans un recueil plus secret que le précé­dent, comme auréolé d’un halo de mystère.

Il com­mence le titre de tous ces livres par la let­tre R. Ce n’est pas un hasard. Claude Ser­reau vit et écrit dans la fidél­ité à René Guy Cadou. Et il sème dans ses livres des petits cail­loux qui nous ramè­nent au poète de Lou­is­fert. « Main­tenant les trains en par­tance, écrit Claude Ser­reau, n’assurant qu’au rythme du cœur/René Guy dirait à Hélène/au moment d’ouvrir ses cahiers/que les hor­loges n’ont qu’un sens/pour imprimer le fil des heures/sur les murs blancs de l’espérance (…) « J’ai cer­ti­tude d’avenir/quelques saisons peut-être pas », pour­suit-il. Le temps file, en effet, pour Claude Ser­reau (né en 1932). Il file dans la douleur d’une absence : « Chaque nuit/retrouver/le vide bien présent/l’inquiète solitude ».

Claude Ser­reau, Résur­gence ou les par­en­thès­es du soir, Des Sources et des Livres, 106 pages, 15 euros.

Dans une pré­face éclairante, Marie-Lau­re Jeanne Her­lé­dan nous dit que Claude Ser­reau « déplie son long poème à la vie, l’amour, la mie, la mort ». Poème à « celle qu’il a accom­pa­g­née et veil­lée ». Le poète par­le à l’absente, pousse son chant : « Je voudrais te crier/autant qu’il se pourra/t’envelopper te dire/je t’aime et t’ai aimée//puisqu’enfin avec toi/l’éternité s’étire/une fois recréée ».

Cette toile de fond de la sépa­ra­tion n’estompe pas la « marée de vie » ni l’espoir « qui renaît des souter­raines eaux ».Car dans l’univers de Claude Ser­reau (fait de résur­gences et de nappes phréa­tiques) la nature est tou­jours prête à « dévider sa toile ». Sous sa plume on décou­vre « un rideau coloré/cent arbres et mille fleurs/comme la mer à l’ouest/sans cesse élaborée/sous d’obscures étoiles ».  Et quand le print­emps est là, « on voit au mois de mai/Vénus et son parterre/d’étoiles revenues/au ciel don­ner le change ».

Présentation de l’auteur

Claude Serreau

Claude Ser­reau, est né à Les Sorinières en 1932. Enseignant, il a pub­lié une quin­zaine de recueils, depuis Raisons élé­men­taires , prix Théo Briand, en 1966, aux édi­tions Traces que dirigeait Michel-Fran­­cois Lavaur, à la revue duquel il a col­laboré pen­dant cinquante ans après avoir col­laboré à la revue Sources créée par Gilles Four­nel dans les années cinquante. 

© Crédits pho­tos (sup­primer si inutile)

Bib­li­ogra­phie

Pub­li­ca­tions aux édi­tions Traces :

Raisons élé­men­taires, 1966, prix Théo Briand
Réflex­ion pour la nuit, 1969
Récrire le temps, 1972
Ris­quer la lumière, 1975
Référence la terre, 1978
Rechant et mémoire ou les mots exsangues, 2002
Rumeur du vide, 2003
Rien ou presque, 2004
Réc­i­ta­tion des rites, 2006
Réma­nences, 2008
Réfrac­tions 2010 

Aux édi­tions le Petit Véhicule :
Recen­sion, mini-antholo­gie, 2006

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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