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Le Bateau Fantôme : anniversaire et acte de décès

Par |2018-08-15T13:32:01+00:00 3 avril 2012|Catégories : Revue des revues|

Une des très belles aven­tures revuis­tiques de ces dix der­nières années, en poé­sie, mais pas seule­ment, qui s’interrompt ; pas de tris­tesse pour­tant. Le Bateau avait pré­vu son der­nier voyage, une sorte de sabor­dage volon­taire dès sa pre­mière sor­tie du port. Telle était la volon­té de son direc­teur et poète talen­tueux, Mathieu Hilfiger.

Les voyages du Bateau fan­tôme ont sui­vi dix tra­jets pré­cis, tou­jours dans un habit de grande beau­té : la mai­son, l’arbre, la dou­ceur, le livre, la nuit, l’enfance, l’animal, le silence, l’amour et… la mort. Pour ter­mi­ner. À chaque fois, le numé­ro com­porte des poèmes en vers et ou en prose, des textes, de la phi­lo­so­phie, des œuvres d’art, des entre­tiens… Un ensemble tou­jours très riche. Mathieu Hilfiger a conçu cette aven­ture comme un cycle en dix étapes. Et il y a quelque chose d’initiatique dans tout cela, dans cette fin qui n’en est pas vrai­ment une, plu­tôt une porte ouverte vers autre chose, l’ailleurs.

Ce dixième et der­nier volume offre un som­maire de toute beau­té. Il s’ouvre sur un entre­tien entre Bruno Gaultier et la phi­lo­sophe Françoise Bonardel, auteur de livres sur l’alchimie, le sacré et la situa­tion de la civi­li­sa­tion euro­péenne contem­po­raine. Une pen­sée en actes, sur la mort, autour de Nietzsche. Ensuite, poètes et essayistes alternent. Il n’est jamais pos­sible de tout évo­quer lorsque l’on parle d’une revue. L’essai d’Anne-Marie Baranowski, sur le Château de Kafka et Vampyr de Dreyer, et celui de Jean-Noël Duhot, La mort, l’Au-delà, les Grecs et nous ont atti­ré mon atten­tion. Mais le Bateau est aus­si, sur­tout de mon point de vue « orien­té », une revue de poé­sie. Et sa richesse en ce domaine est grande. Dans cette ultime livrai­son, on trou­ve­ra des poèmes de Gwen Garnier-Duguy, Gérard Bocholier, Matthieu Baumier, Bernadette Engel-Roux, Ugo Feracci et des proses poé­tiques de Jean-Marc Sourdillon et de Mathieu Hilfiger.

 

Ainsi Mathieu Hilfiger :

La langue que nous par­lons n’appartient jamais qu’aux morts. Nous pro­je­tons devant nos bouches des sons qui sont des échos du pas­sé. De ces échos balan­cés dans le vide noc­turne d’un haut som­met gla­cé.

Nous par­lons du temps d’un pas­sé com­po­sé, dont les auxi­liaires assurent la révo­lu­tion. Les mots partent de nos gorges, lan­cés vers le pré­sent, car nous par­lons à par­tir d’auparavant. Nous les lan­çons der­rière nous afin qu’ils reviennent un peu vers nous, comme des boo­me­rangs. N’est-ce point étrange ?

Extraits de Nuit pri­mi­tive

 

 

Gérard Bocholier :

 

La terre sera légère
Les rocs et le ciel de plomb
Puisque je vivrai ailleurs
Hors de ma chair de limon

 

J’aurai quit­té les pen­sées
D’ici pour celle des morts
Et ta gloire empor­te­ra
Mon sable dans ta lumière

Extrait de La mort si simple

 

Gwen Garnier-Duguy :

 

Quelque chose nous tient
           enfouies
         nous, veille

 

C’est ici que s’entend
          l
e sens
        du rythme

 

Nous ne pen­sons pas
     Nous sommes
          Jointure

 

      Conservons
     le feu au sein
    des demeures

extrait de Pensées Pariétales

 

Un volume que l’on ne peut que chau­de­ment recom­man­der, comme l’on conseille­ra de se tour­ner vers les anciens numé­ros où l’on retrou­ve­ra nombre de poètes fran­çais par­mi les plus impor­tants, ain­si par exemple, dans le numé­ro pré­cé­dent consa­cré à l’amour : Pierre Dhainaut, Jean Maison, Jean-Pierre Lemaire, Isabelle Raviolo, Yves Bonnefoy, Judith Chavanne, Gérard Bocholier, Jean-Marc Sourdillon, Bernadette Engel-Roux, Mathieu Hilfiger, Myriam Eck, Béatrice Bonhomme…

Sophie d’Alençon

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