Bernard Perroy, La nuit comme le jour

Par |2018-01-04T00:26:22+01:00 15 juillet 2012|Catégories : Bernard Perroy, Critiques|

C’est une belle col­lec­tion beige, dont peu à peu le ton s’affirme au sein des édi­tions du Nou­v­el Athanor. Une col­lec­tion qui réu­nit des poésies engagées en dedans de l’être. On l’avouera, Recours au Poème a goût pour les poètes pub­liés là, autant que pour leurs pré­faciers. Ici, Gérard Pfis­ter, poète et par­fois édi­teur sous la sig­na­ture d’Arfuyen. Du reste, out­re Pfis­ter, les poètes qui pré­facent les dif­férents recueils de Per­roy nous sont chers : Jean-Pierre Lemaire, Gilles Baudry, Pierre Dhain­aut. Des écri­t­ures qui, ici, importent.
Les écri­t­ures de ces poètes tout comme celle de Per­roy s’inscrivent pour nous claire­ment dans ce que notre ami et proche col­lab­o­ra­teur Paul Ver­meulen s’attache à définir sous le con­cept de « poésie des pro­fondeurs ». Des poésies qu’un regard trop rapi­de qual­i­fierait sans doute de « religieuses », ce que nous con­te­stons. Il n’est pas de poètes religieux ou autres, chré­tiens ou musul­mans et cetera, cela ne sig­ni­fie rien. Mais il est des poésies ten­dant au quo­ti­di­en mod­erne par­fois, d’autres, et c’est le cas ici, plongeant au cœur de l’intimité uni­verselle de l’être. Ou alors, religieuses au sens de reliant le ciel et la terre. Qu’on lise les pre­mières lignes de la pré­face du poète Gérard Pfister !

Bernard Perroy, "La nuit comme le jour", préfacé par Gérard Pfister, Le Nouvel Athanor, 2012, 80 pages, 15 euros

Bernard Per­roy, La nuit comme le jour, pré­facé par Gérard Pfis­ter, Le Nou­v­el Athanor, 2012, 80 pages, 15 euros

Que nous dis­ent les poètes qui les rend si dan­gereux à la société, si impro­pres à la con­som­ma­tion, si fatals à eux-mêmes ? Que nous dis­ent les poètes qui les rend si inas­sim­i­l­ables à un sys­tème qui pour­tant sait tout assim­i­l­er, digér­er, déna­tur­er ? Que nous dis­ent les poètes qui les rend inac­cept­a­bles au monde, comme s’ils étaient là sim­ple­ment pour y met­tre le feu, trans­former en lumière toutes nos opac­ités, nos pesan­teurs, nos mol­less­es (…) Oui, tout le monde le sait bien, ce que dis­ent les poètes, et c’est pourquoi ils font si peur.

Car en effet la poésie fait peur. C’est pourquoi ce monde ridicule tente de la met­tre de côté, de l’exclure. Elle fait peur comme font peur les résis­tants paci­fiques et non vio­lents. Elle fait peur comme le résis­tant, celui qui a rai­son con­tre l’autoritarisme – et notre monde est sacré­ment autori­taire. La poésie fait peur, et c’est pourquoi elle est ignorée. Ou presque. Et si elle fait peur c’est que la poésie engage l’être en pro­fondeur, dans la beauté, la force et la sagesse de la vie. L’enjeu con­tem­po­rain de l’existence édi­to­ri­ale de la poésie n’est pas mince. Comme de sa plus large dif­fu­sion, hors des coter­ies et de la sub­ven­tion­nite aigüe.

En fin de compte
je con­nais ton pays profond,
j’ose pré­ten­dre à cette connaissance
quand toutes les heures,
toute attente,
m’offrent de toi
l’immense bien
de ne plus rien savoir.

Il serait intéres­sant d’inscrire ce poème sur les murs de toutes les sta­tions de métro parisi­ennes, on ver­rait com­bi­en la poésie peut encore trans­former le monde. Ou bien celui-ci :

La vie se donne à merveille
et ruisselle

dans le pur frissonnement
d’un arbre fragile

se lais­sant bercer
par le vent

Une poésie qui en appelle à la vie, posant la vie comme poésie, une poésie/vie comme recours. Et dis­ant qu’il ne sait rien, le poète sait qu’il avance d’un pre­mier pas sur le chemin à con­stru­ire de cette con­nais­sance là. 

Présentation de l’auteur

Bernard Perroy

Bernard Per­roy est né en 1960. Depuis 1988, il pour­suit sa dou­ble voca­tion de poète et de frère con­sacré, et vit en Sologne. Bernard Per­roy a pub­lié une dizaine de recueils (Sac à mots, Al Man­ar, Petit Pavé, Ad Solem…) et des poèmes en revues (Arpa, Frich­es, 7 à dire, Les Cahiers du Sens…).

Bernard Perroy

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Contre le simulacre : réponses de Bernard PERROY

Il me sem­ble que ”l’ac­tion” de la poésie passe d’abord par un ”mode d’être”. La poésie oppose un ”mode d’être” à tous les ”faire” que la vie de la Cité et nos sociétés occi­den­tales en par­ti­c­uli­er nous pro­posent. Le poète est un ”récep­tif”…

Sophie d’Alençon

Sophie d’Alençon est née à Wash­ing­ton en 1986. Jour­nal­iste, elle vit et tra­vaille actuelle­ment à Seattle.

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