La pre­mière Revue des revues de Sophie d’Alençon, pub­liée en mars 2013.

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La revue Vents Alizés

Karoly San­dor Pal­lai, par ailleurs auteur d’essais et de poèmes, dont quelques uns ont paru dans Recours au Poème, met en œuvre une revue online Vents Alizés.

Un titre qui découle de sa pas­sion pour les lit­téra­tures de l’océan Indi­en et du Paci­fique, mais une revue qui n’est pas con­finée à cet espace géo­graphique, même si elle lui accorde une ample et belle place. On est frap­pé, immé­di­ate­ment, dans ces presque 500 pages, par la qual­ité de ce qui est pub­lié là, avec un ton ou une ambiance qui font irrémé­di­a­ble­ment penser en effet aux vents alizés et aux infini­tudes de l’océan de cette par­tie du monde. La revue est une part de l’océan Indi­en et Paci­fique. Des pages frater­nelles, ouvertes sur l’autre, qui jus­ti­fient pleine­ment le titre de ce pre­mier numéro : Par­taz. Formelle­ment, cette revue en ligne se présente et se lit comme un livre. C’est fort bien réal­isé. On y lira, en divers­es langues, des poètes et des écrivains orig­i­naires de l’Océan Indi­en (Mau­rice, Sey­chelles), de la Caraïbe et des Amériques (Cana­da, Haïti, Mar­tinique), du Paci­fique et de l’Asie (Philip­pines, Nou­velle-Calé­donie, Polynésie Française, Viet­nam), d’Afrique et du Proche Ori­ent (RDC, Zim­bab­we, Jor­danie, Liban, Maroc, Pales­tine, Tunisie) et d’Europe (France, Ital­ie). On y retrou­vera des poètes pub­liés ou amenés à l’être dans Recours au Poème, comme Sonia Khad­er ou Mou­nia Boulila par exem­ple. Pour ma part, ma sub­jec­tiv­ité m’a con­duit à aimer tout par­ti­c­ulière­ment les textes de poètes comme Borgel­la, Leonidas, Anne Bihan, Pham van Quang, Gar­nier-Duguy, Ben Eye­n­ga Kaman­da ou Ten­daï Mwana­ka. Le tout est accom­pa­g­né de notes de lec­tures et de superbes œuvres d’art con­tem­po­raines, pour une bonne part réal­isées par des artistes mex­i­cains. Tout cela a le souf­fle des mon­des autres, une grande respiration.

Franche­ment, amoureux de la poésie, vous auriez tort de vous priv­er de la lec­ture d’une revue qui nous parvient comme un don.

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Contre-Allées 31/32

Con­tre-Allées pour­suit sa belle aven­ture sous la houlette de son cou­ple de créateurs/fondateurs, Romain Fusti­er et Aman­dine Marem­bert. Ce nou­veau numéro met à l’honneur le poète Jacques Ancet, en un poème inti­t­ulé « un entre-deux sans fin » com­posé de sept par­ties. Sept, il n’est pas de hasard pour ce poème d’apparence quo­ti­di­enne mais qui en son par­cours con­duit son lecteur vers un dévoile­ment ini­ti­a­tique du réel. Il se ter­mine donc for­cé­ment sur une ques­tion. Vien­nent ensuite une quin­zaine de poètes, cer­tains présents ou à venir dans Recours au Poème (Marie Huot, Philippe Païni, Emmanuel Mer­le, Chris­t­ian Vogels…), puis des ques­tions croisées per­me­t­tant d’entendre Luce Guil­baud, Cécile Guiv­arch, Cédric Le Pen­ven, James Sacré, Anne Belle­veaux, San­drine Fay, Jean Le Boël et Jean-Louis Mas­sot. Des per­son­nes qui oeu­vrent pour la poésie depuis belle lurette. Con­tre-Allées aime aus­si les autres revues, si bien que ses notes de lec­ture par­lent de plusieurs de ses con­frères, sou­vent en sym­pa­thie. Un beau numéro, avec la voix forte de Marie Huot.

Con­tre-Allées, numéro 31/32, revue de poésie con­tem­po­raine dirigée par Aman­dine Marem­bert et Romain Fusti­er. Le numéro 10 euros.

 

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Le Journal des poètes n°4

Le récent numéro de ce Jour­nal des Poètes dont nous dis­ons régulière­ment du bien, car nous nous sen­tons humaine­ment proches de lui, en sa chaleur frater­nelle, et loin des petits chapelles pré­ten­tieuses, est, comme d’habitude est-on ten­té de dire, de fort belle qual­ité. On lit ici un superbe hom­mage de Jean-Luc Wau­thi­er à la poésie de Richard Rognet, un dossier pas­sion­nant sur les poètes de l’Est en Bel­gique, con­coc­té par Albert Mox­het, dossier per­me­t­tant de lire Robert Schaus, Bruno Kartheuser ou Léo Gillessen. Puis le Jour­nal revient sur la Bien­nale de Liège 2012, en don­nant la parole à son prési­dent Dany Lafer­rière, entre autres. Et aus­si, car c’est de Parole dont il s’agit, à nom­bre de poètes venus aux Bien­nales, dont par exem­ple Mohamed El Amraoui, Bluma Finkel­stein, Anise Koltz, Jacques Ran­court, André Ughet­to ou encore Shizue Ogawa (pour la poésie de laque­lle j’ai un faible avoué). Trois belles pages, un poème poète. Une vraie page d’histoire. Notons aus­si qu’Yves Namur, col­lab­o­ra­teur réguli­er du Jour­nal, a reçu le prix Mal­lar­mé 2012 pour son recueil La tristesse du figu­ier, paru chez Let­tres Vives, édi­teur de haut vol. Il n’y a pas de hasard.

Le Jour­nal des Poètes. Numéro 4/2012, 81e année, oct-déc 2012

 

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N4728

Déjà le 23e numéro de N4728, belle revue, au for­mat rede­venu orig­i­nal, qui s’est pro­gres­sive­ment imposée dans le paysage poé­tique con­tem­po­rain. C’est même un des espaces par­mi les plus orig­in­aux et les plus con­tem­po­rains de ces dernières années. Chris­t­ian Vogels, aidé d’Albane Gel­lé, Antoine Emaz, Alain Girard-Daudon et Yves Jouan, pro­pose des écri­t­ures poé­tiques var­iées et ici con­sid­érées comme inno­vantes. Une par­tie des voix que l’on peut enten­dre ici, car pour N4728, poésie et oral­ité sont intrin­sèque­ment liées, ce en quoi nous sommes bien d’accord, provi­en­nent des lectures/rencontres de poésie con­tem­po­raine organ­isées à Angers par le Chant des mots, ou bien du côté de Rochefort (rien d’anodin en poésie, de ce côté de l’hexagone) et Saumur. C’est la par­tie « Mémoire vive », laque­lle pro­pose cette fois les voix de Edith Azam (un texte en prose, puis­sant, à paraître bien­tôt chez POL), Car­o­line Sagot Duvau­roux (dont la majeure par­tie de l’œuvre, elle aus­si en prose, et elle aus­si de grande puis­sance, est pub­liée chez Cor­ti) et Alex­is Gloaguen. La par­tie « Plurielles » donne quant à elle à lire des voix divers­es, lieu de l’ouverture de la revue (ce qui plaît bien évidem­ment aus­si à Recours au Poème), et l’on écoutera avec atten­tion les voix amies de Béa­trice Machet, Matthieu Gosz­to­la, Arnaud Tal­houarn ou Mathilde Vis­ch­er. Cette dernière don­nant un ensem­ble qui reste longtemps présent à l’esprit. De toutes les manières, l’ensemble des pages de cette revue est d’une très grande qual­ité, et on lira avec atten­tion les textes de Patrick Argen­té, Estelle Can­talla, Nico­las Gré­goire, Daniel Pozn­er, Marie de Qua­tre­barbes, Maryse Renard, Nathalie Riou, Pier­rick Ste­u­nou, Jas­mine Vigu­ier, Jérôme Villedieu et Pierre Antoine Ville­maine. La revue se clôt sur des notes de lec­ture choisies, en par­ti­c­uli­er au sujet d’Ariane Drey­fus, Serge Nunez Tolin et Vin­cent Pélissier, dont les travaux nous intéressent forte­ment. Puis quelques mots de Antoien Emaz au sujet de trois poètes des édi­tions Poten­tille (dont il faut saluer le beau tra­vail), Geneviève Peigné, Philippe Païni et Albane Gel­lé. Un bel ate­lier, à vis­iter sans modération.

N4728. Pub­liée par l’association Le Chant des Mots. Semes­trielle.

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Soleils & cen­dre n° 103

Le 103e numéro de Soleils & cen­dre, paru au print­emps 2012, ouvrait ses pages au « chaos ». Venant d’une telle revue, à la fois de poésie et de recherche intérieure en poésie, on se doute que l’ordo/ordre n’est pas loin… Le sous titre, « frac­ta­tion du point de vue », est, sous cet angle, très clair. Menée par Hen­ri Tramoy et Yves Béal, Soleils & cen­dre émane des édi­tions Les Soli­cen­dristes. Ici, l’on a goût pour l’alchimie et l’hermétisme, au sens noble de ces mots/visions/expériences. Autour du chaos, on lira des textes d’une ving­taine de poètes et écrivains, par­mi lesquels l’ami Matthieu Bau­mi­er (que je ne suis guère sur­prise de retrou­ver dans un tel thème d’écriture), Syl­viane Wern­er, Daniel Thür­ler, Philippe Jaf­feux, Jean-Guy Angles, Hen­ri Tramoy ou Jacques Labor­de. Une revue ancrée, située, et qui a un ton. Un vrai ton. Et une his­toire, maintenant.

Soleils & cen­dre. Hen­ri Tramoy. 99 bd des Mians. 84260 Sarrians.

Le numéro : 6 euros. Revue trimestrielle.

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Nunc, revue atten­tive n° 29

Ce nou­veau numéro de l’exceptionnelle revue Nunc rend un bel hom­mage à la poésie de Jean Mam­bri­no, lequel nous a quit­tés il y a peu. Trois textes revi­en­nent sur le poète, signés Pas­cal Boulanger, Claude Tuduri, en forme de poème, et Jean-Luc Max­ence. Tous insis­tent sur la lumi­nosité chré­ti­enne de l’homme et du poète. Le texte de Max­ence, intimiste, touche juste, me sem­ble-t-il, en évo­quant chez Mam­bri­no la part du feu, le néo­pla­ton­isme. Il y a avait une cer­taine idée de la Renais­sance chez ce poète. Vient ensuite le dossier cen­tral de ce numéro de Nunc, un dossier « ciné­ma »… en apparence ! Car évo­quer le ciné­ma de Béla Tarr, ce n’est pas unique­ment, loin de là, par­ler de ciné­ma. C’est par­ler de poésie. Par­ler du Monde. Le dossier est dirigé par Hubert Chif­foleau. On lira la retran­scrip­tion d’un échange entre le réal­isa­teur et son pub­lic, pas­sion­nante, ain­si que des textes de Joël Ver­net, Hubert Chif­foleau (entre­tien), Jérôme de Gra­mont, David Lengyel. Ce dossier fait immé­di­ate­ment référence. Et, sincère­ment, lecteur qui aime la poésie puisque tu lis ces lignes, si par malchance tu ne con­nais pas encore le ciné­ma de Béla Tarr, le moment est venu d’une décou­verte, de celles qui mar­quent une existence.

Nunc pub­lie aus­si une suite de très beaux poèmes de François Bor­des, sous le regard de l’Evangile de Thomas, sou­vent con­sid­éré comme « l’Evangile des gnos­tiques » mais la for­mule est trop rapi­de, comme bien des for­mules. Qui lit ce texte en sait les pro­fondeurs ésotériques. On par­le ensuite de Vir­gile, de divers­es manières (Madeleine Désormeaux, Jérôme de Gra­mont), puis on rep­longe dans des poèmes, ceux de François Ama­neger, avant d’entrer dans la par­tie « Axis Mun­di » de la revue, cen­trée sur un cahi­er con­sacré à Michael Dum­mett. Deux textes signés Michel Four­cade et Chris­tine van Geen, puis un texte de Dum­mett. Tout cela est déjà fort riche et n’est cepen­dant pas ter­miné, car Nunc est un « mon­stre » comme Recours au Poème les aime : un entre­tien avec Jacques Arènes, des poèmes de Borges (ceux sur Spin­oza) dans une nou­velle tra­duc­tion, un texte impor­tant de Franck Damour au sujet de la récur­rente con­tro­verse autour de la fonc­tion anthro­pologique du droit et de très beaux poèmes de Christophe Lan­glois, poète que l’on retrou­vera aus­si bien­tôt dans Recours au Poème. Les notes de lec­ture évo­quent enfin Gamone­da, Bocholi­er, Mar­i­on, Del Valle… Ici, en cette revue, les choses sont cen­trées, et cela est bien.

Nunc, revue atten­tive n° 29. Le numéro : 22 euros.

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Poïe­sis

Poë­sis n’est pas une revue au sens strict de ce mot mais il me plaît d’en par­ler ici. Il s’agit d’une « petite antholo­gie de poèmes maçon­niques » con­tem­po­rains éditée par l’Institut Maçon­nique de France, sous la houlette de l’ami Alain-Jacques Lacot, dans le sil­lage des activ­ités menées là pour pro­mou­voir le livre maçon­nique, et donc une vision sere­ine d’un human­isme pour demain. Autant dire que l’on a bien besoin de toutes les énergies…Les poèmes ici regroupés sont ceux primés lors du con­cours de poésie organ­isé par l’IMF à l’occasion du dix­ième salon maçon­nique du livre de Paris. 20 textes en tout, ponc­tués par un superbe cadeau d’un poète que nous aimons beau­coup dans les pages de Recours au Poème, Jacques Viallebes­set, poème inti­t­ulé La tribu nomade que nous don­nerons à lire dans quelques temps. On lira dans cet ensem­ble des poèmes divers, ancrés dans une pro­fonde quête spir­ituelle et intérieure, en par­ti­c­uli­er ceux de Jean-Philippe Ancelle, AxoDom Yves-Fred Bois­set (par ailleurs directeur de la revue mar­tin­iste L’initiation), Marc de la Paix, Jacques Fontaine, Thier­ry Mail­lard… Tout cela est d’autant plus impor­tant qu’il est évi­dent que poésie, ésotérisme et maçon­ner­ie appar­ti­en­nent au même Cor­pus d’être. On espère voir l’initiative se dévelop­per, et cette autre antholo­gie de la poésie maçon­nique autre­fois parue chez Dervy con­naître une nou­velle édi­tion « allongée ». Ici, nous ne man­querons pas d’idées et de liens vers des poètes pro­fonds à con­seiller. On peut deman­der mon email à la rédac­tion, ce sont gens cour­tois. Ils trans­met­tront, si j’ose dire.

Poïe­sis. Petite antholo­gie de poèmes maçon­niques.

Pub­li­ca­tion de l’Institut Maçon­nique de France.

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Revue L’Hôte. Numéro 1

Bien­v­enue à L’Hôte ! Il faut, de tout temps, saluer l’initiative de se lancer dans la créa­tion d’une revue. C’est un acte néces­saire et, cela n’est pas rien, for­ma­teur. L’Hôte est sous titrée « Esthé­tique et lit­téra­ture », et n’est donc pas cen­trée sur la poésie. Mais elle mérite le salut. Le som­maire s’ouvre sur sept pages de textes du poète Gérard Pfis­ter, par ailleurs directeur des excel­lentes édi­tions Arfuyen. Le ton est ain­si don­né. Vient ensuite un texte très intéres­sant de Didi­er Ayres au sujet du nar­cis­sisme de l’auteur de théâtre, une étude de Gabrielle Althen sur Jean Fou­quet… Une revue d’esthétique sans doute, mais pas seule­ment. On sent dans ces lignes la volon­té de quit­ter les ter­res con­v­enues de cer­taine esthé­tique presque offi­cielle, et de repos­er une vraie ques­tion : celle du Beau. Cette revue n’est donc pas « de poésie » mais l’acte, lui, est poé­tique. Longue vie.

Revue L’Hôte. Numéro 1. Direc­tion : Yas­mi­na Mah­di, Ivan Dar­rault-Har­ris, Didi­er Ayres.

Sophie d’Alençon

Sophie d’Alençon est née à Wash­ing­ton en 1986. Jour­nal­iste, elle vit et tra­vaille actuelle­ment à Seattle.