Bernard Perroy et Nathalie Fréour, Un rendez-vous avec la neige

Par |2020-05-06T11:04:35+02:00 6 mai 2020|Catégories : Bernard Perroy, Critiques, Nathalie Fréour|

Les poètes aiment la neige. Elle abolit tout, elle restau­re le silence, elle nous offre un autre regard sur le monde. Et nous invite au dépasse­ment. Bernard Per­roy nous le dit en une ving­taine de poèmes, accom­pa­g­nés par onze pas­tels de l’artiste Nathalie Fréour.

« Il a neigé tant de silence ». Bernard Per­roy, poète né à Nantes mais vivant aujourd’hui en Sologne, cite en exer­gue  de son livre le titre d’un recueil de Gilles Baudry (Il a neigé tant de silence, édi­tions Rougerie, 1985). Chez celui-ci, moine-poète de l’abbaye béné­dic­tine de Landéven­nec comme chez Bernard Per­roy, frère con­sacré à la com­mu­nauté catholique des Béat­i­tudes, il y a la même approche du silence. « En nous hiberne le silence, il  nous allège », écrit Gilles Baudry. « Roy­aume du silence,// tu nous éveilles, tu nous inter­pelles », souligne Bernard Per­roy qui, dans son recueil, fait de la neige le vecteur exclusif de ce silence. Une neige, qui au-delà du silence, nous ren­voie à la « pureté » et à une « immo­bile clarté ».

 

Un ren­dez-vous avec la neige, poèmes de Bernard Perroy, 
pas­tels de Nathalie Fréour, édi­tions L’enfance des arbres (2,
place vieille ville, 56  Hen­nebont), 50 pages, 13 euros. Bernard 
Per­roy pub­lie par ailleurs Paroles d’aube dans la nuit
(édi­tions La Porte).

 Car les pou­voirs de la neige, sous sa plume, sont immenses. Ceux « d’effacer », « d’abolir », de « voil­er ». La neige, dit encore Bernard Per­roy, nous « sacre », nous apprend la patience, « éponge notre soli­tude », « nous met au large ». Pro­pos métaphoriques sur les pou­voirs (insoupçon­nés) d’un phénomène météorologique. Car il s’agit bien, dans ces poèmes, de sig­ni­fi­er ce que la neige nous dit d’une forme de trans­fig­u­ra­tion voire de résurrection.

Empêtrés dans « les peaux mortes de nos âmes », dans « nos aspérités et nos lèpres », « nos cen­dres et nos scories »,nous sommes invités par le poète à « dépass­er nos peurs », à sur­mon­ter « les tumultes du cœur » et « notre soli­tude ». Il y a au bout du compte, dans la neige de Bernard Per­roy, quelque chose qui relève de cette manne céleste, immac­ulée,  seule à même de ras­sas­i­er nos « cœurs mendiants ».

Pour accom­pa­g­n­er cet appel, les pas­tels de Natal­ie Fréour appor­tent ce qu’il faut de douceur et de légèreté même si les sil­hou­ettes d’arbres morts, dans un paysage de neige, sont là pour mieux soulign­er toutes ces « peaux mortes » appelées à séch­er pour laiss­er place à de nou­velles floraisons.

Pré­façant un précé­dent ouvrage de Bernard Per­roy (Petit livre d’impatience, édi­tions Le Petit pavé, 2011), le poète Pierre Dhain­aut écrivait : « Bernard Per­roy nous donne à lire ces empreintes à peine mar­quées qui nous dis­ent qu’un enfant est passé dans la neige ». Ce sont ces empreintes-là que le poète a lais­sées sur les pages immac­ulées de son nou­veau recueil.

Pas­tel de Nathalie Fréour.

Présentation de l’auteur

Nathalie Fréour

Nathalie Fréour, artiste pein­tre et illus­tra­trice nan­taise est l’auteur de nom­breux albums. Elle a illus­tré les François Mau­ri­ac, Paul Claudel, Bernard Clav­el, Lisa Bres­ner, Hélène Cadou, François Cheng, Paul Élu­ard, Rain­er Maria Rilke… et a exposé à Paris, Bor­deaux, Milan, Lau­sanne, Toyoma…

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Présentation de l’auteur

Bernard Perroy

Bernard Per­roy est né en 1960. Depuis 1988, il pour­suit sa dou­ble voca­tion de poète et de frère con­sacré, et vit en Sologne. Bernard Per­roy a pub­lié une dizaine de recueils (Sac à mots, Al Man­ar, Petit Pavé, Ad Solem…) et des poèmes en revues (Arpa, Frich­es, 7 à dire, Les Cahiers du Sens…).

Bernard Perroy

Autres lec­tures

Bernard Perroy, La nuit comme le jour

C’est une belle col­lec­tion beige, dont peu à peu le ton s’affirme au sein des édi­tions du Nou­v­el Athanor. Une col­lec­tion qui réu­nit des poésies engagées en dedans de l’être. On l’avouera, Recours […]

Contre le simulacre : réponses de Bernard PERROY

Il me sem­ble que ”l’ac­tion” de la poésie passe d’abord par un ”mode d’être”. La poésie oppose un ”mode d’être” à tous les ”faire” que la vie de la Cité et nos sociétés occi­den­tales en par­ti­c­uli­er nous pro­posent. Le poète est un ”récep­tif”…

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Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017).

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