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Yeats : le poète irlandais réédité

Par |2018-10-16T20:44:04+00:00 27 avril 2013|Catégories : Critiques|

 

     Prix Nobel de lit­té­ra­ture en 1923, William Butler Yeats (1865-1939) nous revient en force, par la magie de la réédi­tion,  grâce à deux livres qui nous donnent la juste mesure de son immense talent.

     Le pre­mier – Le cré­pus­cule cel­tique – ras­semble des his­toires et des légendes popu­laires recueillies par l’auteur dans son île natale, à l’image de ce que firent, en Allemagne, les frères Grimm ou, en Bretagne, Hersart de la Villemarqué et Emile Souvestre. Il s’agit, pour la plu­part, d’histoires que le Yeats avait enten­dues, quand il était enfant, dans le com­té de Sligo : récits fai­sant inter­ve­nir des fées et des elfes, à moins qu’il ne s’agisse d’histoires plus pro­saïques mais tou­jours mêlées à des croyances occultes.

     C’est la volon­té de rani­mer une forme de cel­tisme qui motive, à l’époque, le jeune auteur. Yeats a 28 ans quand la pre­mière édi­tion du Crépuscule cel­tique est publiée. Il en a 37 lors de la deuxième édi­tion (c’est l’objet du livre publié aujourd’hui par un édi­teur bre­ton). « Dans ces nou­veaux cha­pitres, comme dans ceux plus anciens, je n’ai rien inven­té, écrit le futur Nobel, à l’exception de mes com­men­taires et d’une ou deux phrases trom­peuses afin d’éviter que les rela­tions du pauvre conteur d’histoires avec le diable et ses anges, ou ce qui en tient lieu, soient connues de ses voi­sins ».

     On retrouve cette « matière cel­tique » au cœur de la réédi­tion d’un choix de ses poèmes sous le titre Après un long silence. Les mythes propres à son île et le patrio­tisme qui la tra­verse (c’est l’époque de lutte de l’Irlande pour son indé­pen­dance) consti­tuent la matrice de  nom­breux textes : « Méditations en temps de guerre civile », « Pâques 1916 », « Les funé­railles de Parnell »…

     Mais il ne faut pas réduire Yeats au poète enga­gé pour son pays. Des évé­ne­ments per­son­nels donnent chair à de nom­breux textes. « Je t’apporte dans les mains res­pec­tueuses /​ Les livres de mes rêves innom­brables /​ Dame blanche que la pas­sion a usée /​ Comme le res­sac use les sables gris-tour­te­relle », écrit-il dans « Un poète à sa bien-aimée ».

       Lisant et reli­sant Yeats, lui qui fut aus­si bien influen­cé par le mou­ve­ment sym­bo­liste que par le théâtre nô japo­nais, com­ment ne pas être frap­pé par sa paren­té spi­ri­tuelle avec une cer­taine lit­té­ra­ture chi­noise ou japo­naise, comme dans ce poème écrit en 1890. « Je vais me lever et par­tir à pré­sent, par­tir pour Innifree /​ Y construire une petite cahute d’argile et de claies /​ J’y aurai neuf rangs de fèves, une ruche pour mes abeilles /​ et je vivrai seul dans la clai­rière bour­don­nant d’abeilles ». Cet engoue­ment pour la nature et la contem­pla­tion, propre à de nom­breux poètes d’Extrême-Orient comme d’Extrême-Occident, se retrouve éga­le­ment dans ce poème écrit qua­rante ans plus tard, en 1936 : « Peinture et livre demeurent /​ Un arpent d’herbe verte /​ Pour prendre l’air et faire de l’exercice /​ A pré­sent que s’en va la force du corps /​ Minuit, une vieille mai­son /​ Où rien ne bouge qu’une sou­ris ».

      William Butler Yeats avait le don de la sim­pli­ci­té mais aus­si la pleine conscience que la poé­sie devait nous mener ailleurs : « On ne peut don­ner corps à quelque chose qui vous trans­porte, écri­vait-il, si les mots ne sont pas aus­si sub­tils, aus­si com­plexes, aus­si rem­plis de vie mys­té­rieuse que le corps d’une fleur ou d’une femme ».

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