Yeats : le poète irlandais réédité

Par |2021-07-06T17:06:55+02:00 5 juillet 2021|Catégories : Critiques, William Butler Yeats|

Avril 2013, pour ce tout pre­mier arti­cle de Pierre Tan­guy sur Recours au poème.

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Prix Nobel de lit­téra­ture en 1923, William But­ler Yeats (1865–1939) nous revient en force, par la magie de la réédi­tion,  grâce à deux livres qui nous don­nent la juste mesure de son immense talent.

Le pre­mier – Le cré­pus­cule cel­tique – rassem­ble des his­toires et des légen­des pop­u­laires recueil­lies par l’auteur dans son île natale, à l’image de ce que firent, en Alle­magne, les frères Grimm ou, en Bre­tagne, Her­sart de la Ville­mar­qué et Emile Sou­vestre. Il s’agit, pour la plu­part, d’histoires que le Yeats avait enten­dues, quand il était enfant, dans le comté de Sli­go : réc­its faisant inter­venir des fées et des elfes, à moins qu’il ne s’agisse d’histoires plus prosaïques mais tou­jours mêlées à des croy­ances occultes.

C’est la volon­té de ranimer une forme de celtisme qui motive, à l’époque, le jeune auteur. Yeats a 28 ans quand la pre­mière édi­tion du Cré­pus­cule cel­tique est pub­liée. Il en a 37 lors de la deux­ième édi­tion (c’est l’objet du livre pub­lié aujourd’hui par un édi­teur bre­ton). « Dans ces nou­veaux chapitres, comme dans ceux plus anciens, je n’ai rien inven­té, écrit le futur Nobel, à l’exception de mes com­men­taires et d’une ou deux phras­es trompeuses afin d’éviter que les rela­tions du pau­vre con­teur d’histoires avec le dia­ble et ses anges, ou ce qui en tient lieu, soient con­nues de ses voisins ».

On retrou­ve cette « matière cel­tique » au cœur de la réédi­tion d’un choix de ses poèmes sous le titre Après un long silence. Les mythes pro­pres à son île et le patri­o­tisme qui la tra­verse (c’est l’époque de lutte de l’Irlande pour son indépen­dance) con­stituent la matrice de  nom­breux textes : « Médi­ta­tions en temps de guerre civile », « Pâques 1916 », « Les funérailles de Parnell »…

Mais il ne faut pas réduire Yeats au poète engagé pour son pays. Des événe­ments per­son­nels don­nent chair à de nom­breux textes. « Je t’apporte dans les mains respectueuses / Les livres de mes rêves innom­brables / Dame blanche que la pas­sion a usée / Comme le ressac use les sables gris-tourterelle », écrit-il dans « Un poète à sa bien-aimée ».

Lisant et relisant Yeats, lui qui fut aus­si bien influ­encé par le mou­ve­ment sym­bol­iste que par le théâtre nô japon­ais, com­ment ne pas être frap­pé par sa par­en­té spir­ituelle avec une cer­taine lit­téra­ture chi­noise ou japon­aise, comme dans ce poème écrit en 1890. « Je vais me lever et par­tir à présent, par­tir pour Innifree / Y con­stru­ire une petite cahute d’argile et de claies / J’y aurai neuf rangs de fèves, une ruche pour mes abeilles / et je vivrai seul dans la clair­ière bour­don­nant d’abeilles ». Cet engoue­ment pour la nature et la con­tem­pla­tion, pro­pre à de nom­breux poètes d’Extrême-Orient comme d’Extrême-Occident, se retrou­ve égale­ment dans ce poème écrit quar­ante ans plus tard, en 1936 : « Pein­ture et livre demeurent / Un arpent d’herbe verte / Pour pren­dre l’air et faire de l’exercice / A présent que s’en va la force du corps / Minu­it, une vieille mai­son / Où rien ne bouge qu’une souris ».

William But­ler Yeats avait le don de la sim­plic­ité mais aus­si la pleine con­science que la poésie devait nous men­er ailleurs : « On ne peut don­ner corps à quelque chose qui vous trans­porte, écrivait-il, si les mots ne sont pas aus­si sub­tils, aus­si com­plex­es, aus­si rem­plis de vie mys­térieuse que le corps d’une fleur ou d’une femme ».

Présentation de l’auteur

William Butler Yeats

William But­ler Yeats est un poète et dra­maturge irlandais.

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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