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Mémoire d’Angèle Vannier

Par | 2018-02-05T14:49:40+00:00 30 septembre 2017|Catégories : Angèle Vannier, Critiques|

On célèbre cette année le 100e anni­ver­saire de la nais­sance d’Angèle Vannier. Née en 1917 à Saint-Servan, elle décè­de­ra en 1980 d’une attaque céré­brale. Le sou­ve­nir de la « poé­tesse bre­tonne » reste vivace chez de nom­breux fidèles de son œuvre, à com­men­cer par la ren­naise Nicole Laurent-Catrice qui lui consacre un court essai à l’occasion de cet anni­ver­saire.

Il faut dire que la des­ti­née – à la fois humaine et poé­tique d’Angèle Vannier – n’est pas banale. Elevée par une grand’mère jusqu’à l’âge de huit ans (à Bazouges-la-Pérouse), elle devien­dra aveugle à l’âge de 22 ans suite à un glau­come opé­ré sans suc­cès.

Une fille qu’avait per­du ses yeux
traî­nait son cœur, traî­nait sa peine
Sous le grand ciel du Bon Dieu
(Choix de poèmes, Seghers, 1961)

Nicole LAURENT-CATRICE, Demeure d’Angèle Vannier, suivi de 12 poèmes d’Angèle Vannier, Les Editions Sauvages, 56 pages, 10 euros

Nicole LAURENT-CATRICE, Demeure d’Angèle Vannier, sui­vi de 12 poèmes d’Angèle Vannier, Les Editions Sauvages, 56 pages, 10 euros

Ses talents de poète la condui­ront aus­si à côtoyer un cer­tain gotha pari­sien du côté de la célèbre bras­se­rie Lipp. Elle fera la connais­sance de Paul Eluard « qui la tient en très grande estime, raconte Nicole Laurent-Catrice, et pré­face son pre­mier recueil L’arbre à feu. » Elle fré­quen­te­ra aus­si Edith Piaf, Catherine Sauvage, Suzy Delair, « pour qui elle écrit des chan­sons ».

La poé­sie d’Angèle Vannier est mar­quée du sceau du sur­réa­lisme. Ce cou­rant lit­té­raire marque l’époque. Place au magique, à l’imaginaire, au fan­tas­tique, aux mythes… Enracinée dans sa haute-Bretagne (mal­gré ses allées et venues à, Paris), Angèle Vannier est « en prise directe sur les grands mythes aus­si bien gal­lois que du roman bre­ton ». Brocéliande est là à por­tée de main et de cœur. Elle plonge avec délice dans cet un uni­vers féé­rique. A plus forte rai­son quand ses héros mythiques par­tagent une part de sa des­ti­née (Le barde Merlin n’était-il pas aveugle ?). Elle célè­bre­ra notam­ment la grande forêt arthu­rienne dans son der­nier recueil Brocéliande que veux-tu ? (Rougerie, 1978).

« De la Bretagne, Angèle Vannier a le goût des rêves, des paroles magiques, des légendes de mort et des rites auprès des fon­taines ou men­hirs », note encore Nicole Laurent-Catrice. « Elle entre­tien cette réa­li­té équi­voque avec la réa­li­té, l’amour, la terre ». Ce qui n’en fait pas, pour autant, une « poé­tesse bre­tonne ». Femme poète, certes enra­ci­née, mais avec « une ouver­ture sur d’autres cultures, d’autres époques et sur le cos­mos ». Angèle Vannier s’exprimera sur de nom­breuses scènes en Bretagne (Rennes, Hédé…)  sou­vent en com­pa­gnie du har­piste Myrrdhin qui démar­rait sa grande car­rière de musi­cien.

Aveugle chaque jour j’entre dans mon miroir
Comme un pas dans la nuit comme un mort dans la tombe
comme un vivant sans cœur dans un cœur de colombe.

mm

Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure” (2002, réédi­tion 2008), “Lettre à une moniale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012).

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